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Exposition de Sylvo ZOUNGRANA : “J’ai envie de m’écrier… “Enfin !” :

  • « Enfin ! » pour la réapparition de Sylvestre ZOUNGRANA sur la scène des Arts Plastiques ;
  • « Enfin ! » pour le « choc » artistique majeur que représente cet événement dans la « Rentrée  de la saison des Arts Plastiques » du Burkina Faso, et de Ouagadougou en particulier.

On connaît « Sylvo » comme professeur de dessin, très jeune, à l’Institut Français de Ouagadougou entre autres places, et pour ses premières œuvres « osées » exposées à la Villa SIKANDRA au début des années 2000s.

« Osées » parce que cet artiste a été d’emblée « violemment » sincère et engagé dans l’expression de ce qu’il ressent de la société qui l’entoure : vécu spirituel, rapport sensuel au corps – sans tabou, violence de l’establishment et de l’impérialisme politiques (assassinat de Khadafi…), émergeant de support de textiles imprimés ou de nattes tressées plutôt que de toiles académiquement encollées…. Les performances, les détours par le théâtre (Paul ZOUNGRANA est son frère) l’ont aidé à tromper son ennui des conventions artistiques.

Après s’être interrogé longtemps sur l’absence de marché des Arts Plastiques au Burkina Faso, sur les expositions qui tournent de plus en plus « à vide » entre acteurs du secteur sans aucun signe d’intérêt de la part des intellectuels et entrepreneurs de la place, Sylvo innove de façon magistrale au Kunstraum de Paspanga avec une installation remarquable : « Jeux d’Echanges, Jeux  de Société».

En dialogue avec les partenaires du Goethe-Institut, KY Siriki, BARRY Alcény, l’artiste s’est immergé  dans son environnement socio-économique, s’est interrogé et a nourri sa création artistique en sens sociétal : la réalité de la survie économique dans l’informel, avec ses solutions de microfinance…..

Une salle pour le jeu où les visiteurs peuvent se prêter aux actes d’échanges, suivie d’une salle dédiée aux petits achats où l’art (des dessins de Sylvo) est à vendre au milieu de noix de cola, de bouteilles d’huile rouge, de petits sachets d’arachides, de bananes séchées….

Les personnages sont peints en monochrome brun directement sur les murs blancs de l’espace, en « ombres » anonymes, alors que les meubles et objets à vendre qui portent le propos artistique sont réels.

J’aime l’installation, j’aime la démarche, sa sincérité, la maturation qui dépasse le geste esthétique du dessin et de la couleur et dont le « sens » nous atteint, et nous questionne. C’est fort et beau, et innovant !

Nous avons là une vraie création artistique, susceptible de faire vibrer et de nourrir l’imaginaire de tout un chacun pour peu qu’il soit encore curieux.

A découvrir d’urgence (jusqu’au 6 octobre) avant que les murs soient repeints car l’œuvre est temporaire. Parions que Sylvo et le collectif du Hangar Onze rebondira artistiquement, nourri de cette œuvre…… mais pour quel public ?

Qu’est-ce qui manque pour « faire sens » et susciter une émergence des Arts contemporains dans le quotidien de la société ?

La presse vient de relater la mise en place d’une nouvelle commission de sélection artistique au niveau du BBDA en soulignant le débat que suscitent les critères de genre artistique et la préférence qui serait donnée aux œuvres valorisant les traditions… Pour inventer un futur ou pour garder simplement une mémoire ?

Le Goethe-Institut a lancé justement une résidence qui a abouti à une exposition (FAVT) au Musée National sur des Visions Africaines du Futur, portées par des partenariats entre chercheurs et artistes plasticiens……

Se passerait-il quelque chose d’important au Burkina, à l’écart de la lumière  artificielle jetée sur nombre de manifestations artistiques plus conventionnelles et irrégulièrement surprenantes, qui serait ignoré par la majorité des burkinabé, des artistes et des acteurs du secteur culturel, et par des résidents étrangers en mal de découvertes pourtant ?

Lucien HUMBERT

Villa Yiri Suma

 

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