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Kpièllè Dabiré Pierre, à propos du Mariage “DAGARA”

Les DAGARA sont un peuple qui occupe la région du Sud-Ouest du Burkina, à la frontière du Ghana. Dans cette partie du Burkina, les coutumes pèsent encore énormément sur les mentalités. Le mariage, chez les DAGARA se déroule entre différents clans. Pour en parler nous avons rencontré un des patriarches, Kpièllè Dabiré Pierre, un journaliste à la retraite.


arton1312_1_.jpgNé vers 1935, je suis considéré comme le patriarche de la famille DABIRE. Malgré l’école du blanc, je ne suis pas déconnecté du milieu DAGARA, ce qui m’a donné l’occasion d’observer les pratiques et les coutumes DAGARA. Je ne suis pas spécialiste mais je peux donner des informations fiables à ceux qui cherchent à connaître la culture DAGARA.
Quels sont les différentes familles que l’on retrouve à YEGUERE ?
La société DAGARA est une société à clans. C’est-à-dire, que nous avons des patronymes qui sont portés par des clans. Ce qui fait d’ailleurs que le mariage en pays DAGARA est exo-clans; c’est-à-dire en dehors des clans. Dans le même clan, le mariage ne peut être possible. Donc, on a comme patronymes, les Kpièllè, Kpagnoné, Béconé, les Prouiyilé.
Comment se passe le mariage chez vous ?
Il y a plusieurs voies. Soit ce sont les parents qui font les démarches dans la famille de la fille et là le plus souvent, c’est dans les familles où sont mariées les tantes ou les sœurs. La plupart du temps, c’est la maman qui fait la démarche car elle part dans sa famille maternelle, s’il y a une fille pubère elle en parle à son garçon. Si son garçon le veut, elle enclenche les démarches.
La deuxième forme du mariage chez les DAGARA, c’est l’amour réciproque entre jeunes. C’est la rencontre entre un garçon et une fille lors de funérailles ou au marché. Si les deux sont consentants, le garçon va en parler à ses parents; et c’est sa mère précisément qui porte l’information aux parents de la fille pour une éventuelle demande de main.
Il en est de même pour la fille. Au lieu que ce soit le garçon qui fasse les premières démarches, c’est elle qui rejoint la famille du garçon (pas le domicile du garçon encore) pour être plus proche. C’est ce qu’on appelle “Tcharè” ( le début des fiançailles). Il arrive que les parents du garçon l’acceptent; c’est d’ailleurs une occasion pour eux de mieux surveiller le comportement et le caractère de la fille. Si au bout de quelques temps, ils n’ont rien à la reprocher, ils vont alors informer ses parents de sa présence dans leurs locaux. Une fois que ces préliminaires accomplis, une délégation du garçon va demander la main de la fille. A cet effet, les différentes étapes leur seront communiquées afin d’aboutir au mariage.
La preuve par la poule
En fait, la procédure consiste pour les parents du garçon à donner une poule aux parents de la jeune fille. Si la poule est acceptée, ce qui veut dire que les parents sont favorables au mariage.
Cependant, les deux fiancés peuvent décider se marier sans le consentement des familles. Dans ces conditions, cette union n’est pas bénie et ne bénéficie d’aucune protection parentale. Ces cas sont d’ailleurs très fréquents et dans la plupart des situations ces jeunes quittent le village pour d’autres horizons.
Si les deux familles acceptent qu’il y ait mariage (ce qui suppose que la poule a été acceptée) , on fixe donc la dot. Dans le temps, les beaux-parents acceptaient que le jeune-homme vienne cultiver leur champ pendant quelques saisons. Si le jeune homme n’est pas en mesure de le faire, il doit apporter un mouton de culture. Ce mouton va servir de repas aux gens qui vont labourer le champ du beau-père. Bien entendu, il y a aussi des poules et des chèvres (3) qui s’ajoutent au mouton. La véritable dot viendra dès que la fille aura son premier enfant. Il s’agit en ce moment de ce qu’on appelle la véritable dot; c’est cet acte qui traduit la volonté réelle des parents de la fille à donner leur fille en mariage. En général, sur les trois bœufs qu’on demande au gendre, deux sont d’abord exigés dans un premier temps. Le troisième peut encore attendre et généralement, ce bœuf ne sera réclamé par la belle-famille qu’en cas de litige. C’est bien de rappeler que parmi les deux bœufs, il y a un Taureau qui revient proprement à la fille qu’on appelle “le bœuf de la fille”. Le jour du mariage de la fille, c’est la viande de ce taureau qui sera distribuée à tous les membres de la famille.
Les cauris
Après la poule, les bœufs, il faut aussi apporter un certain nombre de cauris (360). Si le gendre n’est pas en mesure de fournir les bœufs, il donne en numéraire l’équivalent d’un bœuf. Il n’y a véritablement pas de cérémonie en tant que tel pour le mariage en dehors de ce que je viens de vous dire. Si tout ce nécessaire est fourni, le mariage est conclu.
Quelle appréciation faites-vous des mariages traditionnels de nos jours?
Aujourd’hui, nous sommes en train d’imiter la culture occidentale alors que nous avons notre propre culture. Il y a des aspects de notre culture qui sont mal connus. Si vous approfondissez vos recherches vers d’autres ethnies, vous vous rendrez compte qu’il y a la fois similitude et divergence.
Mariama LOMPO

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