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FESPACO 2019 : “L’Etat burkinabè a joué une carte extrêmement cohérente et forte. (Dixit Noureddine Saïl)

Le FESPACO 2019 est bien fini. Mais son impact reste encore indélébile dans nos esprits comme si nous regrettions qu’il soit fini de sitôt. C’est peut-être aussi parce qu’il mettra encore deux ans avant de se tenir; ce qui parait long pour certains festivaliers. Au-delà  même de la fréquence de la tenue du festival qui souffrirait de consensus, se posent également la problématique des salles, la reconquête du public, la question d’élargissement du festival à l’échelle internationale (Europe, USA ou Amérique Latine). La pérennisation et le rayonnement  du festival est  aussi à ce prix. C’est  autour de ces points que nous avons échangé avec Noureddine Saïl, un réalisateur marocain dont le ticket d’abonnement avec le FESPACO date depuis 1983.

Noureddine SAÏL : Réalisateur, responsable du festival africain de Khouribga depuis 1977

Depuis cette date (1983), Noureddine Saïl et le FESPACO, c’est bras dessus, bras dessous. Il n’a plus jamais lâché le FESPACO et le FESPACO non plus ! Pour Noureddine Saïl, “L’Etat burkinabé a joué une carte extrêmement cohérente et forte en plaçant le cinéma parmi ses priorités nationales”

Le mérite de l’Etat Burkinabè dans l’enracinement du FESPACO

Mon premier contact avec le fespaco : “l’œil vert”, une tendance cinématographique constituée par un mouvement de jeunes cinéastes dissidents”.

La première fois que j’ai pris contact avec une cinématographie africaine, c’était en 1970. J’étais à l’époque un jeune militant des cinéclubs du Maroc. C’était précisément à Dakar à travers une grande réunion où j’ai pu malgré mon jeune âge, être adopté par d’autres festivaliers tels Ousmane Sembène, Med Hondo, Paulin Vieyra, Tahar Cheriaa. C’était des gens qui brassaient des idées très fécondes sur ce qu’on appelait à l’époque, le cinéma Africain. Je dois dire que depuis lors, je ne me suis pas seulement intéressé mais j’ai été extrêmement attiré par la problématique que mes aînés de l’époque posaient pour le futur de nos cinématographies. Et ça ne m’a plus lâché, j’y suis resté évidemment en continuant mes activités de ciné-club et de jeune professeur de philosophie. Les cinématographies africaines, disons en gros la problématique du cinéma africain a trouvé chez moi une place tout à fait naturelle. A un certain moment, le FESPACO a commencé d’exister de façon assez affirmée. C’était dans les années 75 ou 77  où ce festival a commencé à prendre du poids. La première fois que je suis venu pour le FESPACO, c’était en 1983, à l’Hôtel Silmandé. Depuis cette date donc, je suis devenu un abonné du FESPACO pour chaque deux ans.

En 1983 j’étais au FESPACO en tant qu’invité certes,  mais c’était surtout en ma qualité de réalisateur. A cette période en effet, outre ma profession d’enseignant de philosophie, je suis passé de producteur à réalisateur. J’ai trouvé le temps et l’énergie d’écrire un scénario et de le faire filmer par un de mes amis et ça a donné un film qui s’appelle “le grand voyage, Inour sabil”. Le film a été bouclé entre 81- 83.

Donc mon premier contact avec le fespaco a été un contact vraiment professionnel. J’ai eu toute suite les meilleurs contacts avec les gens qui, à l’époque représentaient l’avenir de la cinématographie burkinabè. Parmi ces gens-là, je me souviens très bien de Gaston Kaboré, qui était là, représentant les cinéastes organisateurs du festival avec tout à côté tout un mouvement de jeunes cinéastes dissidents représentés par Idrissa OUEDRAOGO dans une sorte de tendance cinématographie africaine qui s’appelait “l’œil vert”.  C’est ainsi que je me suis trouvé emporté toute suite dans une sorte de maelstrom de discussion de films à voir, à critiquer et à applaudir. Je me suis retrouvé finalement dans une ambiance que je connais parfaitement ; celle des grandes discussions des cinéclubs dans laquelle j’ai vécu entre 10, 15 ans au Maroc quand j’étais lycéen.

“Pour reconquérir le public, il faut construire des salles multiplexes car la force du cinéma, c’est de rassembler les gens en un seul lieu, les faire rêver ensemble et en même temps. Dans une salle de cinéma, nous sommes solidaires et solitaires en même temps…”

En 1983, si ma mémoire ne me trahit pas, je pense que c’était ” Finyé ”  de Souleymane Cissé qui était un film remarquablement bien réalisé. D’ailleurs, Souleymane Cissé est pour moi l’un des plus grands cinéastes africains. Ce que je regrette seulement avec lui, c’est qu’il ne fasse pas suffisamment de films; mais là, c’est un autre problème !  Mais je dois dire que tout film de Souleymane Cissé a toujours constitué un évènement. Et dans le film ” Finyé “,  la subtilité de l’analyse, la force du rythme du film ne pouvait pas ne pas frapper le spectateur. Cela a d’ailleurs commencé par le jury puisqu’il lui a donné à l’époque le grand Etalon de Yennenga. Voilà ce qu’a été de mon premier contact. Puis ayant attrapé le virus je suis devenu un membre à temps plein du festival et cela n’a pas cessé jusqu’ aujourd’hui.

 “L’Etat burkinabé a joué une carte extrêmement cohérente et forte en plaçant le cinéma parmi ses priorités nationales”

50 ans de cinéma, c’est la preuve que l’idée au point de départ a été forte. Cette idée forte a été portée par des gens qui lui ont donné cette pérennité de sorte qu’on soit en 2019 à la 26ème édition. Je trouve cela formidable.

Aussi, l’Etat burkinabé a joué une carte extrêmement cohérente et forte en plaçant le cinéma parmi les priorités nationales du pays. Je trouve ça formidable. Et c’est l’un des rares pays qui ait fait cela depuis 50 ans. Ecoutez !  J’ai connu Mme Alimata SALEMBERE, Mr Filippe SAVADOGO, Mr Baba HAMA, Michel OUEDRAOGO, toutes ces personnalités ont apporté au festival quelque chose d’essentiel qui sont la vitalité et la continuité. Et l’actuel Délégué Général du FESPACO Ardiouma SOMA, représente ce qu’un festival international Africain peut espérer avoir comme dirigeant. Disons qu’il continue tout  le travail qui a été fait par ces  4 prédécesseurs.  Mais il ajoute à leurs acquis cette pondération que je trouve absolument formidable. Chez SOMA, c’est cette sagesse, cette façon diplomatique de convaincre, de partager le pouvoir, de déléguer et surtout, cette conviction du service public.

On est là pour rendre service au public Ouagalais, à l’Etat burkinabè à travers tout ça, à la cinématographie africaine et à tous les pays Africains. Je trouve ça formidable. Pour le peu de temps que j’ai eu à échanger avec ses 5 personnalités devenus des amis, j’ai trouvé quelqu’une chose qui est formidable chez eux. Ils ont une conviction profonde que le FESPACO ne peut être qu’un festival panafricain, c’est-à-dire, l’ensemble de toutes les cultures cinématographiques africaines   doivent confluer dans le fespaco.  Et c’est extraordinaire de constater qu’ici,  je me trouve dans l’un des rares festivals au monde où la diversité africaine est représentée totalement. Vous avez les arabophones, les francophones, les lusophones et ils n’y a nul par ailleurs où vous pouvez rencontrer des films lusophones et c’est depuis toujours. Vous avez les anglophones qui ont la place qui leur revient. Et pour cette tour de Babel cinématographique, je trouve que malgré toutes les peurs qu’on pouvait avoir au début, les multiples questionnements de type “est-ce que ça va prendre .. ? ” Eh bien ! A Ouaga, la mayonnaise a pris. Je crois que le fespaco a réussi ce coup de force extraordinaire de démontrer l’africanité par le panafricanisme et ça, je ne l’ai jamais senti nul par ailleurs qu’au sein du fespaco. C’est pourquoi quand on me demande après 50 qu’est-ce que vous pouvez dire ? Moi j’ai une seule chose à dire c’est merci  au fespaco d’exister et de continuer d’exister comme tu es actuellement.

Propos recueillis par Patrick COULIDIATY et Fatim BARRO

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