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Grève des Financiers : Les 7 points de discorde.


Après les 120 heures de grève déclenchées par les agents du Ministère des finances, ce sont les sit-in qui ont pris le relais. Depuis lors, c’est cette forme de grève silencieuse qui paralyse les services des finances au Burkina. Ainsi, de la bourse du travail, les grévistes ont migré vendredi dernier dans la matinée vers la télévision Nationale du Burkina; la devanture de leur ministère ayant été interdite d’accès par la police. L’opinion publique qui pensait que la grève était finie, a compris qu’il n’est rien. Apparemment, tout montre qu’elle continue sous d’autres formes.

Mais qu’à cela ne tienne, les financiers, contrairement aux rumeurs qui circulent, leur mouvement n’est nullement lié au fonds commun. Il s’agit plutôt de 7 points de revendication qui font aujourd’hui l’objet de discorde entre le syndicat des finances et le gouvernement.

Pour en parler nous avons interrogé le Secrétaire Général du syndicat National des Agents  de Finances sur ce mouvement d’humeur qui perdure depuis des mois et qui semble perdre toute crédibilité.

Mohamed SAWADOGO (M.S) : Je me nomme Mohamed SAWADOGO, Secrétaire Général du Syndicat National des Agents  des Finances.

Il faut le dire clairement, ce matin nous sommes là comme vous l’avez si bien dit, c’est pour le dernier jour de sit-in qu’on a débuté depuis le lundi passé et aussi comme vous l’avez bien relevé, avant cela nous avons tenu à faire une grève de 48 h, ensuite une grève de 120 h et jusqu’à présent nous n’avons pas été écoutés par le gouvernement. Maintenant le mobile qui a poussé à aller dans ces différents évènements contrairement à ce que les gens pensent ce n’est pas une question de revendication sur le fonds commun. C’est une question de revendication sur  7 points.

Les 7 points qui font l’objet de la discorde

M.S : Premier point, c’est la question du Check off; c’est à dire, la retenue à la source des cotisations syndicales, il se trouve que là-bas on avait déjà commencé les check off au ministère. Depuis 2015 effectivement, c’est à travers la bancarisation qu’on avait eu des protocoles d’accord avec le gouvernement. Au  lieu qu’on aille faire du porte à porte comme on le faisait avant pour récupérer de l’argent (les cotisations syndicales), on a demandé à l’état de faire des coupures à la source (au niveau du logiciel) pour pouvoir ponctionner et donner aux syndicats et c’était avec l’adhésion des travailleurs. Donc depuis 2015 et jusqu’à l’arrivée de Madame le Ministre, il n’y avait plus de problèmes jusqu’à Janvier dernier où elle se lève pour dire qu’elle n’est pas d’accord avec la procédure. Et c’est ainsi que la procédure a été suspendue de manière unilatérale. Ce n’est pas une contribution quelconque de l’état que nous demandons; ce sont les cotisations des individus que le ministère refuse de prélever à la source.

  Le deuxième point, c’est la question du carburant. Actuellement, nous avons des services qui ont besoin de carburant dans le cadre du recouvrement des recettes. Au niveau des impôts par exemple, ils ont besoin de carburant pour aller collecter les impôts. Nous avons des services qui se déplacent dans le cadre de la réception du matériel et de certains ouvrages. Nous ne demandons pas de véhicules. Mais si nous devons nous déplacer avec nos motos dans le cadre d’une mission du service, que l’Etat nous pourvoit en carburant pour ces déplacements; c’est ce que nous demandons. Avant, nous avions ce carburant par mois et pour ce genre de courses.  Depuis décembre, Madame le ministre s’est levé dire que dans le souci de diminuer le train de vie de l’état, elle a coupé le carburant des agents. Dans le même temps, elle affirme bien qu’il y avait des responsables qui avaient des carburants de 2 millions  par trimestre. Mais pour ce qui nous concerne, nous n’avons que des montants de 10 000 fcfa et 5 000 fcfa dans certaines directions. Pour diminuer le train de vie de l’Etat, au lieu de diminuer, elle veut couper les montants de 10 0000 fcfa et laisser les montants 700 000 à 800 000 fcfa.

Troisième point, c’est le protocole d’accord. Nous avons signé des protocoles d’accord avec le gouvernement, des protocoles d’accord qu’il a tenu à respecter. Malheureusement, le gouvernement dit qu’il n’est plus d’accord pour prendre en compte ces accords. Vous voyez qu’il y a quelque chose qui ne vas pas !

Le quatrième point, c’est la question du  bâtiment  R+4, il faut dire simplement que c’est une question d’égo. En 2015 et sous la transition, le problème avait commencé au niveau du bâtiment. Il y avait la solde, la direction des ressources humaines  une partie de la direction générale du budget qui logeait là-bas. Au regard des problèmes que connaissait le bâtiment, une expertise avait été commise pour résoudre le problème. Quand madame le ministre est venue en Août 2016, on a eu à signer un protocole avec madame le ministre pour dire tout simplement qu’il fallait trouver une solution définitive pour le bâtiment. Soit on rase le bâtiment pour reconstruire un autre bâtiment à sa place ou bien, on fait une expertise pour confirmer que le bâtiment n’a pas de problèmes.  Expertise faite (bien qu’on n’ait pas eu le rapport de l’expert), il parait que le bâtiment est en bon état. Donc nous avons suggéré au Ministre de le rénover pour que les gens puissent l’occuper. Notre suggestion n’a pas certainement rencontré son accord et elle a voulu affecter le bâtiment au MENA ; là, nous lui avons désapprouvé sa décision.

Cinquième point, c’est la question de réforme.  Il s’agit des réformes notamment sur la privatisation de l’économie burkinabé. D’abord, madame le ministre avait voulu faire un office de recettes comme il a été le cas au TOGO. Mais les choses n’ont pas marché au Togo où actuellement d’ailleurs, on dit que le directeur de l’office serait en fuite.

Donc, au lieu d’emprunter des exemples malheureux, nous suggérons qu’on s’asseye et de manière consensuelle travailler.

Le sixième point.  Ce sont les questions des  sociétés privées (COTECNA et CCVA). Au niveau de ces sociétés, il n’y a pas de plus-value. Au contraire on paye des milliards et des plus-values à ces sociétés privées alors qu’au finish, on pouvait utiliser ces milliards pour développer d’autres secteurs du pays. Donc on a dit tout simplement d’arrêter le contrat existant entre COTECNA et CCVA.

Le septième et el dernier point, c’est la question du statut valorisant. Actuellement, on a des primes qui sont là et le fonds commun. On a tout simplement demandé à travailler à sécuriser ces avantages-là. Le gouvernement dit qu’il n’est pas d’accord avec ça. Nous avons eu vent comme quoi au niveau de la remise à plat des salaires de la fonction publique, que des gens sont en train de travailler à supprimer  nos acquis. Or ces avantages ont été conclus par des protocoles d’accord. Actuellement, il y a deux points que nous sommes prêts à ajouter.

C’est d’abord le point sur la répression. Depuis le conseil des ministres passé et même hier, des responsables ont été relevés de leurs fonction à cause de la grève. Si des responsables participent à la grève, cela veut que la grève est légitime et que nos revendications sont légitimes. Ce que nous souhaitons, c’est d’arriver à réorienter le gouvernement vers cette question de recherche de solutions.

Pour une issue heureuse de la crise

L’opinion publique pense que vos sit-in sont toujours liés au fonds commun; qu’en est –il ?

M.S : Vous avez suivi toute la genèse de la situation. Y a-t-il un seul point lié au fonds commun? Ce sont des questions de bâtiments, de check off, de réformes; aucun de ces points n’est lié au fonds commun! C’est plutôt une question de carrière.

A l’allure où vont les choses, ne craignez-vous pas que vos revendications soient comme impopulaires et exaspérantes ?

M.S : Non, pas du tout parce que les populations ont commencé à comprendre que s’il y a impopularité dans ce mouvement, c’est bien le gouvernement. Un gouvernement soucieux du développement de son pays, c’est lui qui doit appeler les gens au dialogue. Sur les antennes, il dit qu’il appelle les gens au dialogue alors que dans les faits, il n’en est rien.

Vos sit-in sont-ils légaux ?

M.S : Nos sit-in sont légaux. On n’a aucun problème avec les sit-in. L’avis du conseil d’Etat reste un avis et chaque citoyen peut demander un avis; c’est un avis simple, ce n’est pas une décision.

Le médiateur du faso vous a également demandé de reprendre le travail et privilégier les négociations.

M.S : Oui, mais les négociations ne peuvent pas entraver nos sit-in. On a vu l’exemple des enseignants où ils avaient continué leur sit-in pendant que les négociations étaient en cours. Cela n’a pas empêché qu’il y ait eu des suites favorables. Donc, nous demandons au médiateur du Faso de continuer de s’invertir afin qu’on parvienne à une issue heureuse pour toutes parties prenantes.

Nous sommes prêts à aller sur la table de négociation même à la minute près. Nous avons tout simplement constaté qu’il n’y a pas d’évolution dans les négociations, c’est du sur-place.

A cette date qu’est-ce qui peut être fait pour une issue de crise ?

M.S : Mais qu’est-ce qui peut être fait ? Aujourd’hui, la balle est dans le camp du gouvernement. Nous avons posé des revendications, c’est au gouvernement de voir les solutions à nous proposer. Le gouvernement dit qu’il y a eu 5 /7points de revendications qui ont été satisfaits; ce qui n’est pas vrai. Je vous assure qu’il n’y a eu aucun seul point de satisfait.

Après ce sit-in, quel sera la suite ?

M.S : Non ça ne va pas ! Si les points ne sont pas appliqués, que faut-il faire ? On n’est pas sorti parce qu’on est content; c’est parce qu’il y a des problèmes qui nous dérangent dans le sens du travail et qu’il faut résoudre. S’il n’y a pas de garanties pour permettre de meilleures conditions de travail, c’est clair que nous sortirons. Dans le préavis de sit-in que nous avons déposé la semaine dernière, si rien n’est encore fait, nous allons entamer la semaine suivante.

Gérôme K. Sylvestre

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