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Quel intérêt ont-ils à voir la ministre des Finances sur un siège éjectable?


Elle est une femme, mais pas comme les autres. Elle est talentueuse, intelligente, travailleuse, rigoureuse. En janvier 2018, quand les supputations allaient bon train sur l’identité de celui qui pouvait remplacer Paul Kaba Thiéba, son nom avait été cité, par les analystes politiques, parmi les potentiels prétendants. Qui plus est, Africa Performance Index (API) venait de la classer première ministre de l’Economie et des Finances de l’Afrique de l’Ouest et de l’Est. L’une des raisons de cette reconnaissance est liée à la performance du Burkina dans sa gestion de la croissance économique après un épisode d’instabilité politique. C’est dire que nous avons affaire à une dame compétente. Elle, c’est Hadizatou Rosine Coulibaly née Sori, ministre de l’Economie, des Finances et du Développement. Des femmes de poigne comme elle, on n’en trouve pas tous les jours. Mais depuis ses prises de positions publiques et vigoureuses contre le fameux Fonds commun des travailleurs de son département, elle ne bénéficie plus de l’admiration de certains syndicats qui n’hésitent pas à faire étalage de ses avantages pécuniaires, histoire de prouver qu’elle est budgétivore. Intitule de le nier, le fossé s’élargit de jours en jour entre les syndicats du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement (MINEFID) et leur ministre de tutelle. Sans l’avouer, il est des gens qui travaillent et prient pour que Rosine Sori quitte le gouvernement. Est-ce cela l’intégrité dont nous-nous réclamons?

La peur, dit l’adage populaire, est mauvaise conseillère. La preuve, les Burkinabè ont joué au «Yes man» et à la complaisance avec Blaise Compaoré. La suite, on la connaît: la chienlit sociale, économique et politique. Rares étaient ceux qui osaient lever le petit doigt contre ses mauvaises décisions. Cela a renforcé l’autocratie de l’enfant terrible de Ziniaré. Il a fallu l’insurrection populaire pour le contraindre à prendre la poudre d’escampette.

Aujourd’hui, nous devrons apprécier les personnes courageuses qui osent dire à haute et intelligible voix leur opinion sur les sujets d’intérêt commun comme la distribution automatique de ristournes à quelques privilégiés burkinabè du ministère des Finances. Car le Fonds commun pose un vrai problème social, éthique et même moral. Il est l’expression d’une injustice sociale à combattre.

Hadizatou Rosine Coulibaly Sori , ministre de l’Economie, des Finances et du Développement

Mais le franc-parler de Hadizatou Rosine Coulibaly sur la question ne plaît pas à tout le monde. «Madame la rigueur», c’est ainsi qu’il faudrait l’appeler, n’est pas de mauvaise foi. Mais le fait de s’opposer à des revendications pas toujours fondées à ses yeux et de s’opposer à des avantages indus lui porte visiblement préjudice.

Au moment où nous devons tous travailler pour augmenter le taux de croissance tout en faisant des sacrifices, certaines personnes voient la ministre des Finances comme celle qui met du sable dans leur couscous. On voudrait la voir complaisante, peureuse et «coopératrice». A défaut, on la dénigre, la trouvant trop imbue de sa personne, orgueilleuse et difficile de collaboration. Pourtant, la rigueur qui est pour l’heure sa particularité est non seulement une grande qualité, mais aussi liée à l’exercice du pouvoir. D’ailleurs, la gestion de son département nécessite cette fermeté, même si elle use sa cote de popularité. Avec son impassibilité, elle aurait exercé de plus haute fonction sous le régime de Thomas Sankara. Nous avons donc intérêt à saluer le côté structuré, organisé et réfléchi de cette grande dame.

Si l’éthique de la ministre avait été mise en doute, l’on pouvait comprendre les détracteurs. Mais il n’en est rien. Pourtant tout est mis en œuvre pour que les controverses s’accumulent à son sujet. L’objectif est de la faire partir de son poste. Déjà, il y a quelques semaines, l’idée de la démission aurait traversé son esprit si tant est que ses prises de positions sont incomprises jusque dans son propre camp. En ces temps de dénigrements gratuits, elle mérite davantage le soutien et du gouvernement et de son parti. Il faut éviter que la situation ne devienne intenable pour elle. Car ses détracteurs ignorent peut-être qu’elle a consenti d’énormes sacrifices par amour pour sa patrie. Même au sein du MPP, certaines personnes devraient faire tabula rasa de quelques ambitions et rivalités politiques et laisser cette dame en paix.

Les pressions pour se débarrasser d’elle feront plus de mal à notre gouvernance qu’à l’intéressée. Il faut en effet chercher une stabilité aux finances: les budgets sont planifiés sur une longue période et la personne en poste incarne une vision.

Dans cette situation difficile, le Premier ministre devrait être davantage solidaire de son ministre et conseiller le président sur les conséquences qui adviendraient si Hadizatou Rosine Coulibaly devrait démissionner sous la forte pression de ses adversaires.

Une chose est sûre, son départ du gouvernement ne grandirait pas la gouvernance de Roch. L’occasion lui est donnée de bander le muscle et de refuser le chantage, d’où qu’il vienne. Gouverner un pays doit se faire dans la justice, loin de la complaisance. Il faut éviter de faire croire qu’il y a des Burkinabè au-dessus des autres.

Source : lesechosdufaso.net

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