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Une nuit au bar 3 000 du village Opéra de Laongo

Le « Village Opéra » ….rêve d’un artiste allemand qui n’a pas eu le temps de découvrir l’Afrique. Alors qu’il se savait condamné dans la force de l’âge habituel, il a rencontré, dans cette petite vallée sèche du Sahel, ce que le poète  Birago Diop nommait « le Souffle des Ancêtres »….

Copyright@Lucien HUMBERT – Villa Yiri Suma2018

L’Allemagne a découvert Laongo, Ouagadougou et le Burkina Faso dans ce rêve que les proches de Christoph Schligensief ont érigé en  mémoire de l’auteur de «  La vie au Ciel ne peut pas être aussi belle que sur Terre » : le Village Opéra.

Quelle idée de célébrer une nuit à 30km de Ouagadougou…..une route encombrée…quand la peur rend paresseux, justifie de s’enfermer, de renoncer aux découvertes qui donnent du sens à la vie…..

Le symposium de sculpture sur granite qui vient de débuter dans une quasi-totale confidentialité, sur le site même du Village Opéra, constitue un argument pour certains, pour peu qu’on réduise l’angoisse de la sortie nocturne en se donnant pour but d’arriver sur place et de visiter le chantier des nouvelles sculptures avant la tombée de la nuit.

Copyright@Lucien HUMBERT – Villa Yiri Suma2018

A l’heure où le jour et la nuit se croisent, le site baigne dans une douce luminosité grise : les roches de granite hésitent entre lueurs et ombres de la communauté de beaux arbres à l’écorce grise, luminescente : les « marulas » (« Sclerocarya birrea » de skleros = dur, et karya = noix) dont on ignore ici qu’on les plante en Afrique du Sud pour fabriquer industriellement la liqueur Amarula.

A l’écart de tout semble-t-il, ce site voué à la pâture des troupeaux, a vu surgir en son sein une petite communauté de sculptures et un village-école à  l’architecture superbe. Un seul nid pour deux projets juxtaposés qui s’ignorent encore et qui l’exposent « au Monde ».

Les lieux sont déserts, silencieux comme il sied à « l’heure bleue » (entre chien et loup » dit-on chez nous). Les dernières sculptures sont des esquisses, dont les entailles révèlent la blancheur du cœur de la pierre…atmosphère poudreuse.

« En haut », le Village Opéra n’a pas encore son « opéra » mais la dernière résidence d’artiste avec Claus Föttinger,  a érigé un « Bar 3000 » futuriste entre l’architecture de briques compressées et de tôle de Francis Kéré pour l’école et le fronton de rochers, comme un lien. La nuit était tombée et  des lumières « fluo », des vidéos géantes sur la toile-plafond et sur les roches environnantes participaient à la nouvelle architecture visuelle, en reconfigurant dans un même élan la nature et ses « hôtes ».

Copyright@Lucien HUMBERT – Villa Yiri Suma2018

Les statues se parlent autant que les marulas entre eux. D’autres statues vont surgir et d’autres « marulas » sans doute aussi….

Petit à petit des femmes viennent plus nombreuses accoucher dans le dispensaire de ce « village opéra ». Des enfants des campements villageois voisins fréquentent l’école du « village opéra » quand des petits bergers Peuhls continuent de garder les troupeaux et de fréquenter l’école coranique.

Une œuvre est là, avec ses questions sur la rencontre de cultures, de temporalités, de modes de vie :

« Aux portes » de Ouagadougou ou « à l’écart » de Ouagadougou ?

Village ? ou au sein d’un village ?

Le Monde est en création, toujours.

Lucien HUMBERT  – Villa Yiri Suma à Ouagadougou

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