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Dossier VAO : Un couteau à double tranchant !


C’est en principe le 31 décembre 2018, plus précisément dans 11 mois que le Village Artisanal de Ouagadougou (VAO) procédera au renouvellement rotatif des artisans. Mais en  attendant cette date butoir, les locataires (artisans) crient misère. En effet, les artisans disent n’avoir rien vendu ou presque pas depuis leur entrée en 2012. La cause, la succession d’évènements survenus dans le pays (La maladie à  virus Ebola, la non tenue du SIAO en 2014,  l’insurrection populaire, coup d’état manqué, bref… l’instabilité politique du Pays sont autant d’éléments qui expliqueraient la mévente au village artisanal; conséquence, une vingtaine de millions de francs CFA d’arriérés. Mais qu’à cela ne tienne, il faut que la structure fonctionne et pour qu’elle  fonctionne, les artisans doivent s’acquitter de leur devoir; entendez par là, s’acquitter de leurs arriérés de loyer. Si cela n’est pas fait, c’est toute une structure économique et par ricochet le tourisme burkinabè qui est touché. Au-delà même de ce fait, c’est compromettre les chances d’autres  générations d’artisans qui frappent actuellement à la porte du VAO.

Aujourd’hui, le Ministère du commerce et de l’artisanat est comme pris entre le marteau et l’enclume; un couteau à double tranchant. C’est vrai qu’il y a ce que disent les textes, mais l’aspect social n’est pas non plus à négliger; car derrière un artisan se cachent  5 à 10 bouches à nourrir. Et pourtant, il faut trouver une alternative au plus tôt. Ces artisans qui ont eu la malchance d’intégrer le VAO au mauvais moment (périodes de maladie à virus Ebola, insurrection populaire et coup d’Etat) doivent pouvoir tirer leur épingle du jeu sans pour autant mettre en péril cette belle infrastructure qu’est le village artisanal. Le ministère de tutelle doit veiller au grain car le Burkina souffre suffisamment de remous sociaux qu’il ne faut guère chercher en ajouter.

A propos des impayés de loyer qui mettent à rude épreuve cette vitrine artisanale, voici les explications de son premier responsable Maurice SAMA :

Artistes.BF : Comment  en est-on arrivé là ?

DG VAO : Merci pour l’occasion que vous me donnez de vous éclairer sur la situation des impayés au niveau du VAO.

En fait le problème des impayés au VAO ne date pas d’aujourd’hui;  Le problème était là et il s’est accentué entre 2014 et 2015. Les artisans imputent cela à la non tenue du SIAO en 2014, à l’insurrection populaire et au virus Ebola qui sévissait dans la zone Ouest-Est africaine.

Effectivement, on peut lier la situation des impayés à ces évènements. Mais c’est lié aussi à la  mauvaise volonté manifeste de certains artisans qui ne veulent pas respecter le contenu du cahier de charge. Sinon, les frais supportés par les artisans sont : les ateliers, l’électricité et leur contribution à l’entretien des toilettes. Donc,  la consommation d’électricité est  bien sûr liée à l’activité que mène chaque artisan. Pour les toilettes, la contribution par artisan est de 18 000 fCFA par an. Pour le fonctionnement de la structure, des dispositifs ont été mises en place.  Je précise que les ressources du  VAO étaient (je dis bien étaient) composées de la subvention de l’Etat, de celle de la chambre de commerce à travers la mise à disposition du village artisanal d’une secrétaire de direction, un personnel qui a d’ailleurs rejoint son service d’origine depuis 2015.

A l’heure actuelle, la subvention de la chambre de commerce est finie. Pour ce qui est de la contribution de l’Etat, je n’ai plus rien reçu depuis 2012. Depuis donc cette date,  plus de subvention et je fais avec.

Lorsque les artisans évoquent l’absence de publicité et de communication sur la structure, je crois qu’ils ignorent le statut même du VAO. La réalité, c’est que la structure doit s’auto financer par les activités que nous menons sur le site.

Je prends un exemple. L’artisan produit un objet qu’il fixe à 1000 fCFA.  L’administration lui demande seulement d’ajouter 100 fCFA sur ce prix de vente; ce qui revient à 1 100 frs. Si l’objet est effectivement vendu, il rétrocède à l’administration du VAO les 100 fCFA qu’il avait ajoutés. Vous voyez bien que nous ne prélevons rien sur le prix initial de l’objet. Que ce soit sur les commandes ou les ventes dans les ateliers, l’artisan majore toujours 10 % qu’il nous rétrocède après-vente.

Aussi, Chaque artisan tient à sa disposition un carnet de suivi de ventes en trois volets. Quand ils vendent leurs articles dans les ateliers, ils mentionnent la vente dans les carnets en question. Ils déchirent les 2 premiers volets qu’ils remettent à l’acheteur pour contrôle à la sortie.  C’est avec  ces deux volets que les acheteurs laissent à la sortie que nous arrivons à évaluer le montant total des 10 %  qu’ils doivent reverser à l’administration. A la date du 16 janvier 2018, le non reversement de ce pourcentage de 10 %  est égal à 5 334 990 fCFA qui correspond à des ventes faites dans les ateliers  à hauteur de 53 343 900; ce montant, ils ne l’ont jamais reversé !.  Ce n’est pas la bonne compréhension quand ils disent ” si je vends, je paie”. Je crois quand même que nulle part on ne peut comprendre un tel comportement.

ArtBF : A combien se chiffrent les arriérés ?

DG VAO : Les arriérés tournent autour de 20 millions.

 ArtBF : Les artisans parlent de 21 millions !

Oui ! Les 21 millions c’était à la date  du 06 octobre 2017. Et l’état actuel  de la dette au 16 janvier 2018,  tourne autour de 20 millions et quelques.

 ArtBF : 20 millions pour combien de mois d’arriérés?

DG VAO : Il y a des artisans  qui sont à un mois, 2 mois et même plus de 2 ans.  Ce qui est dommage, ce sont ceux-là  mêmes qui devraient donner l’exemple qui se comportent ainsi.

ArtBF : Et pourquoi n’avez-vous pas tiré  à temps sur la sonnette de l’alarme ?.

DG VAO : Mais si ! Je l’ai toujours fait ! A 2 mois même d’arriérés, je le notifiais aux intéressés. Je me suis toujours référé à mes supérieurs hiérarchiques. Je leur rends régulièrement compte. On n’a tenu des réunions au cours desquelles j’ai attiré leur attention que la SONABEL va suspendre sa fourniture d’électricité pour des raisons d’impayés. Effectivement, nous avons été coupés par 2 fois de suite. C’est grâce au Directeur Régional du Kadiogo (que je remercie au passage) que nous avons été rétablis très rapidement.

ArtBF : Que disent les textes par rapport à une telle situation ?

DG VAO : Le Cahier de charge ne précise rien en la matière

ArtBF : Est-ce un vide juridique?

En fait tout le problème se trouve à ce niveau. S’il était mentionné qu’à partir de tels nombres de mois d’impayés,  voici la solution à appliquer, cela pouvait se comprendre. Malheureusement cela n’est pas mentionné.

ArtBF : C’est une situation qui est très préoccupante qui  est à la fois sociale et économique et qui compromet aussi l’avenir du VAO. Finalement quelle sera la solution ?

DG VAO : En fin d’année, je transmettais l’état des impayés à chaque artisan, je lui notifiais ses impayés afin que ceux qui sont à jour puissent renouveler leur cahier de charges.  En effet, il faut être à jour de ses arriérés; c’est-à-dire à ” N-1″ pour pouvoir signer pour l’année ” N “. La situation est telle qu’avec le cumul des impayés, certains ne seront pas en mesure de renouveler leur cahier de charge. Mais comme vous l’avez si bien dit, il y a le volet social. Voilà le problème du village artisanal; nous voulons faire du social et en même temps faire de l’économie.

Donc, il n’y a pas de solution pour l’heure et cela n’a pas commencé avec cette promotion. En 2011 au moment de la mise en œuvre de la rotation, les premiers qui étaient là sont également partis avec des arriérés à hauteur de 6 millions.

ArtBF :  Est-ce les mêmes causes qui continuent de produire les mêmes effets ?

DG VAO : En fait, je suis dans le milieu et j’entends. Comme les premiers sont partis sans être poursuivi de remboursement, les artisans actuels peuvent aussi se le permettre  et sans en être inquiétés.

ArtBF : Comment voyez-vous l’avenir du VAO?

DG VAO : Il faut un nouveau type d’artisans qui puissent savoir que l’état a mis cette infrastructure à leur disposition comme un outil de travail et un outil promotion. J’ai eu à leur dire ceci :  “Malheur à la promotion à partir de laquelle  le VAO sera fermé”. C’est-à-dire, qu’ils auront cela sur la conscience. Donc je les encourage toujours à travailler à ce que la structure  aille de l’avant. Il y a certains artisans qui, non seulement n’arrivent pas à vendre mais ils ne veulent pas non plus partir du VAO. Or, leur présence sur le site génère forcement des charges. Pour l’électricité, les factures varient entre 900 000 et 1 000 000 de fCFA. Pour la période de novembre  2017 par exemple, je suis à   1 024 317 fCFA.

ArtBF : Votre dernier mot

DG VAO : Nous tirons vers la fin du séjour de la promotion qui est là depuis 2012; la date buttoir étant le 31 décembre 2018.  Au plus tard en Janvier 2019, nous devrions avoir  un autre  type d’artisans sur le site. Nous sommes en train de préparer ce volet pour toujours accompagner les artisans et leur faire comprendre que le VAO est réellement leur vitrine.

Tous mes vœux pour que le pays ait une stabilité. Qu’il y ait moins de bruits parce que les affaires, le commerce, le bruit et les manifestations ne vont pas ensemble. Je vais demander aux camarades artisans que nous sommes solidaires avec eux parce que nous visons le même but. S’il n’y a pas d’artisans, il n’y a pas de village artisanal. Nous comptons donc sur les artisans pour qu’ils soient de bonne volonté pour respecter leur engagement.  En retour, l’administration tiendra ses engagements notamment,  sur leur formation et la promotion de leurs produits.

Patrick COULIDIATY

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