Ecrivains

Hadiza SANOUSSI, écrivain  17 mars 2016

Hadissa SANOUSSI (H.S) : Je m’appelle Hadissa SANOUSSI et à l’Etat civil, Sana Alizeta. Écrivain à mes temps libres. Je suis Enseignante à l’Université de Ouagadougou, précisément à l’Institut Panafricain d’Etudes de Recherche sur les Médias, l’Information et la Communication (IPERMIC). Je me spécialise en communication pour le développement et précisément en intelligence territoriale.

Artiste BF (ART BF) : Comment représentez-vous la femme dans votre univers d’écrivaine ; est-ce la beauté, l’intelligence ou celle qui doit rester au foyer ?
H.S : C’est peut- être mieux de lire mes œuvres. J’essaie de dresser le portrait des femmes que je connais autour de moi soit en tant que modèles, soit en terme de défis à relever parce que la femme n’est pas un élément figé. Donc, j’essaie à travers mes œuvres de faire ressortir les femmes battantes d’une manière ou d’une autre. Pour moi, une femme est celle qui, même sur du granite doit faire pousser du mil.
Quand j’entends des gens dire souvent "je suis fière d’être Burkinabé " ou des propos comme "je suis fier d’être Africain" ; moi je ris parce que ça ne veut rien dire du tout. Qu’y a-t-il à se vanter dans ça ? Qu’est-ce que la personne a fait pour être Burkinabé ou Africain ? Rien ! parce qu’on nait Burkinabé ou Africain tout simplement ! Par contre, on peut être fier d’avoir fait quelque chose, d’avoir posé un bel acte ; c’est ça qui fait la valeur d’un être humain.
Que tu sois belle, vilaine, grande ou naine, tu n’as rien fait pour mériter ça ; tu l’as simplement hérité de tes parents sinon, tu n’as fourni aucun effort. Je veux dire tout simplement qu’on ne peut être fier que de ce qu’on a acquis par soi-même, par sa persévérance et par sa propre lutte.

ART BF : Depuis combien de temps écrivez-vous ?
H.S : J’écris depuis 2001 ; 14 ans maintenant.

Pouvez-vous nous donner les titres et les dates de vos œuvres ?
H.S : J’ai à mon actif, 7 œuvres :
- Les deux maris édités par les Edition Moreaux et reprise par l’Harmattan Burkina
- Devoir de cuissage édité par Gel suivi de "
- Aya s’exila éditées par l’Harmattan
- SOPAM, le duc de LIPTOUGOU qui est la biographie d’un opérateur économique burkinabé en la personne de Sogli Pamgba Mohamed
- Ciel dégagé sur Ouaga a été écrit pour laisser quelque chose à la postérité, des traces écrites sur les inondations des septembre 2009.
Enfin, l’Empire Lidea est une biographie d’une icône du développement au Burkina. Il s’agit de Bernard Lédéa OUEDRAOGO , homme de grande humilité et fondateur des " 6S" et du groupement NAAM.

ART BF : Votre roman Devoir de cuissage, s’attache à un phénomène (prostitution) qui pourrait être diversement apprécié ; faut-il oui ou non condamner le devoir de cuissage ?
H.S : Le devoir de cuissage est une forme de prostitution. Vous savez, il n’y a pas de phénomène totalement négatif sur terre ; ni de comportement totalement mauvais. Il faut situer les choses dans leur contexte. Dans mon œuvre " Devoir de cuissage", qu’est- ce qui a poussé cette femme à aller jusqu’à la prostitution ? C’est ça qu’il faut voir ! Sinon, si nous prenons la prostitution en tant que telle, on peut tout de suite la condamner. Pour ce qui me concerne et par principe, je ne condamne pas sans chercher à situer les choses dans leur contexte.

Art BF : Après Ciel dégagé à Ouaga, avez-vous l’impression que la physionomie de la ville a changé ?
H.S : Ce n’est pas une histoire d’impression ; je le constate tous les jours. Je dirai qu’on a même reculé sur le plan de l’hygiène et de l’assainissement de la ville de Ouagadougou. Et si on prend le cas de ceux qui ont été concernés par les inondations qu’est- ce qui s’est passé ? Après les inondations, on a demandé aux gens de faire preuve de solidarité pour soutenir d’une manière ou d’une autre les sinistrés. Je me rappelle que l’Etat a dégagé une zone pour reloger ceux qui étaient dans les zones appelées " zones dangereuses". Le regret est qu’on constate qu’ils sont toujours là. Ils ont effectivement pris l’argent, les tôles et autres matériaux de construction mais ils ont tout revendu et se sont réinstallés en comptant sur le bon Dieu pour qu’il n’y ait plus d’inondations.
Ensuite, la ville de Ouagadougou est toujours pleine de sachets plastiques. Je ne condamne pas seulement les autorités municipales, mais nous sommes tous responsables ; c’est à nous de changer aussi de comportement
Si pendant que les femmes nettoient, d’autres jettent des sachets plastiques, il y a problème. De même ; lorsqu’on balaie et qu’on jette les ordures dans les caniveaux, cela signifie qu’il y a un problème d’éducation. Je condamne et recondamne la génération actuelle et je dis souvent que nous avons échoué dans l’éducation de nos enfants. Il y a un minimum que nous n’avons pas appris à nos enfants tel que le respect de l’autorité et le civisme. On peut condamner les autorités politiques en disant qu’il y a de la gabegie dans la gestion des affaires publiques. Mais à l’inverse, que faisons –nous pour contrer cela et surtout inculquer dans l’esprit de nos enfants, le respect du bien public ; faire en sorte par exemple, que nos enfants une fois qu’ils finissent de boire de l’eau, jettent les emballages vides dans une poubelle.

ART BF : Les écrivains burkinabé déplorent l’absence d’une bonne maison d’édition alors qu’aujourd’hui, vous en avez même quelques-unes au sein de votre organisation. Qu’est-ce que vous reprochez à ces entreprises locales ?
H.S : Il y a trop d’amateurs dans le domaine. La plupart de ceux qui écrivent commencent par s’auto éditer ; ça pose déjà problème. Comment quelqu’un peut-il écrire son œuvre et être lui-même son propre éditeur ? Ça veut dire simplement qu’il n’y a pas de regard extérieur. C’est vrai qu’ils disent disposer d’un comité de lecture, mais on sait comment ces comités de lecture fonctionnent. Au Burkina, il existe des éditeurs qui créent leur association et qui sont présidents à vie ; ils refusent toute alternance. Dans ces conditions, il est difficile qu’un œil extérieur influence le travail de cet éditeur. La deuxième catégorie d’éditeurs, c’est ceux qui créent les maisons d’édition parce qu’ils pensent que c’est une source de revenu. Donc ce n’est pas forcément qu’ils sont des professionnels ou qu’ils sont passionnés de l’édition. Là, il y a un problème de compétence et de professionnalisme qui sont posés.
Enfin, il y a le côté financier qui est commun à tous les burkinabé. Les maisons d’édition au Burkina n’ont pas les moyens d’éditer et c’est pourquoi elles demandent à leurs clients de contribuer à l’édition. Une maison financièrement assise prend les risques et édite les œuvres à compte d’éditeur.

ART BF : En un mot, les maisons d’édition n’existent pas au Burkina ?
H.S : Si …Elles existent ! Mais à un stade de balbutiement.

ART BF : A votre avis comment booster le secteur du livre au Burkina ?
H.S : Il y a des initiatives qui sont déjà prises en la matière au niveau du Bureau Burkinabé du Droit d’Auteur (BBDA) qui a mis en place un système de subvention pour l’Edition des œuvres. Les œuvres subventionnées par cette structure, sont publiées par des maisons d’édition Burkinabé. Récemment, à la foire du livre, il y a même des œuvres qui ont été primées, c’est déjà encourageant.
Avec la SNC, il y avait également le prix du Président du Faso. A l’heure actuelle, je ne sais plus ce que devient ce prix. C’était une belle initiative, une porte sur la diffusion et la promotion des œuvres.
Il faut enfin encourager la lecture ; commencer à lire très tôt. Les gens pensent que c’est parce qu’on sait lire qu’on lit. Dès que les enfants commencent à s’exprimer, il faut commencer à leur lire les soirs des histoires et des contes. En Europe par exemple ; on lit des histoires aux enfants avant qu’ils n’aillent au lit. Malheureusement au Burkina, les enfants tout comme leurs parents ne lisent pas. On est tous devant la télé et avec l’internet, les choses se sont encore compliquées.
Quelques publications :

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