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En Russie, les leçons de l’affaire Golounov

Analyse : L’inédite vague de solidarité provoquée par les poursuites judiciaires contre un journaliste accusé de trafic de drogue a contraint le pouvoir à reculer. Mais une manifestation mercredi 12 juin à Moscou s’est conclue par 400 interpellations.

Benjamin Quénelle (à Moscou), le 13/06/2019 à 06:09

« Ils ont reculé. Nous devons continuer d’avancer… » Pour Iourï Belyat, 22 ans, comme de nombreux simples opposants au Kremlin de Vladimir Poutine, « l’affaire Golounov » peut être un tournant politique. Au milieu de quelques centaines de manifestants, le jeune homme a participé mercredi 12 juin à la marche initialement organisée pour demander la libération d’Ivan Golounov.

Ce journaliste d’investigation de 36 ans, spécialisé dans les dossiers de corruption, avait été inculpé samedi 8 juin pour trafic de drogues. Une arrestation aux allures de coup monté. Face à une inédite vague d’indignation, de solidarité dans la presse et de soutien dans la société civile, le ministère de l’intérieur a finalement abandonné les poursuites mardi 11 juin, faute de preuves, et libéré Ivan Golounov.

La manifestation du 12 juin, organisée quelques heures après sa libération, a finalement pris un tour politique en visant le système Poutine. Non autorisée, elle s’est terminée avec l’arrestation de 400 personnes dont le leader de l’opposition Alexeï Navalny et plusieurs journalistes. Cette répression a douché les timides espoirs de changements nés après la libération d’Ivan Golounov. « C’était un simple coup tactique, une concession ponctuelle, de la part des autorités. Cela n’annonce pas pour autant une libéralisation plus large du régime », prévient Andrei Kolesnikov, politologue du centre Carnegie à Moscou.

« Une rare bonne nouvelle pour notre société civile »

Les milieux des ONG se montrent tout aussi prudents. « La libération d’Ivan Golounov s’explique avant tout par l’énorme vague de solidarité. S’il n’avait pas été libéré, la marche de soutien aurait été massive et aurait jeté le discrédit sur les autorités », explique Oleg Orlov, le directeur de Memorial, rare organisation russe de défense des droits de l’homme.

Hasard de calendrier judiciaire, son représentant en Tchétchénie Oïoub Titiev, condamné le 18 mars à quatre ans de prison pour possession de drogues au terme d’une enquête aux allures de coup montée, a appris lundi 10 juin sa prochaine remise en liberté anticipée. « Les affaires Titiev et Golounov ne sont pas liées, pense Oleg Orlov. Mais leur double libération est une rare bonne nouvelle pour notre société civile. »

Une banale affaire de règlement de comptes

Le manque de preuves contre Ivan Golounov conjugué à la mobilisation populaire a en fait rendu inévitable sa libération. Les photos initialement montrées par la police pour prouver que le journaliste avait transformé son appartement en atelier de narcotrafiquant n’avaient pas été prises chez lui. Les analyses n’ont trouvé aucune trace de drogue dans son sang. Et aucun des sachets saisis ne portait ses empreintes. « Son arrestation n’était pas un ordre venu d’en haut mais sans doute d’un niveau assez bas dans la hiérarchie policière contactée par l’une des personnes mises en cause par les enquêtes du journaliste », ajoute Oleg Orlov. L’affaire, non politique, aurait pu avoir des répercussions politiques que le Kremlin a préféré éviter.

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