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Cinéma : Arnauld de Buchy dénonce l’absence de réflexion sur la musique de film

Franco burkinabé, il est compositeur de musique de film et producteur à la société ACACIA. Installée au Burkina Faso, ACACIA a pour objectif de développer des séries télé, des longs métrages et du film d’animation. Dans cet entretien, Arnaud DEBUCHY  dénonce une absence terrible de réflexion sur la musique de film. Est-ce ce qui manque au cinéma africain? Lisez plutôt !

(…) Les chances de réussites de ce festival ? (Rires). Alors déjà ce qui serait bien, c’est qu’il n’y ait pas certains débats qui se  mènent en même temps pendant ce festival.  A propos par exemple de la musique du film pour la série, il y a eu des échanges le sujet, avec d’ailleurs un excellent compositeur Nicolas Jorel et des scénaristes. J’ai bien apprécié cela parce que c’est du contenu. C’étaient des débats qui parlaient de contenu qui malheureusement, ont été vampirisés par d’autres débats tels que les problématiques de financement. Certes que les problématiques de financement sont essentielles, mais on ne peut pas à mon sens bien financer un projet, s’il n’est pas bien préparé, s’il n’y a pas une conception en amont avec une vraie réflexion sur le contenu. Ce qu’il faudrait à mon sens, c’est qu’il y ait beaucoup de réflexion sur le contenu  plutôt que de raconter “comment cela s’est produit…”, “comment ils ont obtenu l’argent…”  où dire “qu’on n’a pas assez d’argent …” Le problème, c’est qu’on est tous tourné vers les problématiques d’argent même si je fais partie de ceux qui,  évidemment soutiennent toutes les initiatives à la production.

(… ) Mon regard critique sur le cinéma africain est double. Il y a de vrais chefs d’œuvres, de très grands cinéastes. La plus part du temps, c’est un problème de scénario. A mon avis, les scénaris ne sont pas suffisamment développés. Même des grands cinéastes que j’apprécie tombent dans le piège. Il y a terriblement un manque criard de réflexion autour de la musique de film. On confond la petite musiquette  de transition qui ne coûte rien et la chanson qui est certes très intéressante  mais qui est utilisée parfois avec un manque de réflexion. Des séquences qui pouvaient être magnifiquement illustrées de la musique sont oubliées. Je pense aussi qu’il y a un énorme problème de conception sonore. Encore une fois, on confond l’enregistrement avec le petit micro et la véritable  réflexion sur la qualité du son.  Là, je voudrai inviter les cinéastes Africains à regarder ce qui se passe en Europe ou aux USA. Ce n’est pas pour rien si ces cinéastes ont réussi; c’est par ce qu’ils avaient de grandes bandes sonores, une meilleure vue sur le scénario, une vraie réflexion sur le son et bien entendu, une véritable formation. Voilà tout ce que je reproche un peu aux réalisateurs africains. Sinon, en termes de qualité d’image,  les opérateurs  et les techniciens sont très bons.  Mais les moyens  ne sont pas suffisamment donnés. Parfois, j’ai comme l’impression que les choses sont faites à l’emporte-pièce, on n’est pas très regardant et c’est après (à la post production) qu’on pleure. J’en sais quelque chose parce qu’actuellement je travaille sur une série extraordinaire, une création canal + en Côte d’ivoire. Il s’agit d’une magnifique série qui s’appelle “invisible” et qui sera diffusée peut être en septembre. J’ai la responsabilité de la musique, du son et du design, de toute la partie montage son et  mixage, excepté les prises de son. Et là, je souffre terriblement ! Les techniciens ont fait le maximum de ce qu’ils pouvaient sur le tournage mais là encore, je dois récupérer des choses très difficiles. Il y a un manque de conception et de mise en place  de moyens pour les ingénieurs-son pour nous faire sortir quelque chose d’exploitable.

(…) En Afrique  le son souffre alors que le talent n’a pas de frontière. Un bon projet demande du temps et quand il est bien fait, il rencontrera  forcément des producteurs ou des diffuseurs. Je trouve que le cinéma africain n’est pas assez fédérer. Tout le monde est son petit coin, “chacun se cherche” comme on le dit, chacun cherche pour son intérêt alors que c’est l’union qui fait la force. Au niveau des producteurs, il faudrait qu’il y ait des co-productions. L’avenir est à la co-production entre les pays du sud et du nord  et de même que les équipes doivent se souder en co-production avec des contrôleurs de gestion afin que les budgets soient bien gérés.

Propos recueillis par Patrick COULIDIATY

 

 

 

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