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Louise Mushikiwabo est-elle la candidate idéale pour la Francophonie ?


Une rumeur persistante, publiée dans le magazine panafricain Jeune Afrique, circule selon laquelle la ministre rwandaise Louise Mushikiwabo se porterait candidate pour succéder à Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en octobre prochain, à Erevan.

Radio France Internationale en a rajouté, citant une source diplomatique à Paris, que : « les pays africains ont tiré les leçons de la précédente élection et négocient depuis des mois pour se mettre d’accord sur un nom. Il s’agit de Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères. Et il semblerait qu’Emmanuel Macron voit plutôt d’un bon œil sa candidature. »

S’agit-il d’un ballon d’essai ou d’une réelle volonté du Rwanda de prendre la direction d’une organisation dont il avait préalablement claqué la porte au nez et en y est retourné à reculons?

Il est évident que tous les États et gouvernements membres à part entière de l’OIF ont les mêmes droits, obligations et privilèges qui y correspondent, notamment de prétendre et se porter candidats à des postes électifs. Mais il est important de noter, toutefois, que Mme Mushikiwabo n’a pas encore exprimé publiquement ses intentions de briguer le poste de secrétaire générale de la Francophonie.

Il nous paraît invraisemblable que le président Paul Kagame, qui entretient de bonnes relations avec Michaëlle jean, puisse lui opposer son ministre des Affaires étrangères au poste de secrétaire général. D’ailleurs, il semblerait que c’est bien Michaëlle jean, alors gouverneure générale du Canada, qui aurait convaincue le président Kagame, en 2009, de ne pas quitter définitivement la Francophonie.

Mais si un tel scénario venait à se concrétiser, l’image de la Francophonie pourrait en prendre pour son grade. En effet, le choix du secrétaire général devrait être pleinement en accord avec, d’une part, les objectifs fondamentaux qui répondent à la mission originelle de l’Organisation, à savoir la défense et la promotion de la langue française et de la diversité culturelle ; d’autre part, la nécessité d’accompagner les efforts des États membres à respecter les valeurs communes, telles que la primauté du droit et les droits de la personne, la consolidation de la gouvernance démocratique et de l’État de droit, et la protection des libertés individuelles et publiques fondamentales, qui sont inscrites dans la « Déclaration de Bamako », un texte de référence à portée normative, qui aura bientôt 18 ans et a été renforcé par la « Déclaration de Saint-Boniface ».

Il y a lieu de noter que le Rwanda, son pays, a remplacé le français par l’anglais comme langue d’enseignement obligatoire dans le public et dans l’administration. Et, qu’aujourd’hui seulement l’anglais et le kinyarwanda sont d’usage courant. On peut donc se demander si c’est ça le message que l’on veut lancer aux autres États membres de l’OIF, notamment au Québec qui est très sensible à la problématique linguistique, qui occupe une place prépondérante dans le débat national.

S’agissant des valeurs fondamentales chères à l’Organisation, sur lesquelles l’action du secrétaire général devra reposer, il suffit de lire les différents Rapports d’Amnistie internationale et de Human Rights Watch sur la situation des droits humains au Rwanda pour constater les défis énormes que ce pays a en ce qui a trait aux libertés publiques et individuelles. On ne peut pas parler de démocratie véritable sans libertés publiques : liberté d’expression, d’opinion, d’association, etc. Et, la voix de l’opposition politique est très souvent inaudible dans ce pays. Les opposants politiques ou encore les prisonniers d’opinion croupissent dans les prisons.

Je trouve cela gênant qu’un président, qui est avec ses pairs ici au sommet de la Francophonie, vienne, ne pas discuter avec eux, mais dicter ce qui devrait se passer dans leurs pays. Je trouve cela d’ailleurs assez inélégant. Qui décide de l’avenir politique des Africains? Ce n’est pas Paris qui décide, c’est évident. Ceci dit, le président français peut bien exprimer son point de vue, il peut donner des conseils à ses pairs. Et là on va autant, autant aussi : «  je suis ici à Dakar pour dire aux Africains. » Ce n’est pas normal. On est en 2014, propos de Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, lors du sommet de Dakar qui avait porté Michaëlle Jean à la tête de l’OIF.

Même s’il advenait que la candidate de Mme Mushikiwabo soit adoubée par la France comme on entend, elle devra tout de même montrer patte blanche et convaincre qu’elle serait la meilleure ambassadrice pour défendre et promouvoir la langue française dans les enceintes internationales. En effet, les enjeux sont beaucoup trop importants pour faire un choix qui soit vraiment judicieux pour l’avenir de la Francophonie.

Nous aurons commis une erreur d’appréciation en voulant coûte que coûte se débarrasser de Michaëlle Jean et en pensant que c’est Louise Mushikiwabo qui pourrait relever les défis évoqués ci-dessus. Une élection possible de Mme Mushikiwabo à la tête de l’OIF viendrait incontestablement affaiblir l’action de l’Organisation, tant dans ses mandats de plaidoyer pour l’usage de la langue française, que dans ses efforts pour promouvoir et consolider les valeurs démocratiques.

Michaëlle jean mérite-t-elle un deuxième mandat?

Michaëlle Jean a été choisi par les chefs d’État et de gouvernement membres de la Francophonie notamment pour mettre en place les bases permettant la création d’un espace économique francophone, conformément à la feuille de route ambitieuse dressée à Dakar. Un projet laborieux et de longue haleine qui exige à la fois une volonté politique des États, la participation de tous les secteurs économiques et qui nécessite des ressources substantielles.

Michaëlle jean a abattu un travail titanesque durant son premier mandat qui mérite d’être salué. Alors que les caisses de l’organisation sonnaient creux à son arrivée en fonction, elle a procédé à des réorganisations internes et restructurations drastiques pour répondre aux impératifs de gestion axée sur les résultats.

Bien que certaines décisions managériales prises par son administration, lui ont valu quelques critiques peu élogieuses dans certains médias, Michaëlle jean a su être à l’écoute et a démontré d’une réelle collaboration active avec les chefs d’État et de gouvernement membres. Mais aussi, avec les différentes organisations internationales et de la société civile, tout au long de son mandat, pour faire avancer concrètement les initiatives stratégiques actuelles et futures de l’organisation.

Michaëlle jean a fait et continue de faire un plaidoyer convainquant auprès des organisations internationales et régionales pour l’usage courant de la langue française, comme langue de travail et de communication interne. Elle accompagne les États membres dans la consolidation des valeurs chères à l’Organisation, notamment en mettant l’accent sur les processus électoraux et le renforcement de la démocratie.

Michaëlle jean a entendu les recommandations des premiers ministres canadien et québécois, du président français et de bien d’autres qui exigent des changements à apporter dans l’administration et la gestion interne de l’organisation.

Son administrateur, le Malien Adama Ouane, 70 ans, avait, dans l’une des rares entrevues qu’il avait accordées à la presse malienne lors de VIIIes Jeux de la Francophonie d’Abidjan en juillet dernier, laissé entendre clairement qu’il n’avait pas l’intention de solliciter un second mandat, dans éventualité où Michaëlle Jean vendrait à être reconduite à son poste.

Et comme pense le président Macron, avec raison, que le centre de gravité se situe au bassin du Congo, il est indéniable que Michaëlle Jean donne des gages solides et contente l’Afrique centrale qui rumine encore sa défaite de 2014.

Avec la nomination d’un nouvel administrateur, Michaëlle Jean devra ouvrir une nouvelle page, entamer son second mandat pour relever les défis communs avec un nouvel élan afin consolider les actions entreprises pendant son premier mandat.

Quel avenir pour la Francophonie?

Comme l’a mentionné RFI que : « Emmanuel Macron a souvent dit que pour la Francophonie, le centre de gravité se situait quelque part du côté du bassin du Congo », on sait que l’avenir de la francophonie se trouve en Afrique et que celui-ci passe par la jeunesse. La question de la langue française dans l’éducation constitue un défi majeur à relever pour l’avenir de cette francophonie. Il est donc impératif que les États membres contribuent à la formation et à l’éducation de cette jeunesse en français.

Certes, la France est un membre éminent qui apporte une contribution substantielle au budget annuel de l’OIF, mais la Francophonie ce n’est pas que la France, la Francophonie c’est 84 États et gouvernements membres et observateurs. Si la France décide de jeter son dévolu sur la candidature rwandaise, en faisant fi des appels du pied lancés par le Canada et le Québec, également principaux contributeurs, qui sollicitent la reconduction de Michaëlle jean, cela équivaudrait à une gifle en plein visage aux partenaires majeurs qui contribuent au bon fonctionnement et au rayonnement de la Francophonie.

Pour reprendre les propos, ci-dessus, tenus par Louise Mushikiwabo, au sommet de Dakar, on a comme l’impression que tout semble avait été tricoté quelque part au bord de la Seine, sans même avoir consulté ni demandé l’avis des chefs africains membres de l’OIF qui, pour la plupart, considèrent Michaëlle jean comme une digne fille de la sixième région d’Afrique.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue
Francophonie : Michaëlle Jean bien placée pour un second mandat

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