Education : La proposition du Dr. Pegdewendé Marie Bernadin OUÉDRAOGO

Education : La proposition du  Dr. Pegdewendé Marie Bernadin OUÉDRAOGO

A l’occasion de la célébration du  Jubilé d’argent des Clercs de Saint Viateur les 10 et 11 mai 2024, le Docteur Pegdewendé Marie Bernadin OUÉDRAOGO a donné une conférence publique sur l’enseignement catholique.  C’était à l’auditorium du Groupe Scolaire de Saint Viateur sur le thème “Les Défis actuels et les perspectives de l’école catholique”. Le conférencier qui a non seulement édifié son auditoire a fait aussi des propositions étonnantes.  Quelles étaient ces propositions ? Le Docteur Pegdewendé Marie Bernadin OUÉDRAOGO nous en reparle dans cet entretien.

Nous vous rappelons que le Dr Pierre Marie Bernadin OUÉDRAOGO est Directeur de l’Institut de Formation à distance à l’Université Thomas SANKARA.



ArtistesBF (ArtBF) : Quel est votre regard critique sur le système éducatif burkinabè de manière générale ?

Lire aussi : Les défis actuels au niveau de l’école catholique

Dr. Bernadin OUÉDRAOGO ( Dr. B. O) : Alors tout d’abord, vous me permettrez de remercier les responsables des clercs de Saint-Viateur de m’avoir associer à cet événement des 25 ans de présence des viateurs dans l’éducation catholique et dans notre système . Effectivement, il m’avait été demandé d’échanger avec les participants sur le thème : “Les Défis actuels et les perspectives de l’école catholique”.

Pour répondre à votre question, j’emprunte le titre du rapport de Jonathan Jourde (2018) qui est intitulé : L’école burkinabè, un condensé des défis de l’éducation en Afrique. Cela implique l’immensité des défis à relever par notre système éducatif. Ces défis, c’est aussi bien au niveau de l’accès à notre système éducatif qu’au niveau de son efficacité en passant par l’équité.

 



Au niveau de l’accès, et selon les données statistiques du MENA-PLN de 2021/2022 nous avons enregistré un taux brut d’admission (TBA) de 95,2% au primaire, 42,5% au post primaire et 16,2% au secondaire. Si au niveau du primaire l’indicateur parait satisfaisant malgré son caractère brut, une analyse profonde fera remarquer que l’acc-s à ce niveau d’éducation reste toujours un défi. Quant aux autres niveaux d’éducation, le TBA est en dessous de la moyenne et révèle les efforts qui restent à faire. Aussi les taux d’achèvement qui mesurent la proportion des nouveaux élèves qui atteignent la dernière année de ces différents niveaux d’éducation par rapport aux effectifs totaux des enfants en âge d’être dans ces niveaux d’éducation ne sont pas reluisants. Ils sont successivement de 62%, 33,1% et 19,1%. Question : où sont les autres enfants ? que font-ils ?  A ces défis d’accès vient se greffer le problème de l’insécurité qui a conduit au déplacement de plusieurs élèves et sûrement à l’abandon de certains élèves du système éducatif.

Au niveau de son efficacité interne, l’analyse des différents taux de flux montre que nous avons toujours un problème de rétention. Beaucoup d’élèves quittent le système avant la dernière classe du cycle. Au cours de l’année scolaire 2021/2022 le taux de redoublement était en moyenne de 11.22% au primaire, 20% au post-primaire et de 15.53% au secondaire. Quant au Taux d’abandon, il était successivement de 13.70%, 16.10% et 7.60%. Ce sont des situations qui nécessitent des  analyses approfondies pour comprendre les raisons de ces doublements ou de ces abandons. On constate alors un défi de maintien des élèves dans le système éducatif et cela joue sur l’efficacité du système.



Pendant les échanges avec les participants lors de votre conférence au Saint Viateur le 11 mai 2024, un éducateur a proposé sa méthode qui est celle du bâton qui lui a toujours garanti un taux de réussite appréciable. Il disait entre autres qu’il frappe ses élèves. Qu’en pensez-vous ?

Dr. B. O : D’abord, il est interdit par les textes le châtiment corporel des  élèves. Et la violence dit-on, c’est l’outil du plus faible. C’est quand l’enseignant est confronté à des difficultés d’explications qu’il utilise le plus souvent la violence.

C’est cette pratique qui pourrait expliquer en partie les redoublements qu’on constate en première année des cycles supérieurs. L’absence de la coercition l’amène à vouloir « se reposer ». Je pense qu’il faut chercher à comprendre nos élèves, le rythme de compréhension de chacun pour les accompagner. On parle aujourd’hui de pédagogie différentiée qui doit tenir compte de la particularité de chaque apprenant.



Et pourtant, vous êtes un pur produit du fouet qui est fier aujourd’hui de son enseignant.

Dr. B. O : Oui ! Mais qui vous dit qu’aujourd’hui que je n’en porte pas les séquelles psychologiques ? Il y a des élèves qui perdent tout dès lors qu’on leur présente le fouet. C’est ainsi que vous verrez des élèves taciturnes en classe et bien bavards hors du domaine scolaire. La peur de recevoir un coup pour s’être trompé.

En termes de perspectives, vous avez proposé qu’un soldat mieux qu’un civil vienne enseigner l’éducation civique aux élèves pour bien encrer le respect des valeurs civiques chez les enfants. Pouvez-vous revenir sur la question ?



Dr. B. O : Oui ! c’est ma proposition. L’enseignement du civisme et de la morale a besoin du concret, des faits, du vécu. Je vous renvoie à l’actualité. Le premier, si je ne m’abuse, activiste qu’on a envoyé vivre les réalités du terrain après avoir donné des informations inappropriées, c’est celui-là même qui fait les plateaux des médias pour attirer l’attention des autres du danger de leurs communications et critiques sur le moral des soldats ! Aussi qui, plus qu’un militaire peut parler de l’amour de la patrie jusqu’à donner sa vie ! certes il y a aussi des civiles qui peuvent le faire mais entre les deux je choisirai le militaire.

Pour l’enseignement de la morale, j’ai proposé un sage de la localité comme enseignant toujours pour son caractère ‘exemple à donner ».

Propos recueillis par Patrick COULIDIATI

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