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Arts plastiques : dans l’univers du Batik avec Théodule Sompassaté ZOMA

Il est passé de la peinture à huile à la poterie après un séjour prolongé dans l’univers de la sculpture. C’est accidentellement qu’il découvre le batik lors d’une randonnée inattendue. Comme on le dit, il est tombé “Amoureux” du Batik, une technique d’impression très courante au Burkina Faso et dans bien d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. Irrésistiblement Théodile ZOMA, puisque c’est de lui qu’il s’agit ne pouvait décider mieux que de marquer un point d’honneur à cette découverte. Depuis lors, toutes ses relations et ses amitiés sont mises à contribution pour apprendre et réussir les pratiques du Batik. Retour sur la petite histoire du Batik avec notre invité.

Selon Théodule ZOMA, “L’histoire raconte que c’est une branche d’un arbre qui s’est cassée. Et de cette action, il s’est produit de la cire qui a goûté sur un pagne abandonné par une vieille dame. Lorsqu’elle a retrouvé son pagne quelques temps après, il fallait le nettoyer pour lui ôter des débris et autres éléments poussiéreux. Elle s’est mise aussitôt à frotter fort entre ses mains la partie sale du tissu.  Malheureusement, la cire en question s’était déjà bien mélangée à la terre au point que ce mélange au lieu d’être dégelasse donnait plutôt un bel aspect au tissu. Il semble que tout serait parti de là parce que la dame a compris qu’avec de la cire elle pouvait réaliser de beaux effets. Au fil du temps, les hommes se sont appliqués pour améliorer la technique”.

ArtistesBF (ArtBF) : Comment êtes-vous devenu artiste ? Est-ce une tradition familiale ou une rencontre?

Théodule ZOMA ( T.Z) : Tradition familiale, il y ‘a n’en un peu parce que dans la famille, il y a beaucoup de dessinateurs. Il y a des vanniers, des potiers qui étaient autour de moi parmi lesquels, ma mère et d’autres femmes. Je pense donc que c’est cela qui permet de dire que je suis un peu ancré dans la tradition familiale.

Qui vous a appris la technique ?

La technique du batik, je l’ai apprise avec des amis à Ouaga. Ce sont des amis qui ont eu la chance d’avoir comme maître, Julien OUEDRAOGO un vieux Batikier. C’est lui qui a importé la technique du Batik de chine au Burkina; c’était dans les années 60.

Qui vous a initié à l’aspect artistique ?

L’aspect artistique, je pense que c’est inné mais aussi une question d’inspiration. Mais disons que je dessinais déjà tout petit. Quand j’ai vu le batik, j’en suis tombé amoureux et j’ai tout de suite cherché à contacter un professionnel en la matière pour apprendre. J’ai eu la chance de rencontrer des jeunes très gentils et leurs parents qui m’ont adopté. C’est avec eux que j’ai appris la technique.

Quel a été votre toute première réalisation de batik ?

Au début, j’ai commencé par faire des cartes postales à partir de quelques images. J’étais passionné par les animaux et je m’amusais à dessiner par exemple la peau de girafe. Je réalisais des scènes de chasse telles que des girafes ligotées et portées par exemple sur des épaules de chasseurs. Mon tout premier Batik a été essentiellement cela.

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Quels sont vos moments clés ou d’inspiration qui vous permettent de bien travailler ?

Ça dépend des jours! Il y a des jours ou je me sens enchanté, j’ai envie de dessiner et quand je dessine ça va. Il n’y a pas un moment clé, c’est instinctif.

Je m’inspire aussi du travail des autres. Je visite des musées et participe aux expositions et aux symposiums. Quand par exemple je suis là et que je pense à une rue, je vais dans la rue en question. Si la rue est en Côte d’Ivoire, le jour où je m’y rends, je  vais voir ce qui se passe sur cette rue.

Quel est votre recherche artistique actuelle ?

Quand, j’étais petit, j’ai vécu dans une famille où l’activité principale était beaucoup orientée sur le travail des masques. Donc tout était autour du masque et moi je me posais bien de questions sur cette activité. Ma démarche artistique actuelle est maintenant de ressortir mes dessins d’enfance et reconstituer une scène par rapport à cette vie de masque que j’ai vécue à l’enfance.

Nous savons que vous travaillez déjà à domicile. Est-ce que cela n’a pas d’interférence avec la vie familiale?

Non ça va! J’ai quitté mon atelier qui était au quartier Koulouba pour cause d’incendie. Il y a près 12 ou 13 ans de cela. En attendant de trouver un lieu, je me contente de travailler à la maison.

Où présentez-vous vos œuvres ?

Moi je cherche des expositions un peu partout. A Ouaga, j’expose surtout dans la galerie” Nuances”. A Bobo-Dioulasso, c’est dans la galerie “Ma copine”. Et depuis une vingtaine d’années, j’expose en France, en Suisse et en Belgique.

Votre dernière exposition en France, a-t-elle été fructueuse ?

C’était une belle année fructueuse. J’ai fait beaucoup de rencontres et aussi de ventes. Je suis allé voir l’exposition d’un artiste allemand, celle de Tomy Hedinger. Cela m’a permis de le découvrir et cela m’a beaucoup marqué et j’ai encore des souvenirs de cette exposition.

J’ai également réalisé des chiffres d’affaires intéressantes même si le Batik n’est pas aussi bien coté. J’ai vendu des toiles à 6 000, 3 000 ou à 2 000 euros.

Avez-vous eu des partenaires ?

Non pas encore. Ce sont des petits partenaires, des associations. Mais des gros partenaires, on en cherche toujours.

Quel est le public de vos œuvres, les Curieux ou les acheteurs ?

Je sais qu’il y a des burkinabè qui en achètent mais ils ne sont pas nombreux. Ils préfèrent acheter de la pacotille dans un magasin pour accrocher chez eux que d’acheter une scène de vie quotidienne. Mais je les comprends parce que l’esprit africain vit l’art sous un aspect spirituel et non décoratif. La plupart de mes clients sont des européens. Les Européens ont un autre regard sur l’art. Quand ils voient une œuvre et que c’est joli, ils achètent. Si j’expose par exemple une statuette ici, celle-ci sera mieux appréciée par les européens que par les africains. Les africains, lorsqu’ils voient une statuette, il pense automatiquement ancêtres, gris-gris ou autres ; ce qui n’est pas le cas chez les Européens.

Pouvez-vous nous donner le nom de trois artistes de nationalités burkinabè ou  étrangère travaillant au Burkina et dont le travail vous semble important?

J’ai connu le vieux Julien. Et l’histoire du Batik dit que c’est lui qui apporter le batik au Burkina. Il y a aussi son frère Noufou Ouedraogo qui a formé Oumarou et Oumarou qui m’a formé à son tour. Il y a encore plein d’autres au village artisanal.

Quelle matière utilisez-vous pour fabriquer ?

En fait le batik est un dessin et la couleur. Si tu réussi la couleur ou le dessin, le Batik est joli. Donc ce sont les deux ensembles qui font le batik. En fait c’est un bout de tissu à fibres naturelles sur laquelle tu fais un dessin. Et avec de la cire chaude tu caractérise les dessins ou les couleurs en allant du plus clair au plus foncé.

Pouvez-vous nous parler d’une œuvre africaine (actuelle ou même traditionnelle) qui vous a marqué ou que vous trouvez importante ?

Je connais les peintures du congolais Chérif Samba, un peintre. Il est très connu et il vend chères ces œuvres. Il y a Ousmane SOW en tant que sculpteur que je connais également.

Qu’est-ce qui vous manque pour progresser ?

Vous savez la vie de ce métier est lié au tourisme. Aujourd’hui, l’artisanat, l’hôtellerie et le tourisme sont les secteurs les plus touchés aujourd’hui avec ce phénomène d’insécurité que travers le Burkina. Même si j’avais un soutien, je ne pourrais pas beaucoup produire suffisamment. Pour que ça marche, il faut que je produise et j’exporte.

C’est aussi créer une industrie de coton qui puisse inciter les femmes et les hommes à produire le coton. A partir de cette production, l’industrie pourra en acheter et tisser des toiles. C’est ce qui va nous permettre d’avoir dde disposer désormais sur le marché des toiles uniformes parce qu’aujourd’hui, il y a sur le marché des tissus et des couleurs de toutes sortes. Si on te commande une toile et que tu ne trouves pas exactement la même toile, tu es un peu handicapé par rapport à ce travail.

Je pense qu’une industrie de filage et de tissage de coton sera la bienvenue. C’est vrai que les femmes tissent mais il n’y en a pas assez.

Propos recueillis par Fatim BARRO et Patrick COULIDIATY

 

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