Célébrités

ROGER WANGO, artiste musicien  25 août

Roger Wango est un artiste musicien burkinabé. Révélé au public dans les années 80 grâce à son album à succès "raggae de Ouaga ", Roger Wango confirmait ainsi sa place parmi les grosses pointures de la musique burkinabé mais aussi à l’international. Après 20 ans de tournées musicales à l’extérieur, notre invité est comme désenchanté de la musique de son pays. Il se dit désillusionné de la musique burkinabè et mène depuis son retour au bercail, une lutte farouche contre la déforestation dans son village à Tango. Dans l’entretien qu’il nous accordé, il nous a fait d’importantes confidences.


Je me nomme Roger Wango, artiste musicien burkinabè. J’ai 5 albums à mon actif dont :
- Tinga Yinga en 1987
- Toujours essayer en 1989
- Ratata en 1991
- Ragga de Ouaga en 1996
- Pakitilaké en 2006

Parlez-nous de votre carrière musicale aussi bien au Burkina qu’en Europe ?
Roger Wango (R.W.) : La passion a commencé ici au pays, le fait de voir certains ainés sur scène, cela m’a donné aussi envie de faire de la musique. Voilà pourquoi j’estime que faire de la musique vivante, il n’y a que ça qui soit vrai. Quand je vois plein de jeunes en train de se trémousser ou à faire du playback, je ne pense pas que cela puisse susciter des vocations. La musique, c’est le chemin de la vérité et la vérité, la seule voix pour y arriver, c’est le "live". Personnellement, je crois à la musique vivante. J’admire tous ces enfants qui ont envie d’être batteur, bassiste ou instrumentaliste. Roger WANGO fait partie de ces enfants qui a vu des gens jouer et qui a rêvé de faire la même chose. C’est ce qui m’a amené avec quelques camarades à essayer de former un ensemble musical au lycée. C’est différent avec les jeunes d’aujourd’hui qui, dès qu’ils sortent d’un studio d’enregistrement crient à tout celui qui veut l’entendre qu’il était en studio : " As-tu entendu mon son non ?, j’étais en studio ". Non ! A notre temps, il fallait d’abord apprendre à jouer d’un instrument, apprendre comment chanter et se retrouver avec des camarades qui maîtrise au moins de la batterie, la guitare, la basse et le clavier pour arriver à monter une formation.

Quel était le nom de ce premier groupe musical ?
J’étais lycéen quand j’ai créé mon premier groupe en 1974 avec des copains, une petite formation musicale baptisée « Les Volcans ». Ma passion pour le reggae est venu du fait que j’écoutais des chanteurs comme le célèbre Jamaïcain Jimmy Cliff, mais aussi Johnny Nash et plus tard Bob Marley, c’est ainsi que cela à donner naissance, entre 1978 et 1979, au groupe ‘’RASTAFARI BROTHERS’’ (rires). A l’époque, on a même joué à la maison du peuple, on a fait un concert d’anthologie à la rotonde. C’était le temps des ‘’Uroye’’ que j’interprétais merveilleusement. Ensuite je me suis fait une place dans l’orchestre « Dési & les Sympathiques », une formation musicale de référence au Burkina des années 1980 et 1990.C’est ainsi que j’ai fais mon petit bonhomme de chemin avec certains orchestres de la place. J’ai joué avec Bamogo Jean Claude, le SUPER-VOLTA, LE TOUT MUSIC, le CVD, Désiré et les sympathiques et après, j’ai décidé de voler de mes propres ailes en allant vers la créativité, en produisant un album en 1987 intitulé « Tinga Yiinga » qui était l’hymne des CDR pendant la révolution.
Puis avec d’autres amis, nous avons monté en Europe le groupe ZAMA SOUNOGO BANDE. Nous avons eu des tournées internationales au Burkina, au Sénégal, en Guadeloupe, en Martinique, France etc.
Après de nombreuses années en Europe, Wango Roger semble se plaire dans son pays natal. Quelle est le message ?
Bon ! j’’ai fait une vingtaine d’années. C’est depuis 2010 que je suis revenu au bercail parce que J’estime que j’avais suffisamment appris et que le devoir de faire bouger les lignes au pays était temps.

Donc l’Europe ne convenait plus ?
Je ne dis pas que ça ne me convenait pas. J’ai une partie de ma vie qui reste quand même européenne.

Que devient donc Wango Roger depuis son retour (définitif) au bercail ? (intronisation Manégré Naaba).
(Rires)Je suis dans la sonorisation. Tout le monde sait que je suis quand même une référence en matière de prestation, de formation. Du studio, j’en ai fait même si l’activité me devenait difficile à gérer à distance !

Vous avez été intronisé ‘’Manégré Naaba’’ en 2016 par les habitants de votre localité. Parlons-en !
D’abord c’est à la fois un sentiment de joie et de reconnaissance à l’endroit des personnes qui ont pensé à moi parce que c’est une responsabilité que j’apprécie. Mais c’est aussi lié au boulot que j’ai abattu au village. C’est vrai que depuis une dizaine d’années pratiquement, j’ai beaucoup contribué à l’éclosion de nombreux projets dans le domaine environnemental (reboisement, récupération des sols, sensibilisation à la désertification). Au niveau culturel, j’ai également boosté de nombreux artistes. Bref … j’ai fait en sorte que ce village dont personne n’entendait beaucoup parler soit aujourd’hui très visible et attractif.
D’ailleurs, je ne suis pas le seul artiste à être intronisé. Floby qui est de la même commune que moi a été aussi intronisé à « Handem Teenga » et j’y étais. Je pense que c’est une fierté pour la population de voir qu’ils ont des enfants qui reviennent au village pour faire bouger les lignes.

Vous êtes très absent de la scène musicale. Est-ce lié à ces nouvelles fonctions ?
Non non ! Jai eu quand même quelques désillusions par rapport aux musiciens. C’est vrai qu’il y a des musiciens sérieux au Burkina mais en même temps, j’ai envie de dire que je suis déçu de la manière dont les musiciens se comportent : aucune organisation ni de sérieux pendant les spectacles.
J’ai vu des sommités dans ce pays avaler des couleuvres. On te dit dans 30 minutes que c’est un tel qui monte sur scène et dès que tu es sur la scène, si ce n’est le clavier qui manque, c’est le bassiste qui est porté absent (parce qu’il est allé courir derrière un cachet). J’ai vu des gens jouer sans un guitariste ou sans le clavier. C’est la raison pour laquelle, j’ai pris depuis quelques années mes distances avec tout ce genre d’organisation.
Aujourd’hui, j’ai opté de faire la musique de Cinéma ou de théâtre. Je travaille avec Ildevert et Luca Fouzi. J’ai même signé la musique de leur dernière pièce ‘’Adjugé’’ qui a été jouée au théâtre de Fribourg.
Bien entendu, je collabore toujours avec mon gang européen et le mois prochain on se retrouvera pour un projet commun pour donner un peu de vibration.

Que pensez-vous de la musique burkinabé ?
Je pense que la vraie musique, c’est sur scène, avec des musiciens, un micro mais pas du Play back. Le Play back tue la musique ! Lorsqu’un musicien se retrouve tout seul en train de se trémousser avec deux danseuses ne suscite pas des vocations. Les organisateurs se frottent les mains parce que c’est bien moins cher mais cette manière de faire n’arrange pas les autres membres de l’orchestre.

Le Burkina Faso de graves moments de son histoire avec la montée de l’incivisme et de l’insécurité. Quel est votre regard sur une telle situation ?
L’incivisme, je pense qu’à un moment, il faudra qu’on tape du poing sur la table. J’ai fait vingt ans d’Europe, je vois comment ça se passe. Si tu as un permis, c’est douze points. Si tu brules un feu, tu en as trois ou quatre en moins, ça veut dire que si tu brules trois stops dans la journée, ça veut dire que tu n’as plus de permis et que tu dois retourner à l’auto-école. Si tu saoul au volant, tu as des problèmes avec la police. Il faut quand même qu’il y ait des règles et que les gens les respectent. J’aime dire que le jour où on arrivera à régler le problème de la circulation routière au Burkina Faso, on aura régler tous les problèmes. La discipline en circulation reflète aussi la mentalité des populations. Pour connaître la mentalité d’un peuple, il suffit seulement de regarder comment il se comporte en circulation. Quand on dit que le burkinabè est gentil, je crois que c’est faux ! C’est nous jeter des fleurs pour rien !
Quant à l’insécurité, je crois que c’est un phénomène mondial. Même à paris, on tir sur les terrasses, nul n’est à l’abri des djihadistes et autres. Je pense à mes frères qui sont dans le nord ; c’est la région que j’adore le mieux.
Ces zones sont désormais classées " ZONES ROUGES".
Avant, c’était des zones touristiques très attrayantes ! Nous avons fait des soirées Rap sur les dunes avec des équipes qui venaient d’Europe, du Niger, du Mali et du côté de TINACOF pour faire la fête ; c’était fantastique. Mais j’ai la conviction que nous arriverons à bout de cette situation.

Avez-vous des projets discographiques en cour ?
Cela ne manque jamais. Chaque jour que Dieu fait j’ai des bouts de lignes, de musiques que j’enregistre, je travaille avec quelques musiciens de la place donc je me prépare tout doucement à revenir.

Mot de fin
Merci d’avoir pensé à moi pour cette interview, je profite dire que la lutte continue et que j’ai foi en ce pays, à sa belle image au niveau international. J’ai foi en sa jeunesse, à son génie créatif, aux hommes de culture de notre pays, à nos sportifs et de tous ceux-là qui font du Burkina Faso, un pays de rêve.

Fatim BARRO

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