Très surpris par ce comportement peu ordinaire d’un réalisateur, nous prîmes notre calme pour comprendre le manège . Nous sommes restés près de 50 minutes à échanger mais sans pouvoir comprendre l’état d’esprit de notre invité et la raison d’un tel coup de gueule. Toutes nos questions sont répondues de manières superficielles et lapidaires.
Mais il a été gentil parce qu’à un moment donné, nous avons pensé qu’il allait nous foutre à la porte. Heureusement !!!! parce que nous étions également préparé à mettre en branle la parenté à plaisanterie pour sortir honorablement ! Il semble que lorsque deux fous se rencontrent, le second se met à l’infinitif. C’est ce que nous avons fait avec Tahirou; nous avons réussi à le mettre à l’infinitif.
Face à notre entêtement donc, notre invité finit par céder. Et nous voilà embarquer pour une bonne partie de confidences teintées souvent de renoncements et de révoltes. Et Petit à petit, les rancœurs se vident…
” Que j’ai un prix ou pas je m’en fou ! Je n’attends rien ; je te jure au nom de Dieu. Tu as vu la sélection ? ” S’est exclamé Tahirou OUEDRAOGO.
Artistesbf (ArtBF) : Dans la logique, que prévoient les textes en la matière ?
Vous êtes journaliste, c’est à vous d’aller fouiner. Je ne sais pas! Je suis chez moi et je continue de travailler. Je fais mes séries de films et j’avance ! Je ne suis pas politique donc, je ne connais rien dans cette organisation.
ArtBF : Vous avez certainement de bonnes raisons à partager; dites-le donc afin qu’on puisse vous suivre .
Tahirou OUEDRAOGO (T.O.): Non et non ! Posez moi des questions sur mon film (les images, le son) et je vous réponds. Le FESPACO, c’est politique, c’est le gouvernement et le ministère de la culture. Le jour où je vais arrêter de réaliser et que je ferai la politique, je pourrai parler du FESPACO ou alors, je me battrai pour être délégué du FESPACO.
ArtBF :Puisque vous souhaitez que nous vous parlions de votre film, parlez-nous donc de “Thom” qui sera en compétition au FESPACO
T.O. : Non ! il faut d’abord voir le film avant que je ne parle.
ArtBF :Nous avons déjà vu la grande première à l’Institut Français !
T.O. :Ah voilà !!!!
ArtBF :Mais c’était prévu que vous le repreniez à certaines parties; n’est-ce pas ?
T.O. :Oui c’est ça. La première fois que j’ai projeté le film, j’ai demandé qu’on me fasse des critiques. J’en ai reçu et cela m’a permis de corriger et d’améliorer le film. Nous avons repris le film jusqu’à 6 séquences, nous en avons éliminé certaines. C’est pour cette raison que je ne l’ai pas présenté au FESPACO passé. Aujourd’hui, le film est au top, c’est l’essentiel
ArtBF :Alors de quoi parle votre film ?
T.O. :Non, pas avant que le public ne le voit au FESPACO . Après je vais faire l’exploitation dans les salles. Point bar ! Je n’ai aucun commentaire à faire sur “Thom” ! Ceux qui ont le temps verront le film au FESPACO et ceux qui ne le verront pas au FESPACO le verront dans les salles. Point !
ArtBF :Parlez-nous des conditions de tournage du film ?.
T.O. :Non ! Tout se fera après le FESPACO !
ArtBF :Quel est finalement votre souhait ou votre attente ?
T.O. :Non, je n’ai pas de souhait ni d’attente, rien !
ArtBF :Nous sommes étonnés que vous n’ayez aucun rêve pour votre film ?
T.O. :Je n’ai pas de rêve; franchement !
ArtBF :Le film est donc prêt pour le FESPACO ?
T.O. :Mais bien sûr ! C’est pourquoi le FESPACO l’a sélectionné. Il était aussi sélectionné à Carthage de Tunis. Déjà, il est aussi attendu par 3 festivals.
ArtBF :Un mot de remerciement à vos partenaires alors !
T.O. :Non ! Tout est sur l’affiche. Si vous le souhaitez, je pourrai vous en donner.
ArtBF :Un message au moins aux cinéphiles
T.O. :Pas de message tant qu’ils ne verront pas le film ou alors, qu’ils attendent au moment de l’exploitation. Pour l’instant, ils n’auront pas de message de ma part; absolument rien !
ArtBF :Dernier mot avant qu’on ne se quitte ?
T.O. :Mon dernier mot, il faut dire que je suis fier d’avoir fait ce film “Thom”. C’est mon deuxième long métrage. Le film fera donc son chemin même après le FESPACO. J’espère que ce film ira très loin et qu’il sera regardé par tous les partenaires qui ont cru au projet. En attendant mon prochain long métrage, je suis confiant.
ArtBF :Un merci à l’endroit de vos partenaires ?
T.O. :Pourquoi leur dire merci ? Eux aussi ils vendent bien avec mon film. Je n’ai pas de remerciement à dire à qui que ce soit. C’est parce que mon scénario est bon qu’ils ont accepté financer le film ou bien ? (rires). J’ai fait pratiquement ce film à près 810 000 000 de francs CFA et pourquoi vais-je me réjouir du fait qu’on ait sélectionné mon film ?. A la limite, ce sont les enfants excités qui n’ont jamais fait de films qui peuvent sauter de joie du fait qu’on ait sélectionné leur film. Normalement même mon film ne devrait plus être en sélection, il devrait être vu, c’est tout !.
Comprendre le coup de gueule de Tahirou OUEDRAOGO
Nous poussions un “OUF” de soulagement après avoir bouclé cet entretien sans même nous demander si notre invité avait véritablement épuisé ce qui lui tenait à cœur. Toutefois, nous avons pris le soin de supprimer certains propos jugés vexants.
Le milieu du Cinéma à l’entendre est infecte. Pire, des gens sans aucune formation s’exercent aujourd’hui au cinéma et dire qu’un jour ce sont les mêmes qui l’appelleront “collègues” pour avoir simplement porté un fait divers au grand écran; c’est insoutenable !
Beaucoup se prennent aujourd’hui pour des réalisateurs et ce sont les mêmes qui, semble-t-il, seraient financés à des quinzaines de millions au détriment des professionnels.
“S’ils veulent faire le cinéma, qu’il aillent se former dans les écoles de cinéma. J’ai été me former à la Sorbone-VIII . Maintenant, s’il y a des gens qui pensent qu’ils peuvent réaliser des films sans passer par une école de cinéma, je leur souhaite bon vent” nous a dit Tahirou avant de clore notre entrevue.
Propos recueillis par Patrick COULIDIATY









