Accueil / A la Une / Récréâtrales 2018 : Dernier jour …

Récréâtrales 2018 : Dernier jour …

La « Rue des Récréâtrales » grouille de monde. La fin d’une semaine d’une intensité incroyable est palpable. La fin d’une grande fête, d’un grand rendez-vous….. à goûter jusqu’à la lie.

Mon choix : « Que ta volonté soit kin » (Sinzo AANZA de RDC ; mise en scène : Aristide TARNAGDA)

On traverse la partie arborée de la cour des « Bazié », où se jouaient  les pièces de théâtre des éditions antérieures, pour s’installer au fond, dans un espace nu, absolument nu, totalement inattendu.

On ne comprend pas cette confrontation des gradins à un mur en longueur…. et on cherche tous à s’asseoir prioritairement au centre….

La nuit tombe. Une poule défèque du haut d’une branche d’un des manguiers sur lesquels sont adossés les gradins. On devine alors qu’un poulailler dort dans ces branches….

Kinshasa….. « avenue de la Libération »…. Attention, ici tout porte sens !

Le verbe, la gouaille, l’alcool qui coule dans cette avenue fleuve…..On pense immédiatement à « Félicité », ce film superbe honoré du trophée du FESPACO, cette femme ville, vie….

On reconnaît Kinshasa alors qu’on ne la connaît pas vraiment….on devine la ville capharnaüm, la mégapole de la misère, de la débrouille, du crime, des marges de la vie qui grouillent de vide, vide de sens, qui  grouillent de « survie »…..

Ici on ne peut imaginer espace plus nu….et pourtant…..cette idée de Kinshasa est bien là, palpitante.

On fait sans l’électricité, par habitude….on y tue. Qu’importe la mort, frontière d’une vie vide ?

On y fornique, encore et encore,  tout le temps, bestialement.

On parle de Dieu mais on s’en passe.

Un récit se tisse dans l’amitié entre deux femmes….fait grandir le rêve de l’une, le glisse entre les ombres qui reprennent peu à peu souffle d’humains.

Comme dans « Félicité », une poésie forte et belle éclot comme une fleur sur un rocher nu et sale.

On prend conscience que l’arbre de la cour, tout ébranché et effeuillé qu’il est, a des fruits et quelques feuilles encore : il vit.

Aristide Tarnagda a pris le parti du dénuement au service de  la puissance poétique, pour évoquer l’humain qui résiste dans la misère des bas-fonds glauques et grouillant de vermines de la mégapole kinoise. Et c’est superbe !

D’aucuns, l’attention formatée par les « spectacles » normatifs, auront ressenti de la longueur dans ce récit d’une vie qui s’étire et résiste dans le vide de la réalité….je ne conclurais pas si vite….s’agissant de normes….qui sont aussi des prisons d’imaginaire.

A la sortie de chez les Bazié, la rue vibre de toutes ses couleurs, dans la fumée des grillades et la scénographie des Récréâtrales.

L’échange du matin me revient en mémoire…L’ Atelier YIF MENGA (« Tu es qui tu es » ou, selon Calixte KABORE qui intervient avec Abass dans cet échange, « Deviens qui tu es »).

Le thème de la rencontre : « De la performance et de l’espace public ».

Beaucoup de choses y ont été dites sur la découverte-rencontre d’imaginaires et de comportements différents, dont les « racines » plongent dans des perceptions différentes d’images, de rapports sociaux, de temporalités et d’espaces….

Jean-Christophe LANQUETIN (scénographe qui, je crois, découvrait Le Burkina Faso et les Récréâtrales) a reconnu qu’il se passait ici quelque chose de singulier qui bousculait les normes professionnelles d’ailleurs. La rencontre entre le besoin de fiches techniques pour l’organisation professionnelle qui caractérise le succès des Récréâtrales, et l’improvisation créatrice révélée par le volet des performances, est singulière, et importante à réfléchir.

Il a aussi mis en exergue qu’au fil du temps, les décors de théâtre qui s’invitaient dans les cours traditionnelles, ont déserté ces « scènes » pour revenir à des espaces de vie de la réalité quotidienne, et que les décors de la scénographie envahissent une rue publique qui devient un espace « à part » de la ville et de la temporalité de ses habitants. La « sécurité » justifie-t-elle totalement ce renforcement de « l’isolation ».

Qui sont les publics des Récréâtrales, au fond?

En conclusion, il me semble pertinent de retenir le concept évoqué par le Dr Seydou Ra Sablga OUEDRAOGO lors de la soirée « Partage » du 28 octobre : « Créer de l’intelligence collective ».

N’est-ce pas le défi des Récréâtrales, en réponse à un besoin d’action sociétale pour un monde en crise qui doit chercher en lui, hors des fictions et institutions désuètes, pour inventer le futur?

NDLR : 

Juste pour jouer avec le territoire du « Sens » :

Le Coltan qui est le minerai qui salit et teinte l’économie et la vie de la République Démocratique du Congo, est constitué de deux minéraux : la « colombite » et la tantalite »…

Tantale, ce dieu Grec, emblème de la malédiction de désirer ardemment ce qui est inaccessible…..

Lucien HUMBERT

Voir aussi

Foire AKAA : « Il faut faire attention à ce que l’Afrique ne devienne pas un effet de mode »

Rencontre avec Victoria Mann, directrice de la première édition du salon d’art contemporain africain au …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :