Madame Aguiratou TOU / NANA a été confrontée à plusieurs défis majeurs en termes d’employabilité de type professionnel et de promotion pour avoir contribué à la visibilité de certains pans de notre société. Aujourd’hui, parler de jeunesse et de son insertion dans un emploi précis, c’est aussi convoquer les obstacles et autres comportements peu recommandables qui pourraient freiner l’épanouissement des jeunes.
Au Burkina, le non respect des règles de la circulation et des files d’attente ou jeter des sachets plastiques dans les rues sont monnaies courantes. Ces actes inciviques engendrent quotidiennement des sentiments de frustration, d’insécurité et de désordre. Dans cet entretien Aguiratou TOU/NANA aborde justement de manière holistique les causes de l’incivisme et nous partage son « success story” en matière de discipline, de rigueur et d’éthique professionnelle.
Comment Madame Aguiratou TOU aborde -t-elle les causes de l’incivisme ?
Vraiment ! Les causes de l’incivisme, nous allons dire peut-être qu’elles partent même de la base, de la cellule familiale. Avec l’évolution du monde actuel, la plupart des parents ont laissé l’éducation des enfants aux médias et à l’école alors qu’on devrait vraiment assurer cette éducation à la base quitte à l’école de compléter. Le plus souvent, les parents mettent les abonnements et n’arrivent pas à filtrer. Et comme vous le savez, nous n’avons pas les mêmes cultures et la plupart des chaînes de télévision que les enfants regardent sont des chaînes européennes. Or, nous n’avons pas les mêmes réalités ni les mêmes cultures.
Donc, ce qui pourrait marcher au niveau de l’occident, ce n’est pas évident que nous notre culture l’accepte. C’est l’occasion de faire un clin d’œil aux différents promoteurs des chaines de télévision pour créer et diffuser des rubriques à thématiques en lien avec nos réalités. Ça contribuerait à réduire cet incivisme.
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On a vu qu’il y a une nouvelle brigade qui a été créée et qui est beaucoup appréciée par les populations qui, elles-mêmes ne se rendent souvent pas compte des actes d’incivisme qu’elles posent. Est-ce qu’aujourd’hui, on doit aller encore à la sensibilisation pour dire, ne bouchez pas les caniveaux, soyez propres autour de vous ?
Pour moi, il faut utiliser la méthode mixte. Vous voyez que cette brigade a été créée suite à la célébration des Journées Nationales d’Engagements Patriotiques au Burkina dont la première phase a été célébrée sous le thème “Pour l’ordre et la discipline, je m’engage”. Alors, vous remarquerez que dans la plupart des pays développés, l’ordre et la discipline règnent. Sans l’ordre et la discipline, pas de développement. Et cela commence depuis la base. Donc, je crois qu’il faut à la fois sensibiliser mais aussi, sanctionner pour donner l’exemple.

Nous sommes en période de vacances scolaires et l’oisiveté des jeunes apprenants est la hantise de bon nombre de parents. Qu’est-ce qui pourrait être mis en œuvre pour justement occuper nos enfants pendant ces périodes de vacances.
Je crois que cette préoccupation a déjà été prise en compte au niveau de l’État. Si vous avez bien suivi tout dernièrement, le ministre en charge de l’enseignement secondaire a fait une sortie au cours de laquelle il faisait cas d’un dispositif mis en place au niveau étatique pour occuper nos enfants pendant les vacances. C’est valable aussi bien au niveau de l’enseignement de base qu’au niveau de l’enseignement secondaire. Nous avons compris aussi que l’oisiveté des enfants est source d’incivisme et donc de problèmes. C’est pourquoi, l’État dans son rôle régalien a mis en place ce mécanisme pour pouvoir occuper les enfants. Au niveau de la cellule familiale, les parents doivent aussi assurer un suivi de l’enfant pendant les vacances. Il faut assurer vraiment ce suivi pour que cette éducation que nous donnons au niveau de la base puisse être profitable aussi bien à la famille qu’à toute la nation toute entière.
Malgré ses efforts consentis de part et d’autre, on voit qu’il y a toujours cette question liée à la consommation des boissons frelatées, de drogues ou de produits illicites qui persistent. Est-ce que c’est rattrapable ?
Oui c’est rattrapable ! Comme je le disais tantôt, tout part de la base, de la cellule familiale. Ce laisser-aller souvent au niveau de la cellule familiale fait qu’au niveau de l’école, on ne peut pas tout rattraper. Il faut absolument un suivi au niveau de la cellule familiale. Pour un enfant d’un certain âge, il faut parfois fouiller son sac, échanger avec lui pour connaitre ses fréquentations et ses camarades de compagnie. Il est clair que si nous ne jouons pas notre rôle de parents, l’école à elle seule n’y arrivera pas.
Obtenir un emploi est une étape, s’y maintenir et y évoluer en est une autre. Pourriez-vous nous partager votre propre expérience ou votre “success story” en matière de discipline, de rigueur et d’éthique professionnelle ?
Je suis quelqu’un qui croit au destin. Pour moi, ce qui t’est prédestiné, c’est peut-être la période à laquelle vous l’attendez qui n’est pas encore au rendez-vous. Mais elle pourra arriver. En exemple, je vais prendre mon cas.
Je fais partie de la deuxième promotion des conseillers en emploi et parmi les premières femmes conseillères en emploi parce qu’à la première promotion des conseillers en emploi recrutée, il n’y avait pas de femmes. A la deuxième promotion, nous étions deux femmes. Donc, quand on va parler de notre corps, nous faisons en tout cas (ma collègue et moi) partie des deux femmes qui essaient d’impulser une dynamique. Alors, quand nous sommes sortis de l’école, la plupart de mes collègues ont été affectés dans les directions en charge de la question d’emploi. J’étais la seule à être affectée dans une direction en charge des questions de jeunesse. De prime abord, je n’ai pas été découragée. Je me suis dit que si Dieu m’a mis là-bas, c’est qu’il sait ce qu’il fait et je vais réussir. Dans la vie, il faut savoir se mouvoir et savoir également tisser ta nappe dans le bon sens. Si donc vous êtes affecté quelque part, ce n’est pas le profil qui est un problème. Mais c’est ce que vous apporterez à la direction qui sera important. C’est vrai que je n’étais pas une spécialiste des questions de jeunesse. Mais lorsqu’on m’a affectée dans cette direction, je me suis mise à travailler avec ceux qui y étaient notamment avec les aînés pour encore bien apprendre. Et je vous avoue que ce travail m’a permis à moins d’une année à être promue au poste de directrice de la formation et de l’insertion, poste volontariat dans une structure qui alliait et la question d’emploi et la question de volontariat. Je note au passage pour dire que la question de volontariat, c’était dans le but aussi de renforcer l’employabilité des jeunes et la culture de l’engagement patriotique des jeunes envers leur nation. Et en ce qui concerne particulièrement mon poste à ce niveau, c’était de voir comment accompagner ces jeunes qui, après leur passage au volontariat pourraient être insérés professionnellement.
Pour revenir à votre question, j’allais dire que pour réussir sa vie professionnelle, il faut de l’abnégation, du dévouement, de l’engagement patriotique et de la loyauté envers votre hiérarchie. En effet, c’est la confiance que la hiérarchie a placé en vous qui lui permettra de vous accompagner car seul, nous ne pouvons pas avancer. Et comme le dit un adage populaire “Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin”.
Si vous devriez vous adresser à toutes ces jeunes femmes-là, quels seraient vos précieux conseils que vous leur donneriez pour une bonne insertion socio-professionnelle ?
J’aborderai cette question en deux phases : La question professionnelle et la question familiale. Alors pour ce qui est de la question professionnelle, je dirais à mes jeunes sœurs d’être dévouées. Il faut qu’elles sachent que la vie n’est pas du tout des cerises sur le gâteau. Il faut savoir que les hommes ne vous feront pas non plus de cadeaux. Il faut se battre parce que pour réussir au milieu des hommes, il faut être mentalement très forte. Sinon, ils vont toujours te décourager. Les femmes doivent savoir actuellement qu’elles doivent toujours se battre pour mériter leur place. Il ne faut pas que dans ce carcan professionnel, croire qu’en tant que femme vous pouvez évoluer comme ça. NON ! elles ne doivent pas se leurrer. Il faut regarder la réalité en face et travailler pour mériter sa place. C’est par ce travail que ceux qui voudront leur confier des responsabilités de le faire en toute confiance. La question de maternité souvent évoquée par certaines entreprises ne peut pas être un frein à l’épanouissement professionnel d’une femme. Nous avons toutes les actions, si vous me concédez ces termes pour pouvoir nous organiser et réussir notre vie professionnelle en faisant nos maternités.
Pour ce qui du deuxième pan relatif à la question familiale, je voudrai dire à nos sœurs que la question de l’émancipation est parfois très mal perçue par les femmes ou du moins, par certaines femmes. Quand on dit égalité, c’est égalité en droit en tenant bien entendu compte de nos réalités africaines. Donc, il faut éviter de tout copier de l’extérieur car une femme doit aussi savoir connaître sa place dans son foyer. Rien ne sert de t’épanouir professionnellement et pendant que ça ”patine” dans la vie familiale. Je ne dirais pas que c’est un échec, mais dans un contexte africain, ce n’est pas parfois simple. Donc nous invitons nos sœurs à pouvoir en tout cas d’allier vie familiale et professionnelle.
C’est l’occasion de demander à nos frères (les hommes) de nous comprendre parce que parfois les hommes ont des préjugés. Ils ont si vous me permettez ce terme des idées “arrêtées”. Donc quand une femme est instruite, il croit déjà que ce n’est pas ou qu’elle ne sera pas une femme facile. Ce n’est pas une femme qui se laisse ou se laissera pas faire. Évidemment, elle ne va pas se laisser faire si vous voulez marcher sur elle. Il faut qu’elle se fasse comprendre et qu’elle vous dise que vous avez les mêmes compétences sur le plan professionnel. Et peut-être qu’elles feront mieux que certains hommes. Le monde est fait d’alpha et d’oméga et la femme et l’homme étant une complémentarité, il convient que nous travaillons main dans la main pour pouvoir avancer et construire notre Burkina.
Auriez un dernier mot à l’endroit de nos internautes ?
C’est déjà remercier ArtistesBF pour m’avoir invitée et pour m’avoir donné l’occasion de partager ma petite et modeste expérience qui, certainement pourrait servir à d’autres personnes qui, dans leur parcours professionnel ou académique pourront s’inspirer de ces expériences.
A l’endroit de nos jeunes sœurs, je les invite comme je l’avais dit tantôt à plus d’abnégation, de dévouement et de travail bien fait. Lorsque vous êtes dans un milieu, il faut bien faire votre travail pour que votre statut de femme ne soit pas un handicap. Et je crois que présentement de plus en plus, les femmes arrivent à prouver qu’on peut faire confiance en elles et qu’elles peuvent encore mieux faire et elles le feront toujours mieux.
ArtistesBF









