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Dimanche Culture : Le « Mythe Gorba » décripté par un Sémiologue  27 août

Voici pour le sémiologue les signes et les symboles qui font du décès de Salifou Diallo un véritable mythe. C’est du moins, la réflexion que nous vous proposons de lire cette semaine sur ArtistesBF. Actualité oblige, nous revenons sur le décès de ce personnage emblématique, une disparition autour de laquelle chacun (journalistes, écrivains et autres analystes ) décrypte ou commente à sa guise ce qu’il convient d’appeler le "Mythe Gorba". Pour la circonstance, découvrons avec le Docteur Dramane KONATE, Universaliste, Spécialiste littérature, culture et civilisations, les signes apparents et dignes d’intérêt pour le sémiologue.

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Le « Mythe Gorba »

Au Faso, on parle généralement du sociologue, du psychologue, du politologue, du cardiologue…Mais un sémiologue, quelle est la science ? Difficile à expliquer. Il s’agit d’une science infuse (originelle), consistant en l’interprétation des signes et des symboles, comme aussi des faits de société. L’Égypte ancienne fut l’une des premières civilisations à appliquer cette science à sa graphie (hiéroglyphes), d’où le triangle pyramidal (∆) dans l’interprétation des signes qui inclut la triade mythique Osiris-Isis-Horus. Les civilisations du culte du Soleil, comme les Aztèques, Mayas et Incas, ont inventé leur science des signes ; les Grecs ont adapté la leur (semeion) en médecine avec Hippocrate, et les Arabes en numérologie (shifr) et en algèbre (al ghibra). Des millénaires plus tard, les Occidentaux inventeront une science dérivée, la « sémiotique », autrement dit les sciences du langage en littérature, culture, art, communication (politique ou sociale)...
Sans verser dans l’apologie, chose bannie par toute science, quels sont les signes et les symboles qui font du décès de Salifou Diallo un mythe pour le sémiologue ?

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Dramane : Sémio-universaliste

Gorba est non pas une « figure politique » disparue, mais une « structure absente » de la vie politique nationale. Valère Somé l’est tout autant pour l’idéologie révolutionnaire, presque tous les progressistes du Faso étant passés à l’école de ce grand maître, reconnu comme tel par le Président Roch Kaboré lui-même ! Certes, participe du mythe Gorba le deuil national matérialisé par le drapeau en berne (conventionnel), mais surtout le BLANC, la couleur appropriée en pareille circonstance, tant en Afrique que dans bien de contrées du monde. D’abord, le blanc est la somme de toutes les couleurs, le Tout en Un, le Tout pour Un : l’ensemble de la classe politique burkinabè (Tout) s’est retrouvée pour un ultime et vibrant hommage à Gorba (Un) ! Le blanc symbolise l’origine (Que la lumière fût !) et l’aboutissement ; la naissance et la mort, à l’instar du soleil qui se lève à l’Est et se couche à l’Ouest. Dans le Livre des morts, les Égyptiens parlent de « Barque solaire ». Ensuite, le blanc renvoie au linceul, au spectre (fantôme). Enfin, le blanc se rapporte à la quête spirituelle : révélation, rite, initiation, pureté, etc. Les pèlerins à la Mecque sont de blanc vêtus ; les préposé (e)s à l’initiation en Afrique se mettent en blanc, et le bouddhisme fait du blanc le symbole de la lumière (Nirvana) qui est un cycle de mort-renaissance. Par contre, le NOIR est l’absence de couleur. C’est le symbole du chaos originel. Homère, poète et conteur grec, disait que c’est la « sombre image de la mort ». Le noir renvoie aux pratiques diaboliques : messe noire, magie noire ; c’est le signe du malheur : chat noir, bouc noir, etc. Le noir demeure la couleur des ténèbres. Toutefois, subsistent quelques exceptions telles la pierre de la Kaaba, blanche à l’origine mais noircie par les péchés expiés des pèlerins, et la soutane des prêtres catholiques, signe de négation du luxe pour la promotion de l’équité, adaptée en toge par les avocats et les magistrats. La civilisation confucéenne (Chine et plus) nous apprend que c’est la fusion des deux forces, le yin (noir) et le yang (blanc), qui fait l’équilibre du monde et de toute chose. Les signes apparents qui sont dignes d’intérêt pour le sémiologue quant au mythe Gorba sont l’âge du défunt, la date et le lieu du décès. L’homme est décédé à 60 ans. Le nombre 6 symbolise les 4 points cardinaux et les 2 dimensions (haut et bas). Salifou Diallo a réussi à faire parler de lui partout au Burkina, surtout au sein de la masse paysanne, d’Est en Ouest, du Nord au Sud ; il était connu dans les pays situés au-delà du Faso jusqu’à l’étranger, comme aussi dans ceux situés au Sud, en bordure de mer. Cela montre la dimension de l’homme. Zéro symbolise le non-être, celui qui n’est pas, qui n’est plus. Salifou Diallo a rendu l’âme le 19 août. Un (1) est le signe de l’énergie vitale (homme d’action), mais aussi du commencement (de la vie éternelle) ; neuf (9) est la limite d’une série numérique (9, 99, 999…), et partant, c’est un cycle arrivé à son terme, mais il s’agit surtout du renouvellement par ce qui est neuf (adjectif), nouveau. Le mythe Gorba présage-t-il du rajeunissement de la classe politique ? Août est le 8e mois du calendrier universel. Le chiffre 8 est le symbole de l’infini (éternité), comme le huit horizontal (∞ ) en algèbre. Quant à l’année de sa disparition, 2017, le deux (2) représente la dualité vie-mort, le bien et le mal dans les œuvres du défunt, l’équilibre (de son parti) et le déséquilibre ou encore la déstabilisation (des autres partis). Zéro (0) et Un (1) étant initialement interprétés, il reste le sept (7) : c’est le symbole de la puissance et du combattant (l’épée). Globalement, Gorba est mort sous le signe de dix 10, c’est-à-dire en meneur de jeu politique comme en football : le nombre 19 = 1+9 = 10 : 1+0=1 (Un). L’année 2017 se décompose comme suit : 2+0+1+7 = 10 : 1+0 = 1(Un). Selon beaucoup d’analystes, Gorba était un Machiavel politique UNique en son genre ces trente dernières années. Enfin, Salifou Diallo est décédé à l’étranger. En Afrique, voyager outre-mer, c’est mourir symboliquement, et cela, depuis la tristement célèbre île de Gorée. Lorsqu’on en revient (aller-retour), c’est comme si l’on reprenait vie auprès des siens. La mort symbolique de Salifou Diallo a précédé sa mort physique ; il le pressentait lui-même selon certains témoignages. Par ailleurs, en terre africaine, notamment au Sénégal où a séjourné le défunt, la mort est assimilée à « l’Étrangère » qui rend visite et fauche une vie. Pour terminer, l’abondante pluie déversée sur sa dépouille mortelle ainsi que la vague déferlante de roussettes et autres chauves-souris vers le Nord (Ouahigouya, sa ville natale), sont des épiphénomènes qui dépassent l’entendement du sémiologue. Cela relève plutôt du charlatanisme entre magiciens Samo, Gourmantché, Bissa et Yarsé ! Il faudrait donc un autre regard pour décortiquer les symboles de l’alliance à plaisanterie en pareille circonstance…
En toute vérité,paix à son âme !
Dr. Dramane KONATE,
Sémio-universaliste,Spécialiste littérature, culture et civilisations
Secrétaire général honoraire de la Francophonie au Burkina Faso
Président honoraire du Réseau des structures et institutions de la Francophonie en Afrique de l’Ouest (RESIFAO)
Président de la Bibliothèque nationale du Burkina (BnB)
Président de la Société des Auteurs, des Gens de l’Ecrit et des Savoirs (SAGES)
Ecrivain, dramaturge


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