Confédération Nationale de la Culture (CNC) : L’empreinte indélébile de Télesphore BATIONO.

Confédération Nationale de la Culture (CNC) : L’empreinte indélébile de Télesphore BATIONO.

Après 8 années à la tête de la Confédération Nationale  de la Culture (CNC), Télesphore Bationo vient de passer le flambeau à Inoussa SAMANDOULGOU. Au terme de son mandat, Télesphore Bationo  laisse derrière lui l’empreinte indélebile d’un grand homme de culture dictée par le souci du travail bien fait. Auteur d’une oeuvre intitulée « Guide de l’organisateur de spectacles au Burkina Faso »,  Télesphore Bationo à travers cet entretien nous amène dans l’univers de la vie confédérale. Ainsi, la relation entre l’État et les acteurs privés de la culture, les acquis, la structuration et le financement des activités de la CNC sont autant de points qui ont été passés en revue.

Comment se porte donc l’Ex-président de la Confédération Nationale de la Culture (CNC) depuis sa passation de charge en juillet 2026 ?



Télésphore BATIONO  : Je me porte bien. Je suis le promoteur du label “ARTISTES DISTRIBUTION” qui a été créé en 2005 pour la production artistique et  la distribution. Nous disposons d’un studio d’enregistrement qui produit des artistes. C’est vrai que l’activité du studio avait été mise en berne pour mes activités associatives. Mais le label n’était pas pour autant fermé.

Mon mandat a pris fin en juillet 2026 avec la nouvelle élection au niveau confédéral. Après la passation de charge qui s’est passée le 31 juillet 2026, je suis  revenu au sein de mon entreprise “ARTISTES DISTRIBUTION” pour m’en occuper. (Les sous-titres sont de la rédaction)

Télésphore BATIONO, un homme à plusieurs casquettes

Télesphore Bationo : Ex-président de la CNC du Burkina

J’ai deux grandes activités annuelles sur le plan de l’événementiel:

– “FAITES DE LA MUSIQUE”, qui est un concours de chant-live dont l’objectif est de dévoiler  des jeunes talents. L’évènement est à sa 10è édition.

– “RACINE DU SANGUIE”, un festival qui se déroule dans le SANGUIE (mon village). L’évènement, qui est à sa 7e édition, permet aux  jeunes de découvrir les pans culturels, notamment la promotion des rythmes et danses du terroir.  Nous portons fièrement ces deux activités sans discontinuité. C’est dire que nous avons de la matière pour porter et coordonner toutes ces activités.



La belle expérience de la vie confédérale

Mon passage à la direction de la Confédération nationale de la Culture  a été pour moi  une très belle expérience. Comme je le dis toujours à de multiples occasions,  je n’étais pas le plus intelligent. J’incarnais peut-être le plus gros des manœuvres qu’on ait choisi pour porter la confédération. C’est ce que j’ai pensé parce que si vous n’avez pas cette capacité de charge pour supporter la confédération et pouvoir atteindre ses objectifs, vous passerez à côté.

Donc, ça a été une très belle expérience pour moi. J’ai beaucoup appris dans la vie associative, j’ai appris à gérer les humeurs, les comportements et les égos… bref, je me suis bien cultivé.

La confédération de la culture, une belle interface entre l’État et le secteur privé de la Culture

Qu’est-ce qu’on fait à la Confédération nationale de la culture qui se positionne désormais comme une interface entre l’État et le secteur privé de la culture ?  Que doit-on faire pour impacter, pour être présent et apporter quelque chose à la vie culturelle de la nation ?



Pour répondre à ces questions, nous avons élaboré une feuille de route dont la mission première était  d’installer la Confédération dans les 13 régions du Burkina Faso. Ceci devrait nous permettre d’avoir des répondants dans les 13 raisons du pays  tant pour la confédération nationale de la culture que pour les filières culturelles.

Télesphore Bationo : « Ah !!! Cette activité en date du 30 avril 2025 restera encore gravée dans nos mémoires…. »

Pour ce faire, nous avons sillonné pendant 3 à 4 mois les 13 régions du Burkina, nous avons convoqué toutes les associations de la région sous la supervision de chaque direction régionale de la culture en vue des élections et désigner qui répondrait de la Confédération nationale dans ces 13 régions.

Et à ce jour, les 13 coordinations régionales sont fonctionnelles. Aucune région  n’est orpheline. Cette organisation  permet à l’État d’avoir un interlocuteur  fiable dans chaque région pour des besoins spécifiques à chaque filière.

 Je remercie vraiment tous les ministres qui se sont succédé pendant les 8 années qu’a duré mon mandat. Tous les ministres ont apporté leur soutien à la structuration et à la vie de la Confédération durant mon mandat à la Confédération.



La synergie d’action entre la confédération et la vie politique nationale.

Pendant la COVID, nous avons reçu instruction du ministre  Sangho d’accompagner le secteur de manière à ce que la sensibilisation puisse atteindre son pic. Nous avons donc donné le mot d’ordre à tous les créateurs de chanter COVID pour sensibiliser le public à travers la musique, le théâtre et le cinéma de sorte qu’effectivement,  le Burkinabè Lambda sache ce qu’il faut pour se protéger contre la Covid-19.

Et à propos de la crise sécuritaire que nous traversons, nous avions dit qu’il fallait soutenir les FDS, les galvaniser, leur donner de la force afin qu’elles continuent de défendre ardemment la patrie. Voilà un peu le lien qui existe entre les actions de la confédération et la vie politique nationale.



Autre fait : L’année 2025, par exemple, a été déclarée par le Président du Faso  comme étant l’année de la culture. Nous avons bien accueilli le mot d’ordre et nous l’avons traduit en actions culturelles dans le contexte de la lutte contre l’hydre terroriste. Nous nous sommes dit que nous n’allions pas baisser les bras, nous devons rester fiers d’être burkinabè et nous avons fait passer le message à tous les créateurs à travers un visuel. Ça a impacté et la mayonnaise a pris!

37 à 40 millions ont été mobilisés pour asseoir la confédération

On n’a pas de budget fixe. Chaque activité est négociée en termes de budget. Pour la structuration par exemple, on a eu l’accompagnement du FDCT. Le PNGC a dégagé une ligne budgétaire “APPUI À LA STRUCTURATION DE LA CONFÉDÉRATION” . Le budget tournait autour de 37 à 40 millions qu’on a mobilisés pour pouvoir faire toute la structuration, l’installation et le renouvellement des instances des fédérations.



120 parcelles distribuées aux acteurs culturels

Nous avons eu par l’intermédiaire d’un de nos membres, une opportunité de signer avec une agence immobilière pour l’acquisition de 120 parcelles au profit des acteurs culturels. Alors nous avons demandé à chaque fédération de fournir la liste de ses membres intéressés par ces parcelles. C’était en 2021.

Le principe de cette opération qui s’est déroulée en 2021 était de payer un montant et le reste sera échelonné jusqu’à l’attribution des documents de la parcelle. Sur les 120 parcelles à attribuer, il reste encore 22 personnes qui n’ont pas encore obtenu leurs documents. Les critères d’attribution des parcelles étaient laissés à l’appréciation de chaque filière. Pour la filière cinéma par exemple, je me rappelle que les membres ont procédé à un tirage au sort. Mais au fil du temps, beaucoup d’acteurs ont désisté, soit pour des raisons de moyens, soit pour d’autres raisons, au profit d’autres membres de leur filière respective.

L’obstacle majeur de la confédération :  l’absence de financement,

La plus grande difficulté était de nous trouver un local pour abriter la Confédération Nationale. Nous en avions trouvé un à la cité  1200 logements, un local que nous avons par la suite abandonné pour des raisons de trésorerie. Dieu merci, l’État à travers le ministère en charge de la culture nous a attribué un local. Il s’agit de l’ancienne direction du livre logé dans la cour de la Maison du Peuple de Ouagadougou. La nouvelle équipe dirigée par Inoussa SAMANDOULGOU y travaille désormais paisiblement sans crainte d’être expulsée pour arriérés de loyer ou de téléphone.



La seconde difficulté était d’ordre financier. Sans revenus ni financement, il était difficile pour nous d’accompagner six (06) filières culturelles dans la réalisation de leur plan d’action. C’était compliqué !

Nous avions, par contre, une convention avec le ministère de la Culture qui devait nous permettre d’avoir un financement pérenne. La toute première convention avait été signée depuis le projet ARPIC, d’un montant de 39 millions par an pour soutenir la Confédération Nationale de la Culture. Puis, suivra une seconde convention sous le ministre Jean  Emmanuel OUEDRAOGO. Mais de toutes ces conventions, rien n’avait bougé !

Les financements de nos activités sont ponctuels. Quand nous avons une activité, nous approchons le ministère pour en parler avec budget prévisionnel à l’appui. Sinon, il  n’y a pas de ligne budgétaire fixe affectée à nos activités, contrairement aux rumeurs selon lesquelles le Ministère nous subventionne à hauteur de 100 millions.

La grande mobilisation patriotique du 30 avril 2025, l’une des actions marquantes de la Confédération

Télésphore BATIONO  : Promoteur de la maison de production « ARTISTES DISTRIBUTION”

Ah !  Cette activité en date du 30 avril 2025 restera encore gravée dans nos mémoires. C’était une campagne de mobilisation des acteurs culturels lancée en avril 2026 en soutien à l’AES et au Président du Faso. Visiblement l’activité s’inscrivait sur un terrain politique et non culturel. En tant qu’acteurs culturels, que fallait-il faire ? Basculer en politique ou rester culturels ? L’embarras était là ! Mais nous avons très vite tranché . Nous avons fini par comprendre qu’il s’agissait d’une question majeure, celle de la vie d’une nation. On n’a pas deux (02) Burkina Faso. Il fallait donc qu’on y aille à fond parce qu’il s’agit de la vie du pays. La culture existe parce qu’elle a un pays. Si nous n’avons pas de pays,  il n’y a pas non plus de culture.

Et dès que nous avons lancé le visuel en vue de la mobilisation à la Place de Nation, tous les artistes y ont adhéré. Nous avons donc compris que le ressenti était partagé au niveau de tous les artistes.



Aujourd’hui, je ne vois pas une seule personne qui ne se réjouit pas d’être “Burkinabè” ou qui ne s’en orgueille pas d’être Burkinabè. Ça m’a vraiment marqué !!

 Le retour au bercail

Durant mon mandat à la confédération, je n’avais pas fermé le studio. Maintenant que je ne suis plus à la confédération, je me sens beaucoup allégé et je peux mieux me consacrer aux activités du studio. Nous allons continuer à travailler et nous occuper des œuvres musicales. D’ailleurs, pendant les 8 ans passés à la confédération, c’est Aboubacar Sanga (le promoteur  de WEKRE) qui a été nommé DG de la structure et qui assurait la coordination à “Artistes Production”.

Après la production musicale,  j’ai aussi une activité que j’aime bien. Depuis 3 ans, nous produisons du savon et nous offrons des formations à la fabrication de ce produit.



Enfin, à mes temps libres, je me donne à l’agro pastorale. Je suis fermier de nature.

Je saisis l’occasion pour remercier tous ceux qui ont travaillé à mes côtés au niveau de la Confédération nationale de la culture. Mes remerciements à  toute l’administration culturelle et à tous les ministres qui nous ont porté dans leur cœur.

ArtistesBF

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