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VAO: Les artisans cumulent des arriérés de loyers


VAO: Les artisans cumulent des arriérés de loyers

C’est en 2012 que le village artisanal de Ouagadougou (VAO) procédait au renouvellement rotatif des artisans. L’ancienne équipe ayant travaillé pendant 7ans au sein de cette structure  a, selon toute règle établie cédé les lieux à une nouvelle équipe.  C’est précisément en février 2012 que  l’équipe actuelle intégrait le site du VAO succédant ainsi à la toute première. Le principe de rotation étant de 7 ans, il faudra en principe attendre fin 2018 pour qu’une  nouvelle équipe fasse son entrée.  A 12 mois de cette date buttoir, quel  bilan peut-on faire de ces six dernières années  d’activités menées par l’équipe actuelle?  C’est ce que notre équipe a tenté de savoir à travers un micro-trottoir

“Mauvaise gestion”, “gestion nulle”, “Gestion -10/20”, c’était entre autres ce qui se lisait sur les différentes pancartes lors d’un sit-in  organisé le  22 octobre 2015 au VAO. Les artisans pendant cette manif., dénonçaient ce qu’ils appelaient la gestion calamiteuse de leur structure et  l’absence de visibilité de leurs activités.

Six ans après, les choses ne semblent pas toujours revenir dans l’ordre. C’est du moins ce que nous laissent croire quelques artisans qui se sont prêtés à nos questions. Le VAO serait malade d’une grande mévente, une situation catastrophique liée à la succession d’évènements malheureux qu’a traversés le pays.  Voici les  explications de  quelques artisans :

SANOU Ali: Artiste sculpteur

Je me nomme monsieur SANOU Ali artiste sculpteur au village artisanal de Ouagadougou. J’ai adhéré au VAO en  février 2012 et mon contrat prend fin en décembre 2018.

En 2012, les activités  étaient prospères jusqu’en début 2013. Cependant, les différentes crises qu’ a connues le pays à savoir l’Ebola, l’Article 37, l’insurrection populaire, la transition, le push manqué et le terrorisme ont porté un coup dur à l’artisanat du pays. Les ventes ont connu une forte baisse au point que nous n’arrivions même plus à payer nos loyers; c’est-à-dire nos hangars. En effet, au mois d’octobre 2017, les artisans devaient à l’administration la somme de  21 377 000 francs CFA. C’est vrai que nos activités ne marchent pas mais le fait de la dette est lié aussi à la mauvaise foi de certains d’entre nous. Nous ne parlons plus d’avenir du VAO, nous parlons surtout de devenir du VAO. La survie du VAO  implique donc la participation des artisans à honorer leurs engagements.

Le village artisanal  va à sa  perte du fait des problèmes financiers. Les touristes se contentent seulement de visiter et ne font plus d’achats. Pire, les touristes viennent photographier nos produits et vont reproduire en plastique à l’étranger.

Ne craignez-vous pas que le village artisanal vous expulse?

Notre contrat est déjà fini, la crainte ne se situe donc pas à notre niveau mais plus à la nouvelle équipe d’artisans qui seront recrutés.

 

Emile ILBOUDO Artisan récupérateur d’objets

Dès l’année 2012 tout allait bien. Mais après le départ du Président COMPAORE, tout a dégringolé ! Suite au départ de Blaise Compaoré et les différents évènements qui ont secoué le pays.

Pourquoi liez- vous  votre mévente au départ de Blaise Compaoré?

La mévente des produits artisanaux est liée au départ de Blaise Compaoré pour la simple raison qu’après son départ, le Burkina a été déclaré comme un pays où règne l’insécurité. Ce qui a influencé considérablement le tourisme vu que les étrangers étaient plutôt réticents à venir au Burkina.

Le loyer mensuel de mon local professionnel coute 50 000 CFA, l’électricité remonte à 15 000 frs  sans compter la matière première utilisée pour l’œuvre en plus des 10% qu’on  doit reverser à l’administration. Outre les méventes et ces différentes charges, on accumule les arriérés.

Pourquoi rester dans une situation qui ne vous arrange pas ?

L’espoir.

Certains artisans disent devoir des arriérés au VAO. Qu’en est-il à votre niveau ?

Moi particulièrement, je sais que je dois plusieurs mois de loyer au village artisanal. Toutefois, j’essaie de réduire mes dettes auprès de l’administration en réglant petit à petit. Je prie surtout Dieu pour avoir une grosse commande et me mettre à jour avec l’administration.

A ce rythme, la faillite du VAO est inévitable !

C’est clair ! Ça je ne dis pas non.  Je suis d’accord avec vous.

Et qu’allez-vous faire pour la génération à venir ?

C’est honteux ! Ternir l’image du village artisanal et le mettre en faillite ne nous honore pas. Toutefois, la solution serait que le  village nous accorde des marchés ou des commandes afin qu’ils puissent déduire de nos honoraires les arriérés de loyer qu’on leur doit.

Sakinatou DABONE : Vendeuse d’articles de bronze

Je suis DABONE Sakinatou, vendeuse d’œuvres en bronze à l’atelier “403 A” du village artisanal. Je suis là depuis 2015. Mais franchement dit, ça ne va pas.  Les touristes ne viennent pas et on peut faire un mois sans vendre; ce qui fait qu’on accumule plusieurs mois d’arriérés voire plus d’une année. Nous avons le loyer à payer (50 000), l’électricité et d’autres charges. Nous sommes toujours là parce qu’il faut bien se nourrir d’espoir. Il nous reste une année. C’est en décembre que nous devons quitter les lieux pour laisser la place à une nouvelle équipe.

Comme solution, il faut que l’administration fasse de la publicité. Puisque beaucoup de gens ne connaissent pas le

VAO. Autrefois l’administration faisait des publicités pour mieux faire connaître la structure aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Certains touristes ignorent même l’existence du village artisanal à cause du manque de visibilité.

Nous ne croyions pas si bien dire lorsque nous écrivions il y a trois jours  de cela que le site du VAO méritait une ceinture sécuritaire. Avec ce micro-trottoir, nous nous rendons compte qu’en plus de la sécurité, il faudra lui apporter  des bouffées d’oxygène car avec  de tels arriérés de loyers, le VAO risque de disparaître. En attendant de rencontrer qui de droit pour mieux comprendre cette gestion chaotique, les autorités de tutelles sont interpellées pour sauver cette belle infrastructure qui fait depuis quelques années notre fierté.

Propos Recueillis par Patrick COULIDIATY




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