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L’Association “Initiative Communautaire changer la Vie”


Aider les  démunis, les enfants et les femmes économiquement déficitaires et en situation de précarité, c’est le combat mené par ce jeune promoteur depuis bientôt une quinzaine d’années. Enseignant de profession, Simon NACOULMA puisque c’est de lui qu’il s’agit a forgé  ses armes  sur le terrain en milieu rural, en classe et près des paysans qu’il a côtoyés  quotidiennement. C’est donc en homme averti et bien trempé des réalités des ruraux que notre invité a axé sa stratégie dans les secteurs de l’éducation, de la santé et dans l’autonomisation économique de la femme. Aujourd’hui,  ArtistesBf est allé à la découverte de l’association “INITIATIVE COMMUNAUTAIRE CHANGER LA VIE” (ICCV) que dirige Simon NACOULMA aidé de bénévoles et de quelques employés. Situé dans l’arrondissement N°1 de Ouagadougou, l’Association dispose des centres de lecture, de  santé, d’alphabétisation et d’un pré-scolaire.

Si “INITIATIVE COMMUNAUTAIRE CHANGER LA VIE”  s’impose en ces temps durs comme une structure pourvoyeuse d’emplois, il faut cependant déplorer  l’absence de soutien au niveau national pour permettre à l’initiative de faire face à la forte demande en matière d’alphabétisation et de manuels de lecture.

En l’absence d’une politique en faveur des départs volontaires de la fonction publique, l’Etat burkinabè se devait d’accompagner des initiatives audacieuses et dignes d’intérêt comme celle de Simon NACOULMA. En attendant ce vœu qui sonne comme notre cri de cœur, Simon NACOULMA et sa petite équipe travaillent d’arrache-pied pour donner quotidiennement le sourire et changer le visage de la misère dans l’arrondissement 1  de Ouagadougou. Pour le promoteur du  Centre INITIATIVE COMMUNAUTAIRE CHANGER LA VIE, Nous ne voulons pas être seulement des gens qui  demandent, mais nous voulons surtout aussi donner,” nous dit Simon NACOULMA. Lisez plutôt !

Simon NACOULMA  (S.N.) : Je suis Simon NACOULMA, Coordonnateur de l’Association “INITIATIVE COMMUNAUTAIRE CHANGER LA VIE” (ICCV) Nazemsé par ailleurs, fondateur du Centre. Je rêvais depuis 15 ans de pouvoir aider les autres en partant de mon histoire personnelle. J’ai eu mon premier livre à 16 ans. Au cours de ma carrière d’enseignant (puisque j’étais du métier), j’ai vu des enfants de la campagne qui n’arrivaient pas à avoir trois repas par jour,  des élèves très démunis sans matériel, sans livres et dans une misère matérielle et morale.

Le  contact aussi avec le monde paysan qui ne vivait que des aléas des pluies et de la sécheresse. C’est cette somme d’expériences qui m’a beaucoup inspiré à faire quelque chose pour les autres, pour les enfants, pour les femmes et pour le monde paysan. C’est là qu’est née  cette idée d’initiative communautaire. Avec donc l’aide de ma mère et des amis nous avons mis en place une association.

ArtistesBF (ArtBF) : Comment fonctionne votre association?

S.N. : Notre association fonctionne par cotisation mais l’argent n’est pas la seule chose qui fait fonctionner les choses. C’est surtout par la participation des familles, des enfants, des femmes et  des bénéficiaires.

ArtBF : Comment est structuré le centre ?

S.N. : Notre objectif, c’est de venir en aide aux personnes défavorisées notamment les enfants, les femmes et les jeunes. Les axes d’intervention, c’est l’éducation, la santé, la sécurité alimentaire et l’accompagnement socio-économique des femmes. Au niveau éducation, nous avons l’une des plus grandes et des plus vivantes bibliothèques de Ouagadougou. Nous avons une école préscolaire inclusive avec un effectif de 90 élèves qui intègre également les enfants en situation de handicap. Nous avons également la bibliothèque de rue avec  des clubs d’enfants dans les familles. Les bibliothécaires se déplacent pour aller faire l’animation et des activités de lecture avec les enfants en pleine famille. Pour le préscolaire,  nous avons également des ateliers d’enfants en famille. Les enseignants se déplacent pour aller donner cours en pleine maison. Nous avons des cours d’alphabétisation et un programme d’accompagnement des adolescents afin qu’ils puissent grandir sereinement.

ArtBF : D’où proviennent vos ressources?

Simon NACOULMA, Coordonnateur de l’Association “INITIATIVE COMMUNAUTAIRE CHANGER LA VIE” (ICCV) Nazemsé. (Crédit Photo : Aminata OUATTARA)

S.N. : Notre bibliothèque a été construite à 150 millions. C’est de mes voyages que je fais beaucoup de conférences et que je récolte de l’argent. J’amène aussi des objets d’art que je vends et c’est ainsi qu’au fur et à mesure la bibliothèque a été bâtie. Malheureusement, nous l’avons construite sans aucune contribution ni de la mairie de Ouagadougou, ni du gouvernement. Nous avons déposé des demandes en son temps et nous n’avons eu que le soutien moral de la mairie comme on aime le dire.

Le plus important est que le gouvernement comprenne qu’il y a une association qui est convaincue que la lecture,  c’est la clé du développement. C’est un travail qui mérite d’être connu et reconnu et  si cela est compris, c’est l’essentiel.

Du reste, nous sommes ouverts à des dons et à des subventions au niveau local et international. Nous avons actuellement un projet sur la lecture dans les écoles et dans les communautés  co-financé par l’agence française de développement l’ ASMAE.

Pour la sécurité alimentaire, nous avons l’Agence Italienne de Développement et le partenaire Italien TAMAT et le MONDE, un partenaire qui nous appuie financièrement. Mais notre ressource première, c’est d’abord  la communauté.

ArtBF : Peut-on avoir une idée du nombre d’ouvrages  dans vos rayons ?.

S.N. : Nous avons au moins 10 000 ouvrages parce que nous avons environ 11 000 abonnés. Vous comprenez que ce qui nous donne des sueurs froides c’est le manque de livres. Nous avons environ une dizaine d’écoles primaires et secondaires abonnées à la bibliothèque. Aujourd’hui, le défi que nous avons, c’est le livre mais c’est surtout la numérisation de la bibliothèque.  Nous fonctionnons comme une bibliothèque centrale parce que  les établissements environnants  n’ont pas de bibliothèque et du coup, c’est notre centre de lecture qui accueille leurs élèves.

ArtBF : Quel est votre rapport avec le Ministère de la culture à travers sa direction du Livre ?

S.N. : Nous avions eu l’appui du CENALAC pour former les premiers bibliothécaires mais la collaboration s’est  vite émoussée parce que le CENALAC lui-même  était en lambeaux. Mais avec les choses qui bougent positivement au niveau de ce ministère, nous espérons que le CENALAC reprendra vie. Pour l’instant, nous sommes avec la médiathèque de Ouagadougou.

ArtBF : Avec le boom technologique, les enfants lisent peu.  A votre avis, comment donner le goût  de lire aux enfants ?

“Nous avons au moins 10 000 ouvrages parce que nous avons environ 11 000 abonnés”. (Credit Photos : Aminata OUATTARA)

S.N. : Qui dit enfant dit éducation. Nous avons le devoir de donner les facettes de la vie culturelle aux enfants. Autant l’internet est intéressant, autant le livre l’est aussi. Nous souhaitons partir de l’oral pour aboutir à l’écrit. Voilà pourquoi nous avons énormément de séances de contes, d’histoires, de jeux traditionnels, de cuisine traditionnelle, tout ce qui peut convaincre l’enfant d’abord dans l’existant culturel. Nous travaillons d’abord à ce que la bibliothèque soit un creuset culturel pour l’enfant et plus tard qu’il découvre le livre et du livre, qu’il découvre internet. A mon avis, ces trois paliers sont successivement à conquérir pour l’enfant.

ArtBF : Quelles sont les conditions d’accès à la bibliothèque?

S.N. : Nous sommes une structure sociale mais nous sommes convaincus que le social pur ne peut pas fonctionner. L’abonnement fait 100 francs seulement pour toute l’année pour les enfants. A partir du moment où l’enfant a versé 100 francs, il a droit aux livres, à l’espace, à des cours de danse, de musique, aux jeux, au chantier de solidarité. L’essentiel, c’est juste de participer. Je sais qu’on  n’est jamais aussi pauvre pour ne pas donner.

ArtBF : Quelles sont vos perspectives à long terme?

S.N. : C’est de stabiliser l’existant. Nous avons fait un bâtiment monumental  qui se trouve au bord d’une route avec beaucoup de crevasses. La première sollicitation est que l’arrondissement N°1 où nous sommes actuellement logés comprenne qu’il y a un investissement pour la commune. Notre  souhait est que la mairie nous aide avec  une bonne route et de l’éclairage public pour permettre aux enfants d’étudier la nuit en toute sécurité. Aussi, l’autre perspective est de réfléchir pour agrandir notre bibliothèque actuelle afin qu’elle puisse répondre à la demande des élèves  des écoles environnantes qui n’ont pas de bibliothèques. Les résultats sont là mais il faudra que l’Etat aussi s’en approprie. C’est ça aussi la politique de la lecture publique.

ArtBF : Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit du ministère?

S.N. : Nous avons quinze ans d’expérience en matière de gestion de bibliothèque. Nous avons donc quelque chose à donner à la mairie, au ministère de la culture et du tourisme en termes d’expertise. Nous ne voulons pas être seulement des gens qui  demandent, mais nous voulons surtout aussi donner. Aujourd’hui par exemple, la médiathèque de Ouagadougou nous sollicite pour venir former ses bibliothécaires. Cela démontre qu’il y a un potentiel qui est là. Nous sommes prêts à le partager avec le ministère de la culture, de l’éducation et avec d’autres associations afin qu’ensemble, nous développions la lecture de proximité. L’année passée nous avons eu des difficultés à trouver des romans burkinabés adaptés à l’enfance et à la petite enfance. Finalement, c’est la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la France qui nous ont fourni ces livres. Il y a une véritable réflexion à faire parce que Tant que nos enfants n’auront pas droit au miroir culturel de chez nous, ce seront des enfants perdus.

Patrick COULIDIATY

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