Pangba Mohamed Sogli, Président Directeur Général du Groupe SOPAM

Pangba Mohamed Sogli, Président Directeur Général du Groupe SOPAM

Cette semaine, nous déroulons notre tapis à un opérateur économique burkinabé, un homme discret et selon des sources proches, un “bosseur”. L’homme que vous allez découvrir s’appelle Pangba Mohamed Sogli, Président Directeur Général du Groupe SOPAM, promoteur de l’usine “BRAFASO”. Très courtois et empreint d’une grande modestie, il est un fan de la culture et des arts en particulier: dans son cabinet, pas un pas sans tableau ou sans bronze. C’est d’ailleurs l’une des rares fois que nous rencontrons un opérateur économique de sa trame qui accepte nous parler bien de la culture, un secteur jugé peu porteur et donc peu attractif par le milieu des affaires. Le PDG de SOPAM qui semble faire l’exception nous a fait d’importantes confidences. Découvrez cette semaine cet invité qu’on appelle affectueusement aussi le DUC du LIPTOUGOU


Pangba Mohamed SOGLI, PDG du Groupe SOPAM. Je suis Burkinabé et Africain .
Nous avons été frappés par la simplicité avec laquelle vous recevez vos visites.
Artsbf:Est-ce dans la culture gourmantché ou la culture des hommes d’affaires que vous tenez cette simplicité?
Sogli :Je suis né dans une grande famille royale. L’éducation de rigueur, la simplicité, l’humilité et la courtoisie sont imposés dès le bas-âge. A ce niveau, ça devient une seconde nature pour moi. Ce n’est pas parce que je suis dans les affaires ; mais quand quelqu’un te fait l’honneur en se déplaçant vers toi, tu dois également avoir la gentillesse de le raccompagner ou d’être beaucoup plus aimable.
Hadissa Sanoussi a écrit un livre dans lequel elle fait votre portrait et elle a même donné un titre de noblesse “le Duc de Liptougou”.
Artsbf: Qu’est-ce que ce titre vous a donné comme impression ?
Sogli:“Le Duc de Liptougou” est un nom que je m’étais donné quand j’étais au CEG de Fada. J’ai pris le nom de duc parce que mon père était le chef et que je ne pouvais pas dire que je suis chef ou autre chose. Je voulais d’autres faveurs que le prince n’avait pas, c’est pour cela que j’ai pris le nom “Le Duc”. Mas je vous conseille de lire le livre pour mieux comprendre.
Artistes.bf :Présentez-nous votre société.
Sogli :SOPAM est une société de promotion de matériels dans laquelle nous faisons de l’ingénierie. Nous faisons de l’assemblage de gros matériels pour pouvoir donner une unité productive. C’est dans ce sens que nous sommes spécialisés surtout dans l’énergie. Nous sommes l’une des plus grosses sociétés de l’Afrique de l’Ouest dans l’énergie que ce soit l’énergie solaire, thermique. Maintenant à travers SOPAM, il y a d’autres sociétés notamment, SENERGIE qui s’occupe de tout ce qui est solaire et GEOFOR qui s’occupe de tout ce qui est forage et adduction d’eau. Enfin, pour ce qui est de BRAFASO que vous connaissez bien et qui a défrayé la chronique au Burkina, je m’en passe.
Artsbf :Quels sont les pays dans lesquels le Groupe SOPAM est présent ?
Sogli:Nous sommes présents au Mali où nous produisons 35% de l’énergie totale du Mali. Nous sommes également en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Sénégal et en Mauritanie.
Artsbf:Présents dans plusieurs pays, SOPAM est –il encore efficace ?
Sogli:Comme il s’agit d’un groupe, la gestion est assurée par un ensemble de personnes qui concourent à la bonne marche de la société. J’ai un ensemble de collaborateurs dans tous ces pays qui travaillent normalement.
Artsbf:Que devient la société BRAFASO qui a défrayé la chronique au Burkina Faso?.
Je ne saurai vous le dire. L’Etat a repris BRAFASO en rachetant toutes ses créances ; donc, je ne saurai vous dire parce que je suis quelqu’un qui cherche à avancer.
Artsbf:Nous avons constaté la présence d’objets d’art dans votre local. C’est une exception que vous faites, généralement on reproche aux opérateurs économiques de ne pas s’intéresser à la culture.
Est-ce que c’est votre avis?

Sogli:Je suis d’une famille royale où l’art est prioritaire. L’art a une place et les artistes ont une place prépondérante au sein de notre communauté. Donc, je continue d’admirer l’art parce que j’aime l’art.
Artsbf:Il semble que les opérateurs économiques sont très réticents à investir dans la culturelle. Comment expliquez-vous ce comportement ?
Sogli:Ça dépend parce que nous avons une affluence d’individus avec toutes sortes de programmes artistiques de fois incohérents qui fait qu’à un moment donné l’opérateur peut refermer ses portes. Si les artistes étaient organisés, beaucoup d’opérateurs économiques pouvaient bien les soutenir. C’est vrai que je ne peux pas dire que je suis différent des autres mais je sais que je soutiens l’art d’une certaine façon. Que ce soit dans mon village ou à Ouaga, j’accorde un intérêt particulier à l’art et à la culture de façon générale. L’art ou tout comme la culture a un rôle éducateur dans la société.
Artsbf:Sur le plan national, avez-vous déjà été sollicité pour le SIAO ou le FESPACO et quel a été votre apport?
Sogli:Nous avons toujours contribué pour le SIAO ainsi que pour le FESPACO à des moments où nous avions la possibilité et nous contribuerons toujours autant que possible tant que nos moyens nous le permettront.
Artsbf:Pour les opérateurs économiques qui hésitent encore à investir dans la culture, comment faire pour les convaincre que la culture est un domaine porteur ?
Sogli:Je pense qu’il revient au ministère de la culture d’aider les acteurs culturels à mieux d’abord se structurer. Ensuite, encadrer ces acteurs culturels dans leurs projets de sorte qu’ils puissent présenter aux établissements bancaires et aux opérateurs économiques des projets viables et bancables. Chaque opérateur économique voudrait investir dans la culture; mais encore faut-il que cet investissement serve à quelque chose ou qu’il ait été utilisé dans le sens d’une réelle promotion culturelle. Or le plus souvent, les artistes nous envoient des projets dans l’esprit seulement de renflouer leurs proches. On ne sait pas souvent à quoi a servi le soutien parce que concrètement, l’opérateur économique qui a apporté son soutien n’a senti aucun impact sur le plan culturel. Tant que les artistes présenteront des dossiers viables à même de donner de la visibilité à notre culture et à positionner les produits culturels à l’international, je suis sûr que beaucoup d’opérateurs économiques vont s’engager. Mais je dis aussi, qu’il faut un dynamisme national, un sursaut patriotique et un engagement politique fort. En parlant d’engagement politique, je suggère que le gouvernement rencontre les opérateurs économiques afin de leur présenter le bien fondé de la culture et les retombées économiques qu’ils pourront également en tirer.
Artsbf:Quel est votre dernier message?
Nous devons valoriser l’art, nous ne devons pas abandonner notre culture pour suivre d’autres cultures. Nous devons continuer les semaines nationales de la culture, continuer à encadrer les acteurs culturels et mettre un accent fort sur l’art pour qu’il puisse éclore au Burkina parce qu’il est éducatif et possède des valeurs réelles.
P.K