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Bilan de la première édition du BISO 2019 par Lucien Humbert

La Biennale Internationale de Sculptures de Ouagadougou (B.I.S.O.) fête sa première édition !!

Lucien Humbert (pantalon gris) au cour d’un panel du BISO

On entendait chuchoter sur l’événement depuis deux ans, comme d’un secret, comme d’un heureux événement qu’il fallait préserver de maléfices …

Une œuvre de Beya Gille Gacha au Biso 2019 (remporte 1er prix)

Les personnes  identifiées comme les confidentes ouagalaises des faiseurs de rêves « du Nord », sont restées évasives, incertaines jusqu’à à peine deux mois du terme de « l’événement ».

Quand le IN de la BISO  s’est annoncé de « LÀ-BAS », un appel nous est venu encore du Nord pour que ceux « d’ici » adhérent  à un BISO OFF d’accompagnement.

Le messager, le Sieur DENEULIN, a déployé une telle énergie communicative que le monde des Arts Plastiques de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso s’est éveillé et s’est mis à la tâche, un peu à l’aveuglette mais  avec ardeur. Les réseaux se sont reconnectés peu à peu….Dix espaces ont répondu à l’appel et ont organisé « au pied levé », avec « l’existant », un programme d’accueil pour les « visiteurs du Nord » en marge d’un IN centré sur l’unique Institut Français de Ouagadougou pour des raisons de sécurité et de facilité d’organisation.

Œuvre primée de l’artiste Adejoke Tugbiyele (1er prix execo)

L’ancrage « ici » (à Ouagadougou) du IN de « là-bas » a été assuré dans un élan festif très convivialement partagé, avec l’engagement remarquable de notre nouvel Ambassadeur de France soutenu par le nouvel Ambassadeur de l’Union Européenne et le Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme du Burkina Faso.

On en a presque oublié que le beau projet de financement européen pour l’appui aux industries culturelles a exclu les Arts Plastiques des secteurs clés à soutenir.

On a omis de nous présenter les artistes invités dans les résidences du IN, dont nous découvrions les créations, et aussi de donner la parole à la présentation du OFF…

Les artistes, entrepreneurs, architectes, agents de presse, universitaires du Burkina Faso ont été peu présents dans le IN  (débats…désertés, faute de disponibilité ou de communication ciblée….ou faute d’un OFF mieux « associé » ?).

Mais on ne peut sous-estimer le stimulus représenté par cette première édition de la B I S O pour mieux ancrer les Arts Plastiques dans la société burkinabè !

Un bel aéropage d’acteurs de marchés occidentaux pour « valoriser » nos créations africaines d’arts contemporains s’est bel et bien déplacé à Ouagadougou en dépit du contexte d’insécurité affiché.

De belles découvertes d’initiatives (sites de communication de critiques d’Arts professionnelles à l’intention de marchés émergents d’amateurs du continent qui doivent être rassurés sur la qualité artistique de nos artistes), de belles rencontres entre acteurs de l’univers des Arts Plastiques….

Oeuvre de l’artiste Achille Adolon, remporte le 2ème prix

Et la fête continue (à l’Institut Français et dans 10 espaces du OFF jusqu’à la fin d’octobre au moins), avec les visiteurs de la place, pour peu que le souffle soit entretenu et l’information relayée.

Mais surtout, nous sommes interpellés  pour mettre en place une synergie d’efforts au profit d’une dynamique « locale », plus portée sur une professionnalisation et un engagement d’acteurs privés que sur une organisation institutionnelle arrimée principalement aux attentes d’un financement public quasi-exclusif (exposé aux tentations de réseaux de récupération).

Après tant d’années d’observations et de réflexions, nous pouvons œuvrer à faciliter l’orientation des soutiens publics vers la professionnalisation de l’environnement structurel des Arts Plastiques (commissaires d’expositions, critiques d’arts, promoteurs, architectes…), vers le développement de la réceptivité de la société vis-à-vis des œuvres artistiques porteuses d’imaginaires et de partages avec le Monde.

Nous gagnerions à relever le défi qui nous est offert de recentrer les initiatives sur notre implication et sur notre développement culturel endogène, sans se limiter à un prochain rendez-vous de la B I S O, en faisant plus de place aux acteurs de la sous-région (galeries d’Abidjan, du Mali, acteurs de la Biennale de Dakar, presses régionales…).

Une Oeuvre de Beau Disundi, remporte aussi le deuxième prix execo

Mais cela devrait accompagner, et même être précédé, par un questionnement collectif sur le sens du travail de nos artistes, entre « propos artistiques » et « propos  marchands », sur leur orientation vers quel public, sur une meilleure connaissance de nos publics locaux d’amateurs potentiels, sur ceux des nouveaux horizons ouverts sur le Maghreb et sur l’Asie. Il y va de notre crédibilité sociétale et de celle de notre marché national des Arts.

La voie de la « reconnaissance » (du succès) n’est pas toujours confondue avec celle de l’Art et de la Création. Dans le premier cas l’Art est un  prétexte. Dans le deuxième cas il est au centre. Un choix est à faire.

Oeuvre de Precy Nuumbi remporte le 4è prix

Un artiste doit être en recherche permanente pour affirmer, bâtir, une singularité.
Celle-ci ne se trouve pas dans l’utilisation de matériaux ou de techniques spécifiques mais dans la capacité de charger ses œuvres de ce qu’il est -un humain unique- et de faire vibrer l’œuvre de cette présence.

Et cela ne s’obtient que par un travail et une recherche à long terme car cette singularité se forme dans l’acte d’approfondir une ligne rouge, d’épuiser les possibles de sa recherche jusqu’à ce qu’une autre porte s’ouvre…. pour recommencer à travailler cette matière autant mentale que physique.

C’est alors que l’Art est créateur de « sens » et non plus seulement décoratif.

CAP-OUAGA( Carrefour des Arts Plastiques de Ouagadougou) appuyé par le Goethe-Institut s’engage dans cette voie en invitant un artiste togolais, WONANU Eric Kobla Efui, qui a étudié aux Beaux Arts de Paris  et travaillé en France avant de s’installer au Togo, à venir échanger avec les artistes exposés dans le OFF de la B I S O, et à contribuer à la conférence sur la place des Arts Visuels dans nos Espaces de Vie qui sera organisée le 29 octobre au Goethe-Institut. Entrepreneurs, amateurs d’Arts, artistes, agents de presse, Universitaires, formateurs, sont invités à cette première étape d’un engagement qui ne peut porter des fruits que sur le long terme.

Lucien HUMBERT  – Villa YIRI SUMA – 16 octobre 2019

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