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cinquantenaire du Fespaco : Madame Béatrice DAMIBA en parle

C’est une ancienne élève du Lycée Kolg-Naaba que nous rencontrons cette semaine dans le cadre du cinquantenaire du Fespaco. Ministre de la culture et de la communication (la tutelle à l’époque du Fespaco) Béatrice DAMIBA, puisque c’est d’elle qu’il s’agit a également été Présidente du Conseil Supérieur de la Communication (CSC). Notons en passant que c’est sous son mandant au CSC que notre journal a obtenu le prix spécial Galian du Conseil Supérieur de la Communication. Nous ne l’oublions pas !

Aujourd’hui, profitant d’une retraite bien méritée, elle crée l’Association Convergence pour la promotion de l’Industrie Culturelle  et du Secteur audio-visuel dont elle est la présidente Fondatrice. Son amour pour le travail bien fait a fini par lui coller le slogan ” Travailler vite et bien”, une devise bien connue de l’ancien  collège des conseillers du   CSC.

Que cela ne tienne, notre invitée reste tout de même une cinéphile qui, malgré la rigueur et la discipline dans les établissements catholiques se trouvait des échappatoires pour se rendre au cinéma. Il fallait véritablement de bons prétextes pour sortir à certaines heures de ce lieu d’internat féminin car semble-t-il, les filles de Kolg-Naaba étaient très belles… Non  ! Notre langue nous trahit … ce n’est pas ce que nous voulions dire… ! Mais bon ! Disons qu’il n’était pas donné à n’importe qui de pouvoir s’approcher des filles de Kolg-naaba … Le portrait ci-contre vous en dit long …

Madame Béatrice DAMIBA : Ancienne Présidente du CSC, Présidente Fondatrice de l’Association Convergence

Bref… retournons sous notre arbre-à-palabre pour suivre la semaine du Cinéma avec Béatrice DAMIBA qui aborde de questions très pertinentes.

Béatrice DAMIBA en pleine forme : “On comprend pourquoi les hommes “prenaient d’assaut” ce collège de jeunes filles”. C’était de bonnes guerres. Cette beauté en dit beaucoup …”

Béatrice DAMIBA (B.D): Est-ce que vous vous souvenez encore de vos premières séances de cinéma?

B.D : Il y a cinquante ans, j’étais encore collégienne au Collège Notre Dame de Kologh Naaba et pendant le FESPACO, nous avions l’autorisation spéciale pour sortir. A l’époque ça ne s’appelait pas le FESPACO mais plutôt Semaine Nationale du Cinéma. J’avais un beau frère qui était membre du comité initiateur de cette semaine Nationale du cinéma. Ce qui fait qu’il m’a très rapidement intéressée à cette semaine. Un des premiers films que j’ai vus à l’époque était un film de Sembène Ousmane intitulé “La noire de …”. C’est un film noir blanc qui racontait l’histoire d’une jeune fille qui a été amenée en Europe comme esclave domestique et elle a terminé mal. Croyante, la jeune fille que j’étais a été marquée par cette histoire-là.

ArtBF : Décrivez-nous l’ambiance en ce moment-là?

Si le FESPACO est né au Burkina, c’est parce qu’il y avait déjà un terreau. Il semble que les voltaïques ou du moins, les Burkinabé ont toujours été de grands cinéphiles. Il y avait un public déjà, il n’y avait pas tellement de salles mais il y avait des projections dans les quartiers. Il y avait de l’affluence. C’était des salles de ciné à ciel ouvert comme “Ciné Oubri”, “Ciné Rialé”. Il y avait beaucoup de bruits ; ce n’est pas comme aujourd’hui où on peut aller s’asseoir dans une salle climatisée et regarder en silence.

“Ce qui lie les 2 exercices est la volonté de raconter une histoire avec des images. Je vais donc commencer par vous raconter une histoire: celle d’un groupe de « passionnés », un peu marginal qui a mis en place un petit événement en 1969 qui plus tard, est devenu un festival internationalement connu.” (Alimata SALEMBERE ).

ArtBF : Le FESPACO est en train de rentrer dans son cinquantenaire, qu’est-ce qu’on peut garder en termes d’acquis ou comme souvenirs ?

B.D : Un de nos acquis, est le fait que le FESPACO ait survécu. La mortalité infantile a failli l’emporter. Cinquante ans, c’est quand même un âge mûr. Il y avait des velléités de récupération d’autres pays qui n’ont pas abouti. Et les cinéastes en se regroupant et en créant leur fédération ont fait la résistance par rapport à cette tentative de récupération.

Le FESPACO a su grandir, gagner de la notoriété non seulement au niveau africain mais aussi au niveau de la diaspora africaine et sur le plan international. Maintenant,  il s’exporte vers d’autres grands festivals du monde entier, en Afrique et en Europe. Il y a une visibilité certaine.

Un des acquis également, c’est d’avoir popularisé le FESPACO jusque dans les petits quartiers de Ouagadougou de Bobo Dioulasso, la deuxième capitale et d’avoir pu bénéficier de la construction de toutes ces salles populaires dans les quartiers.

L’acquis enfin, c’est d’avoir été le bon prétexte de la création d’écoles de formation. S’il n’y avait pas eu le FESPACO au Burkina, il n’y aurait pas eu l’INAFEC et les instituts universitaires qui forment les cinéastes aujourd’hui.

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Baba Hama : “Si j’ai pu maintenir le cap et poursuivre l’élan amorcé par mes prédécesseurs,

c’est grâce aux jalons qu’ils ont posés “.

ArtBF : Le numérique prend de plus en plus le pas sur l’analogie, quelles nouvelles orientations assigner au FESPACO pour qu’il puisse répondre à l’attente des promoteurs et des africains en général.

Le bon côté du numérique est qu’on peut faire du cinéma avec de petits budgets. Le paradoxe, c’est le piratage. Mon association Convergence pour l’Audiovisuel et pour la Défense des Droits des créateurs mène la lutte contre le piratage qui est devenu plus facile de nos jours.

“Le FESPACO a su grandir, gagner de la notoriété”

Les orientations que je voudrai imprimer au cinéma africain, c’est sur la thématique. Il faut cesser de créer autour de la même thématique, c’est-à-dire, les contes africains et toujours des thèmes sur la femme. Il faut à mon avis trouver des thèmes plus commerciaux. Il faut faire en sorte que le cinéma puisse rapporter de l’argent aux cinéastes et même contribuer au développement de l’Etat. Ce qui manque au pays francophones, c’est de faire du cinéma une industrie qui rapporte beaucoup d’argent et qui s’exporte en Europe, en Asie ou  en Amérique. Il faut aussi professionnaliser les acteurs en les formant. Il faut donc que les réalisateurs, les producteurs et les acteurs se forment. On pourrait faire en sorte également que les séries africaines puissent s’afficher sur les écrans brésiliens, américains et mexicains pourquoi pas ?. Je félicite l’académie des Sotigui qui récompense les acteurs africains et de la diaspora.

Enfin, Le budget du Ministère de la Culture doit être revu à la hausse.

“Je voudrais surtout rendre hommage à ceux qui ont créé le FESPACO qui au départ, étaient des journalistes “. (dixit Filippe SAVADOGO) 

ArtBF : Vous avez été Ministre de la Communication avec un secrétariat particulier chargé du volet cinéma avec Madame SALEMBERE. Quel a été véritablement votre combat pendant que vous étiez à ce département ?

B.D : J’étais Ministre de l’Information et de la Culture, Madame SALEMBERE était Secrétaire d’Etat à la culture. Mais avant, elle avait été Secrétaire générale du FESPACO et à ce titre, c’est elle qui était au-devant des choses quand il s’agissait de la culture. A l’époque, il fallait se battre pour que le FESPACO ne nous échappe pas. Nous avions fait les ouvertures sur la diaspora africaine et l’ouverture vers les grands acteurs et réalisateurs noirs américains qu’on invitait des Antilles comme Andrix.

ArtBF : Quel message particulier avez-vous à l’endroit des organisateurs du FESPACO ?

B.D : C’est de mettre l’accent sur l’organisation. Cinquante ans après, il y a toujours trop d’insuffisances au niveau organisationnel du FESPACO et beaucoup de festivaliers qui nous viennent de l’extérieur ont régulièrement critiqué ces insuffisances. Pourquoi  attendre toujours à la dernière minute pour donner le programme ou les badges ? Pourquoi on n’arrive pas à avoir les films en compétition à temps ? Pourquoi les gens continuent de venir avec les films dans leur valise ?  Le MICA est devenu monotone. L’organisation aussi doit se professionnaliser quitte à ce qu’on fasse venir des gens aguerris dans le domaine.

Nous voyons d’autres festivals dans le monde, il suffit de s’en inspirer.

Propos recueillis par Patrick COULIDIATY

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