Comédiens

SAFOURATA KABORE, Artiste comédienne  10 septembre

Portrait-bibliographie-parcours professionnel

Elle aime qu’on lui murmure quelque chose à l’oreille, des paroles agréables surtout. Chuchotez-lui donc tout simplement un seul mot et elle vous fait tomber toutes les barrières de méfiance. Plus de 10 pièces de théâtre jouées, la comédienne est toujours en quête de performance et de l’excellence à travers formations, ateliers et résidences de création. Ainsi, s’égrainent les pièces "Antigone", "SINDI", "PYLAD", BAABOU Roi, Façon d’aimer et la liste reste encore longue… Mais à tous ces spectacles, Safoura KABORE (notre invitée) s’est toujours montrée brillante sur la scène.
Elle a été aperçue la dernière fois pendant les récréatrales 2016 dans la pièce " Une saison au Congo" de Christian Schiaretti.
Aujourd’hui, Artistesbf lui déroule son tapis d’honneur pour qu’elle dévoile le champion enfoui et qui sommeille encore en elle.
Mais avant, elle vous demande dans la vidéo ci-dessous de lui accorder un instant pour comprendre.... (vidéo) :


Safourata Kaboré (S.K) : J’ai 29 ans, j’ai commencé ma formation artistique au théâtre de la fraternité avec le Professeur Jean-Pierre Guingané ; c’était en 2005. Deux ans plus tard, j’ai rejoint la Compagnie « les Empreintes » pour un projet avec Abidine et TINDANO. Ensemble, sous la direction de Marie VAYANA nous avons monté la pièce "ANTIGONE"que nous avons jouée à Ouagadougou puis à Bruxelles. A la fin de ce projet, je suis allée m’inscrire au CITO. Et c’est là, la toute première pièce dans la laquelle j’ai jouée est de Sony Labou Tansi montée par Alougbine Dine.
J’ai aussi travaillé avec Feu Amadou BOURROU sur des pièces telles "SIINDI" de Sidiki YOUGBARE et "PYLAD" de Pierre PASOLINI.
Entre 2011 et 2012, j’ai collaboré avec la compagnie "Acclamation" d’Aristide TARNAGDA au sein de laquelle, nous avons travaillé sur le texte « jazz » de Koffi Kwahulé, une belle collaboration qui continue depuis 2012.
Enfin depuis 2013, je me suis engagée dans le projet (une saison au CONGO) du metteur en scène lyonnais Christian Schiaretti
Pour tout vous dire, mon parcours professionnel remonte véritablement entre 2008 et 2009 avec Amadou BOURROU. Ma carrière a commencé à se stabiliser depuis ma rencontre avec Aristide. Dans notre métier, il arrive des moments de recherches et réflexion, des moments où on se pose des tas de questions sur le métier. J’avoue que c’est en ce moment même que commence véritablement le métier de l’artiste. Cette phase, je l’ai également traversée !

Artbf : Dites-nous pourquoi les artistes comédiens sont comme cloisonnés ? On a comme l’impression que chaque comédien travaille dans son écurie ou qu’il appartient à une petite chapelle.
S.K : On ne choisit pas d’appartenir à une écurie. L’appartenance vient du fait que sur le plan intellectuel, il se trouve qu’on a des choses en commun à partager. " Appartenir" n’est peut-être pas le mot qui convient. En tant qu’artiste, avoir quelqu’un avec qui on chemine, c’est important. L’artiste, c’est la famille ; et la réflexion se mène toujours en famille. Ce n’est pas intéressant de fonctionner seul. Celui qui choisit de toujours fonctionner seul, c’est bien ; mais c’est toujours mieux de cheminer avec quelqu’un.

Artbf : Quel est votre avis sur l’histoire de ce réalisateur sud-coréen qui a giflé sa comédienne pendant le plateau de tournage ; comment pareille situation peut-elle arriver ?
S.K : (Rires) C’est un peu délicat. Je ne suis pas trop dans le cinéma et je connais peu les réalisateurs. Toutefois, je sais qu’il y a toujours une pression chez le créateur ; je sais également que ce n’est jamais facile quand on recherche quelque chose chez le comédien et que ce dernier n’arrive pas à le rendre. Mais quoi qu’il en soit, c’est dangereux pour un réalisateur ou un metteur en scène de gifler son comédien pendant le tournage d’une scène. Le réalisateur qui pose un tel acte a échoué quelque part parce qu’il a la responsabilité d’amener l’acteur à donner quelque chose. Etre acteur, ce n’est pas mécanique. C’est tout un ensemble de choses et cela passe par de l’humanisme. Le comédien a besoin d’affection parce que chaque acteur qui est sur un plateau est fragile et il n’y a pas quelqu’un qui est plus mal à l’aise que celui qui n’arrive pas à donner. Autant le réalisateur n’est pas content parce que l’acteur n’arrive pas à donner, c’est 10 fois pire chez l’acteur quand il n’arrive pas à rendre ce que le réalisateur ou le metteur en scène lui demande. Mais je pense qu’humainement, cela peut arriver car on est tous sous pression.

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Safoura dans Baabou Roi

Artbf : On dit que Safoura est permanemment entre deux avions. Peut-on dire que tout est rose pour vous ?
S.K : Moi je suis permanemment entre 2 avions !!! (Surprise). Je travaille plus au BURKINA qu’en France. Tout n’est jamais rose !. Mais comme j’arrive à faire de belles rencontres, je peux dire que ça va !

Artbf : Quel est votre regard critique sur le métier de comédien ?
S.K : Ce que je constate aujourd’hui, c’est l’ouverture d’esprit des gens parce qu’il y a 15 ou 20 ans de cela, la comédie n’était pas perçue comme un métier. Quand j’arrivais dans le métier en 2005, je ne pensais pas à en faire carrière. Même dans ma famille, c’était un peu compliqué.
Ce que je regrette cependant, c’est le fait que le milieu soit devenu comme un marché avec une pléiade de comédiens, de réalisateurs-comédiens, réalisateurs –scénaristes et de metteurs en scène. Ce n’est pas forcément mauvais ; mais le fait pour un acteur de porter à lui seul plusieurs casquettes n’est pas sans incidence sur la qualité des films. Voilà mon inquiétude ! Parce qu’on a le devoir de faire un travail de qualité pour être compétitif. C’est beau de s’affubler le titre de réalisateur mais qu’est-ce que qualitativement nous servons au public ?

Artbf : Voulez-vous dire que le milieu du théâtre souffre ?
S.K : Pour ce que je sais, tous les artistes de ce pays se battent pour créer car l’Etat ne subventionne pas, la culture n’a rien comme on le dit. Cependant, sur le plan de la création, il y a sclérose. Certes, on a besoin de financement pour créer, mais je crois surtout que c’est la création qui doit d’abord apporter le financement. Donc, il faut qu’on pense d’abord à l’acte de création avant de penser au financement. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas et c’est en cela que le milieu souffre.

Artbf : Il semble que les causes résident au niveau des cachets ; des cachets de misère semble-t-il qui n’attirent pas ? Qu’en est-il ?
S.K : Moi je ne peux pas dire qu’il y a des cachets de misère. Si j’étais dans un pays où la culture était subventionnée, où les artistes ne se battaient pas pour créer, je pouvais taper ma poitrine et dire que je reçois un cachet de misère. Actuellement, un comédien qui joue par exemple au CITO a un minimum de 300 000 FCFA ((458 Euros) par mois ; avec ça, je ne peux pas dire que c’est de la misère.
Le créateur qui t’appelle et qui arrive à assurer ton carburant et ta paye en fin de mois, je pense que c’est déjà réconfortant. Il n’y a rien de misère en cela. Bien au contraire, il faut lui tirer ton chapeau.
Artbf : Les projets de Safoura ?
S.K : Outre quelques tournées, nous avons aussi en projet des reprises des textes suivants :
- un texte d’Aimé Césaire prévu en octobre au CDC et au CITO avec Odile SANKARA.
- « Sank ou la patience des morts », texte écrit sur Thomas Sankara par Aristide TARNAGDA.
- Je rêve aussi de travailler sur un texte avec Ali KISWINSIDA

Artbf : Qu’est ce qui n’a pas été évoqué tout au long de cet entretien et qui est important d’en parler ?
S.K : Je pense qu’il est vraiment important de remercier les promoteurs culturels qui ont mis en place des espaces qui nous permettent de travailler. Je veux parler des espaces comme Gambidi, le CITO le Cartel, le FITMO, Le centre culturel Burkinabè Georges KABORE, les récréatrales, le centre culturel PANTAABO de Sidiki et de Noula Eudoxie.

Safoura dans le spectacle de "Baabou Roi"

Les questions qui fâchent
Artbf : Safoura est-elle difficile d’approche ?
- Non

En tant que professionnelle seriez-vous prête à jouer des scènes de nu ?
- Avant, je disais non ; maintenant, je ne sais plus si je dois dire oui ou non !
Etes-vous méfiante ?
- Oui.

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