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Foire : toute la diversité de l’art africain à l’AKAA

Pour sa 3e édition, « Also Known As Africa » réunit les œuvres de 46 galeries, dont près de la moitié non européennes.

Un masque africain exposé lors de la troisième édition de la foire AKAA au Carreau du Temple, à Paris, le 8 novembre 2018. ERIC FEFERBERG / AFP

Troisième édition parisienne d’AKAA, acronyme d’« Also Known As Africa », foire consacrée aux artistes vivant en Afrique ou d’origine africaine – Afro-Américains et membres de la diaspora européenne. Ils sont présentés par des galeries qui sont loin d’être toutes établies sur le continent. En 2016, à la fondation de la manifestation, elles étaient 30. Elles sont aujourd’hui 46, dont 9 sud-africaines, 3 marocaines, 2 sénégalaises, 1 angolaise, 1 éthiopienne, 1 ougandaise, 1 zimbabwéenne et 1 ivoirienne. Les autres sont européennes. Ces chiffres sont très proches de ceux qu’affiche 1.54, autre foire conçue sur le même principe et qui se tient à Londres – cette année, elle a eu lieu du 4 au 7 octobre. Elle a réuni 43 galeries et à peu près 130 artistes, soit le même nombre qu’annoncé à l’AKAA.

A Londres ou à Paris, la question première est elle aussi la même : le principe d’une foire fondée sur la provenance géographique plus ou moins directe des artistes est-il pertinent ? L’art qui se fait en Afrique est demeuré à peu près totalement absent des lieux d’exposition et du marché international jusqu’à la fin de la première décennie du XXIe siècle, à de rares exceptions près, dont celle du peintre congolais Chéri Samba. Seul l’art ancien, celui qui avait été collecté et emporté par les Européens au temps de la colonisation, était visible, comme s’il ne se créait plus rien au sud du Sahara depuis le début du XXe siècle. Pour renverser l’inégalité, pour en finir avec la discrimination et l’ignorance, il faut assurément un volontarisme acharné et l’AKAA en est l’un des instruments. Contre le refus de voir et de savoir, rien de mieux qu’un effet de groupe, du moins dans un premier temps.

Mais il n’existe pas plus un art africain actuel qu’un art asiatique ou américain actuel, pas plus d’écoles continentales que d’écoles nationales. Artistes, idées, références et œuvres voyagent en tous sens et très vite. Ceux qui sont exposés au Carreau du Temple travaillent dans le même contexte mondialisé que tous les autres, avec les mêmes techniques et les mêmes connaissances – et ce serait peu dire que cela se voit. Il en est de même de leurs galeristes, qui ignorent d’autant moins le contexte du marché international et ses engouements que quelques-uns participaient à la FIAC il y a un mois.

Des « électrofétiches »

Ce qui est aussi flagrant est que, parmi les plus intéressants de ces artistes, nombreux sont ceux qui s’emparent des stéréotypes de la supposée africanité inventée par l’Occident au temps des colonies et de l’« art nègre ». Par exemple les fétiches, puisque c’est de ce mot péjoratif qu’étaient désignées autrefois les statues africaines. Emo de Medeiros en fait des « électrofétiches », hybrides de statuaire « à l’ancienne » si l’on peut dire et de technologies actuelles. L’artiste franco-béninois actualise le montage de tissus découpés et fabrique avec des couvercles de boîtes de conserve une forme en masque, autre citation détournée.

Gonçalo Mabunda s’empare de cette même forme, qu’il ressuscite en soudant des débris d’armes et de munitions, de ceux qui abondaient après l’interminable guerre civile qui a ravagé le Mozambique, son pays natal. Ses pseudo-masques sont des conjurations au sens politique immédiat. Les visages en papiers de couleurs vives d’Ernest Dükü ont l’air, vus de loin, d’aimables fantasmagories, déguisements pour aller danser. A les examiner de plus près, il apparaît que cet air de gaieté est un leurre : Dükü réunit une galerie de portraits de la société ivoirienne qui n’ont rien de réjouissant.

Dans des formes qui font référence aux arts anciens, ces trois-là introduisent le passé récent et le présent. Plusieurs photographes font de même, dont Saïdou Dicko et surtout Alun Be. Ce dernier a accroché plusieurs œuvres de sa série Edification, mises en scène allégoriques des métamorphoses d’une société où, lorsqu’on évoque des masques, les enfants entendent masques de plongée ou de réalité virtuelle. Chaque image est une fable ou une maxime, énoncée par les moyens de la forme et de la lumière avec une remarquable limpidité.

On en avait vu un ensemble lors de la dernière Biennale de Dakar. Or Alun Be n’est pas le seul artiste dans ce cas, à tel point que l’un des intérêts de cette édition d’AKAA est de proposer une séance de rattrapage à toutes celles et ceux qui n’étaient pas à Dakar en mai. Ainsi verront-ils la peintre Dalila Dalléas Bouzar, qui veut renouveler à Paris la performance de portraitiste en direct (excellente) qu’elle a accomplie à Ouakam au printemps. Ainsi seront-ils surpris par Amadou Sanogo, qu’il est facile – mais pas faux – de définir comme un David Hockney malien.

Philippe Dagen

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