Aguiratou TOU/NANA : Conseillère spéciale chargée de questions d'éducation

Aguiratou TOU/NANA : Conseillère spéciale chargée de questions d'éducation

Artistes.BF reçoit pour vous une personnalité qui n’est peut-être plus à présenter. Elle œuvre depuis un certain nombre d’années pour la jeunesse, pour le genre mais également pour le développement.  Il s’agit de Madame Aguiratou TOU NANA qui est venue partager avec nous son parcours, son expertise et son expérience dans le monde du travail. L’entretien est réalisé par Peggy OUEDRAOGO

ArtistesBF (ArtBF): Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et revenir brièvement sur votre parcours professionnel ?

Aguiratou TOU NANA (A.T.N) :  Avant tout propos, je voudrais  remercier ArtistesBF pour l’honneur que cet organe de presse me fait en m’invitant sur son plateau pour que je puisse partager ma petite expérience aussi bien académique que professionnelle, surtout en ce qui concerne la question de l’employabilité des jeunes et spécifiquement l’employabilité des femmes.



Je suis Aguiratou TOU / NANA. Académiquement, j’ai eu une formation en droit avec une maîtrise en Droit des Affaires, un DEA en droit privé fondamental et présentement, je poursuis ma thèse en droit privé et criminel. Par ailleurs  j’ai fait quelques Masters dont un master en ingénierie des systèmes d’emploi et de formation professionnelle en lien avec mon profil professionnel. J’ai aussi fait un master 1 et 2 en gestion des projets. Donc, voilà ainsi ce que je peux dire brièvement et académiquement de ma personne.

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Professionnellement, je suis Conseiller en emploi et en formation professionnelle. J’ai été formée à l’ENAM (École Nationale d’Administration et de Magistrature. Je suis sortie de l’école en Juillet 2010 et affectée au ministère en charge des questions d’emploi en octobre 2010.  Au sein de ce ministère, j’ai d’abord été agent puis directrice de la formation et de l’insertion post-volontariat au niveau du Programme National de Volontariat. En accomplissant cette mission, j’ai aussi cumulé la fonction de directrice de la promotion du volontariat et de la communication.

 

Aguiratou TOU/NANA : Conseillère spéciale chargée de questions d’éducation

Après, je suis repartie au ministère pour occuper la fonction de directrice de la coordination et de suivi des questions d’emploi, puis directrice générale de la promotion de l’emploi.  Plus tard, j’ai été chargée de mission dans le cabinet du ministre en charge des questions d’emploi.  C’est en 2020 que le premier ministre m’a appelée pour que je puisse l’accompagner sur des questions juridiques, diplomatiques et sécuritaires. Donc en 2020, j’ai été nommée cheffe de département de la gouvernance juridique et politique. Puis en 2022, les autorités ont ajouté quelques arcs à ma fonction et le département a évolué en département de la gouvernance administrative, institutionnelle et locale jusqu’à au mois de mai dernier où il a plu aux plus hautes autorités, notamment le chef de gouvernement Rimtalba Jean Emmanuel OUEDRAOGO qui m’a promue au poste de conseillère spéciale chargée de questions d’éducation, de genre et de cohésion sociale. Voilà synoptiquement qui est Madame TOU, académiquement et professionnellement.

Vous occupez aujourd’hui le poste de Conseillère spéciale à la Primature.  En quoi consiste le travail de conseillère spéciale chargée à l’éducation au niveau de la Primature ?

Vous savez qu’au niveau de la Primature, nous sommes chargés d’accompagner le Chef de gouvernement dans la coordination de l’action gouvernementale. Donc, en tant que conseiller au niveau du cabinet du premier ministre, c’est de proposer des actions stratégiques qu’il impulsera à travers les départements ministériels. Nous sommes chargés de l’accompagner, à proposer des nouvelles stratégies qu’il impulsera par  des orientations au niveau des départements en charge de l’éducation, du genre et de la cohésion sociale. Ainsi, lorsque certaines structures l’approchent par rapport à ces questions, il nous soumet ces dossiers pour études, analyses et suggestions.



Selon vous, quels sont aujourd’hui les initiatives d’envergures qui entrent justement dans la promotion de l’éducation et de l’employabilité des jeunes au Burkina Faso ?

Il faut dire qu’il y a un certain nombre d’initiatives que les autorités sont en train d’impulser pour accompagner l’éducation et l’emploi. Vous l’avez si bien dit, “Éducation et Employabilité” sont liées.  S’il n’y a pas une bonne éducation ou une bonne formation, il va de soi que la question d’emploi sera en souffrance. C’est pour cela d’ailleurs que vous allez voir que le taux de chômage et de sous-emploi au Burkina est assez élevé.  Mais peut-être que si on se réfère aux critères du Bureau International du Travail, on verra que le taux de chômage n’est pas élevé. Par contre, si on se réfère à nos réalités africaines et particulièrement burkinabè, vous allez voir que beaucoup de jeunes notamment, les jeunes femmes sont au chômage surtout au niveau des diplômées. Selon des études, plus on avance dans les études, plus on a des préoccupations ; donc, des difficultés à accéder à un emploi.



Entre autres initiatives en matière d’éducation, vous avez constaté que le Chef de l’État a lancé l’initiative pour une éducation de qualité à travers lesquelles, plusieurs actions sont menées sur le terrain. Il y a des réformes qui sont amorcées pour qu’il y ait une cohérence au niveau des trois ordres de l’éducation notamment, l’éducation de base, l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur.

Aujourd’hui, nous sommes en train de travailler dans ce sens là pour qu’il y ait une adéquation entre la formation et l’emploi parce que le véritable problème actuellement est le lien entre cette formation et le marché du travail au Burkina. Donc, c’est le système éducatif de façon générale qui est mis en jeu et il faut vraiment le reformer pour qu’il s’adapte à la réalité du Burkina.

Est-ce que cette vision est partagée également au sommet de l’État à ce qu’on devrait former beaucoup plus les jeunes à avoir un métier rapidement ?

Oui tout à fait. Vous avez vu que le chef de l’État dans son discours tenu au palais des sports le 11 juillet 2024, est revenu sur l’importance de la formation et les liens entre formation et emploi. Et à cette occasion, il avait annoncé que cette réforme touchera les départements ministériels. Vous avez vu qu’il a restructuré les différents ministères en charge de la formation et nous avons maintenant un ministère en charge de l’enseignement de base, on a un ministère en charge de l’enseignement secondaire, la formation professionnelle et technique. Un accent est vraiment mis sur cette formation professionnelle et technique pour que nos enfants à l’issue de leur formation puissent savoir vivre de leurs dix (10) doigts si on peut le dire ainsi.  Il s’agit aussi d’avoir des formations pointues en matière technique et professionnelle tels que les ingénieurs dans les différents domaines. Vous verrez également qu’au niveau de l’enseignement de base, on a intégré dans les curricula, les formations aux métiers.



Dans les pays anglo-saxons et dans les pays francophones par exemple, il y a quand même un certain décalage en matière de système éducatif. En même temps qu’on fait la formation théorique, il y a la formation pratique. Les enfants dans certaines écoles au niveau des systèmes anglo-saxons, apprennent déjà la menuiserie métallique, la couture et l’électricité. Pour ce qui est du Burkina Faso, nous sommes en train d’aller dans ce sens pour permettre aux enfants d’allier formation, enseignement général et formation technique et professionnelle. C’est pareil aussi au niveau du supérieur parce qu’il y a des filières qui ont intégré ce type de formation professionnelle bien pointues pour permettre aux jeunes de pouvoir s’adapter et de pouvoir être très compétents sur le marché de l’emploi.

Alors on va rester sur cette question du marché de l’emploi pour évoquer la question du genre. Il semble plus difficile pour la jeune fille ou pour la jeune femme de trouver un emploi à l’issue des études supérieures ou secondaires. A votre avis, qu’est-ce qui pourrait expliquer cette disparité ?

Elle pourrait s’expliquer par plusieurs choses si je peux m’exprimer ainsi. La féminité parfois est source de déblocage. Quand on prend la question de maternité par exemple, au niveau de l’emploi public, cette préoccupation n’est peut-être pas très bien visible. Mais si vous regardez dans le secteur privé, la question de la femme en particulier celle de la maternité, constitue un frein parce qu’il faut dire que le secteur privé est un monde si je peux lui dire, mercantiliste ; c’est la recherche du profit. Et si on se met en tête qu’en embauchant une jeune femme qui a bien évidemment ses droits par rapport à la maternité, l’entreprise pourra voir que c’est une perte en ce sens qu’il y a les congés de maternité.



Il y a aussi les questions de préjugés. On a l’habitude de dire que les femmes ne sont pas très engagées, alors que ce n’est pas réel. Les femmes de plus en plus sont très engagées et très motivées. Si vous embauchez une femme, elle peut faire des merveilles. Mais nous travaillons à toujours sensibiliser le monde privé pour qu’il accepte au mieux les femmes au niveau des emplois.

Est-ce possible d’interdire à la jeune fille de ne pas enfanter pendant un certain temps ?

Mais en réalité, c’est de façon officieuse. Vous n’allez pas voir un contrat de travail où on dit clairement qu’il y a une interdiction d’enfanter pendant une certaine période. Même au niveau de l’administration publique notamment au niveau des militaires et paramilitaires où ce genre de cas est fréquent, c’est juste pour une période donnée. Et même pour ces derniers cas,  c’est pour surtout préserver la santé de la femme. Vous voyez que la formation militaire demande des efforts physiques considérables. J’aurai ouïe dire même que certains cabinets de recrutement, lorsque vous êtes dans la phase non ménopausée, ils ne sont pas du tout encouragés à vous recruter. Ils aiment peut-être les femmes qui n’ont plus rien à avoir avec la question des enfants. Mais je me dis aussi que tout est une question d’organisation. Les femmes savent s’organiser présentement et elles travaillent au mieux pour pouvoir réussir au niveau professionnel.

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