Névry 2025 : 8ème édition du Festival de Musiques et de Danses

Névry 2025 : 8ème édition du Festival de Musiques et de Danses

Le village de Névry dans la province du ZIRO fait face à un défi crucial. Outre le désenclavement, le village doit aussi relever un autre défi, celui de la préservation de son patrimoine culturel, un héritage précieux  qui  témoigne de l’histoire de ce village, de son identité,  de sa diversité culturelle et touristique. Malheureusement, des pratiques traditionnelles et certains pans culturels sont menacés de disparition par le manque de financement, l’oubli ou encore le changement climatique. Consciente donc de l’enjeu,  l’association A.K.D.N  dirigée par Halidou NIGNA et des hommes de bonnes volontés ont décidé depuis 2007 de prendre le taureau par les cornes afin de  preserver le patrimoine culturel des “NUNI” et pérenniser le « Naboinon », une danse traditionnelle si chère à ce village . 

C’est ainsi qu’est né depuis 2007 le Festival de Musiques et de Danses traditionnelles de Névry (FESMUDN), un projet porté par Halidou NIGNA.



Admis à la retraite depuis 2019, cet ancien « ENARC (de l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature) ne se donne aucun temps de repos. Bien au contraire il occupe le clair de son temps à travers des voyages « aller-retours » entre Ouagadougou et Névry son village natal où il entend veiller et faire revivre certaines pratiques traditionnelles en voie de disparition. 

En prélude de la 8ème édition du FESMUDN qui se tiendra du 24 au 27 avril 2025, Halidou NIGNA nous a accordé un entretien sur le FESMUDEN,  un échange au cours duquel, il appelle de tous ses vœux les ressortissants de Névry et les populations environnantes  à soutenir le projet qui, selon lui est désormais l’affaire de toute la communauté NUNi . Lisez plutôt !



Halidou NIGNA (H.N) : Je suis Halidou NIGNA, administrateur civil de formation. J’ai beaucoup travaillé au ministère en charge de la culture près d’une vingtaine d’années avant d’être affecté à l’administration territoriale où j’ai passé le reste de ma carrière jusqu’à la retraite en 2019.

Je suis originaire du village de NEVRY, un village distant de 40 km du  chef lieu KASSOU et à 50 km environ de SAPOUY, le chef-lieu de la province.

ArtistesBF (ArtBF) : Vous êtes à la retraite depuis 2019. Comment vous vous occupez ?

H.N : Comme son nom l’indique, c’est vraiment la retraite. Je ne fais pas de la consultance comme d’autres le font. Cependant,  j’essaie de me maintenir à travers des “aller-retour” entre Ouagadougou et le village, histoire de garder le contact et faire revivre certains aspects de notre patrimoine culturel.

ArtBF : Présentez-nous la carte postale de NEVRY

Il se situe à 150 km environ de Ouagadougou sur l’axe Ouaga-Léo. C’est un village vivant essentiellement des produits agricoles du fait surtout de ses sols très riches et bien arrosés.

Névry : Un village présentant un beau paysage. Ici, un pont de fortune construit par la population pour aider à la traversée.

En hivernage, NEVRY est difficile d’accès à cause de la montée des eaux pluviales. Des ponts de fortunes construits par les populations permettent les traversées des populations à certaines périodes. Mais dans le temps, il était réputé d’être un village poissonnier. Il a un marché très animé et qui s’y tient une fois par semaine. On y trouve du mil, du maïs et le haricot.

Village difficile d’accès en hivernage et même en saison sèche. Quelles sont les initiatives communautaires pour remédier à ce désenclavement ?

Je voudrai vous rassurer que 95% des habitants de NEVRY vous répondront qu’il faut réaliser une voie avec un ouvrage de franchissement.  Nous en sommes conscients et il faut agir. Déjà, nous avons créé une association pour le développement du village. Il s’agit de  l’association « KENDUN  » pour le Développement de Nevry  en abrégé (A.K.D.N). L’association qui existe depuis 20 ans  qui mène des activités socio-économiques et culturelles pour le développement de NEVRY.  C’est à travers cette association également que nous nous retrouvons régulièrement pour des activités culturelles. NEVFRY est réputé pour ses grands talents de danseurs notamment, les danseurs du “NABOANON” (un  rythme traditionnel). Cette danse ne se limite pas seulement à Nevry mais dans tous les villages environnants de la Sissili.



Quelle est la spécificité du « Naboinon » par rapport à la danse WARBA ou au  LIWAGA et autres ?

A NEVRY, la flûte est accompagnée de tam-tam. Elle est d’ailleurs l’instrument principal de musique. Les gens dansent en cercle ; c’est ce qu’on appelait à l’époque “la danse de force” avec des pas assez atypiques. La danse “NABOINON” est un peu comme la danse “DJONGO”. Mais la différence entre la musique de NEVRY et celle des KASSENA est que les KASSENA n’ont que des flûtes et le Bendré (tam-tam) tandis que les “NUNA” (habitants de NEVRY) ont quatre (04) flûtes et des tam-tams. La particularité, c’est qu’il n’y a pas de bendré à NEVRY.

Appréciez la danse « “NABOINON” dans la vidéo ci-dessus.

Peut-on avoir une idée des activités que mène votre association ?

Au plan culturel naturellement, il faut dire que dès la création de l’association, notre soucis était de promouvoir d’abord la danse “NABONON” et renforcer les capacités des membres de la troupe de danse. Nous avons aussi créer  le festival de musique et de danses traditionnelles de Nevry (FESMUDN). Le festival qui a démarré en 2007 se tient tous les deux ans.   A propos justement du FESMUDN, nous sommes cette année à la 08è édition. Elle se déroulera du 24 au 27 avril 2025 à NEVRY.

Quel sera le contenu de cette 8ème édition ?

Cette 8è édition vient consolider les acquis des éditions antérieures. A la danse “NABOINON”,  nous y avons ajouté d’autres danses traditionnelles dont notamment, la danse des masques exécutée aux rythmes des flûtes et des tam-tams.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

La difficulté majeure que nous rencontrons,  c’est la mobilisation des ressources. Il faut dire qu’aujourd’hui, nous ne pouvons pas tenir le festival avec un budget inférieur à 4 ou 5 millions. Les prises en charges des différentes troupes artistiques nous reviennent chères. Et sans nous jeter des fleurs, c’est la seule activité du genre qui, depuis 2007 et malgré la rareté des ressources  tient sur la durée au niveau du ZIRO ou de la Sissili.



Les perspectives

C’est de faire en sorte qu’après 2025, nous puissions accroître l’effectif des troupes qui viennent à notre festival, des troupes de  plus en plus rajeunies.

Au regard de la bonne volonté dont vous faites preuve et votre courage de développer la zone, quel sera votre appel aux ressortissants de NEVRY et environnants ?

Halidou NIGNA : Promoteur du Festival de musique et de Danses de Névry (FESMUDN)

C’est leur dire de croire d’abord à ce que nous faisons pour le village parce que nous avons suffisamment des éléments objectifs qui permettent de dire que c’est une activité qui tient la route grâce la bonne volonté des organisateurs et donc, de l’association. Après les natifs de la région, notre premier partenaire, c’est le ministère en charge de la culture parce que tout simplement nous contribuons à la mise en œuvre de la politique nationale de la culture par la préservation et à la promotion du patrimoine culturel.

Nous lançons donc un appel à tous les acteurs de la société : citoyens, associations, entreprises, collectivités locales et institutions. Ensemble, nous pouvons prendre de bonnes décisions  pour sensibiliser, agir, promouvoir et plaider pour la bonne cause de ce patrimoine si cher.

Une nuit à Névry pendant le festival : on danse au djimbé traditionnel.

Mon appel va à l’endroit de tous les ressortissants résidents et non-résidents, tous les cadres qui savent ce que c’est que la danse “NABOINON”,  et ce qu’elle représente en termes de patrimoine pour la communauté à nous soutenir. Aujourd’hui, ce n’est plus une affaire de NEVRY.  Nous invitons tous les ressortissants de la Sissili  et du Ziro à nous accompagner parce que qu’aujourd’hui c’est l’affaire d’une  communauté qui ne veut pas voir disparaître  son patrimoine.



Nous apprécierons toutes les contributions de quelle que manière que ce soit, en nature, en matériel ou financier afin de pérenniser l’évènement.  peut contribuer à soutenir cette activité là pour qu’elle se pérennise.  C’est le lieu également d’inviter tous les burkinabè à faire le déplacement à NEVRY car, comme j’aime le dire, c’est un village où on ne vient pas une fois. Tous les gourounsis qui m’écoutent ou qui me lisent savent ce que ça veut dire. Quand vous viendrez à NEVRY, vous y reviendrez toujours.

Dernier mot

Je voudrai dire grand merci au Ministère en charge de la culture qui nous a toujours accompagnés, au Fonds de Développement Culturel qui a toujours été également à nos côtés. Merci à toutes les bonnes volontés qui nous croient et qui nous accompagnent depuis la première édition. Enfin, à tous ceux qui n’ont jamais été à NEVRY, je vous donne rendez-vous du 24 au 27 avril 2025.

ArtistesBF