Identités culturelles décryptées par S.E. Naaba Saaga 1er, Chef d'Issouka

Identités culturelles décryptées par S.E. Naaba Saaga 1er, Chef d'Issouka

L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 au Burkina Faso a suffisamment donné des leçons à la jeunesse burkinabè et aux gouvernants. Et le mérite de ces leçons est qu’au  fil du temps, la question  des repères s’est posée avec accuité, de plus en plus pressante au regard du désordre politique créé en 2014 et de l’insécurité qui a fini par dresser son lit au pays des hommes intègres au début de 2015.

Aujourd’hui, grâce à la Révolution Populaire Progressiste sous l’impulsion du  Capitaine Ibrahim TRAORE, la jeunesse prend de plus en plus conscience qu’elle perdait ses repères. Un sentiment de nationalisme et de patriotisme renaît progressivement depuis la reprise en main du pays par le camarade capitaine Ibrahim Traoré. 



Ainsi, à travers  colloques,  festivals, théâtre,  musique,  littérature et  cinéma, un nouveau langage se dessine, celui de rechercher ses repères ou, plus précisément, ses identités culturelles.

Comment définir les identités culturelles ? Quelle était leur importance dans le passé et leur place aujourd’hui dans le contexte actuel de notre pays ? C’est autant de préoccupations que nous avons soumises à notre invité de la  rédaction, Son Excellence Naaba Saaga 1er, Chef d’Issouka  de Koudougou.

Nous parlons de plus en plus au Burkina de perte de repères ou d’identité culturelle. Comment peut-on définir l’identité culturelle ?

S.E.Naaba Saaga 1er: Alors, l’identité culturelle, c’est, à mon avis, j’allais dire, tous les éléments, tous les points, qui sont attachés à une communauté dans la société.

L’identité, effectivement, c’est ce qui permet de reconnaître un groupe ethnique dans une aire  donnée. C’est matérialisé par beaucoup de choses. La danse traditionnelle, par exemple, est une identité qui permet de reconnaître le danseur YAADGA au danseur Gourmantché. Et c’est tout cet ensemble qui fait l’identité culturelle.

À cela, il faut ajouter la langue qui nous rattache à notre communauté et nous permet de nous identifier les uns aux autres. C’est pour ça qu’on est identité. Et comme le culturel renferme beaucoup de paramètres, je peux dire que tous les peuples du monde ont leur propre identité culturelle. Le bon Dieu n’a pas voulu nous faire uniformes. Il a voulu dire “En tout cas, plus vous êtes différents, plus vous êtes riches ensemble ». Et je pense que il a été intelligent en construisant le monde avec des identités culturelles différentes. La langue et nos Us et Coutumes font la particularité de notre appartenance à un groupe ethnique donné de la société.

ArtBF : Quels sont les aspects qui fondent ou qui peuvent déterminer des identités culturelles ?

S.E.Naaba Saaga 1er  : Il y a une multitude d’aspects. Il y a langue,  le vestimentaire, la danse, la nourriture et même par les scarifications. C’est un peu comme du puzzle qui fait la beauté d’un tableau. Les scarifications d’un Gourmantché de Diapaga n’est pas le même que celui de Fada par exemple.



Au niveau des Mossi, c’est pareil. Ceux de  Koudougou ont par exemple leur particularité dans la scarification qui faisait qu’on les reconnaissait facilement. Avant qu’on invente le papier qu’on appelle aujourd’hui carte d’identité, la scarification était la carte d’identité vivante de l’individu. Et dès qu’on le voyait,  on savait déjà d’où il venait. Son vestimentaire était singulier et même les chaussures avaient  des particularités. C’est une richesse naturelle que nous sommes nés  trouver.

En plus de ce que je viens de citer, il y a les funérailles, les initiations. Quand des enfants naissaient et ne restaient pas dans une famille, on essayait entre la quatrième et la cinquième naissance de lui mettre le signe “+” sur la joue. Les gens le faisaient pour avertir que c’était le même bébé qui revenait. On lui fait le signe “+” comme pour lui dire qu’on l’a reconnu et qu’il appartient aux quatre points cardinaux de la communauté. Et très souvent,  ce bébé-là ne meurt pas.



Et quand vous êtes dans la zone de Koudougou et que vous voyez quelqu’un qui porte le signe “+” sur l’une des joues, vous savez déjà la signification exacte.

@Son Excellence Naaba Saaga 1er, Chef d’Issouka de Koudougou.

Parlant également de langue, le Mooré de Koudougou est différent de celui de Ouagadougou. La différence réside essentiellement au niveau de l’accent. Le Mooré de Koudougou est bien compris à Ouahigouya mais avec des variantes. Et c’est d’ailleurs pourquoi, les Yadcés (les habitants du Yaadéga)  n’hésitent pas à nous prendre pour des Gourounsis. De même, le Mooré de Koudougou est différent de celui de Tenkodogo et de Kaya. Mais comme je le disais tantôt, c’est au niveau de l’accent. L’avantage de la communauté Moaga et malgré toutes ces variantes, on se comprend. Ce qui est peut-être différent chez les autres communautés.

ArtBF : Quelle était l’importance de ces identités culturelles dans le passé ?

S.E.Naaba Saaga 1er  : Les gens avaient peur que leurs enfants se perdent. Ils avaient peur qu’ils se fondent dans le magma de la communauté nationale, universelle,

Quand vous prenez les Mossi résidents en  Côte d’Ivoire, ils se retrouvaient et se protégeaient facilement grâce aux  scarifications. Plusieurs fois à l’aéroport, on m’a toujours pris pour un Togolais, Ghanéen ou un Congolais parce que je n’ai aucun signe distinctif sur mon visage.

Donc, les identités culturelles permettaient de remonter jusqu’aux origines de l’individu et de conserver la race. C’était de faire en sorte que nous puissions rester dans nos communautés respectives, sans nous perdre et pouvoir pratiquer nos Us et Coutumes.

ArtBF : Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il en est ?

S.E.Naaba Saaga 1er  : Certaines identités sont perdues. Les scarifications, par exemple, ont tendance à se perdre parce qu’on s’est rendu compte qu’elles peuvent être sources de maladies (tétanos). Cependant, les langues parlées, les danses et le vestimentaire sont toujours là,

ArtBF : Quel rôle jouent-elles dans le contexte actuel ?

S.E.Naaba Saaga 1er  : Elles ont toujours leur rôle à jouer. La Semaine Nationale de la Culture en est la preuve; elle a été instituée pour valoriser les identités culturelles. Grâce à la SNC, la cantatrice traditionnelle KOAMBA Tipougoumba est reconnue aujourd’hui sur le plan national.



Je pense que dans le contexte actuel, elle doit même être réveillée, encouragée et soutenue afin que nous ne soyons pas aliénés. Aujourd’hui, ceux qui sont en brousse et qui ont pris les armes contre leur propre pays ne sont rien d’autre qu’une perte de repères. C’est parce qu’ils ont perdu leur identité culturelle qu’ils se comportent de la sorte. Dans chaque groupe culturel, il y a des valeurs qu’on ne doit pas transgresser. Et je suis sûr que la revalorisation de nos identités culturelles au niveau du Burkina Faso; que ce soit à travers la SNC ou les différents festivals,  vous vous rendez compte que les gens ont envie de revenir à la source pour retrouver leurs vraies identités culturelles. Il y a des années, parler nos langues maternelles à nos enfants était comme une honte. On se souvient encore de l’école primaire où si tu parlais le mooré à l’école, on te mettait le “SYMBOLE” au cou. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Il y a des documents en langues nationales, des émissions radiotélévisées  en langues nationales et même l’hymne national, le « Di-Taa-Niyè » est traduit et chanté dans nos langues nationales. Donc, c’est le retour à l’identité culturelle. Nos autorités en ont pris fortement conscience et nous devrions être fiers de tout ça parce que c’est la seule voie qui va nous sauver. Il faut que nous gardions , et que nous consolidions notre identité culturelle.

Je suis plein d’optimisme quant au fait que ce réveil patriotique fera en sorte que nous soyons un pays solide.

ArtBF :  Un mot pour terminer cet entretien

S.E.Naaba Saaga 1er  : Le dernier mot, c’est d’abord dire merci à vous les communicateurs qui devriez faire en sorte que vos productions journalistiques puissent contribuer à renforcer les identités culturelles. Les jeunes ne doivent  plus avoir honte de parler leur langue maternelle même s’ils sont à l’étranger, au Texas, en Guadeloupe, etc.  Il faut  donner aux enfants des prénoms de chez nous, avant les autres prénoms parce que les prénoms  de chez nous ont toujours  un sens. Et s’il y a une identité culturelle qu’on n’arrive pas à changer ou à effacer (exception faite de l’esclavage), c’est le nom de famille.



Ce qui se passe actuellement dans nos campagnes concerne beaucoup la jeunesse. Et je vais m’adresser particulièrement aux jeunes.  Je  leur lance un appel vraiment fort pour faire en sorte à mieux connaître leur identité.  Comme ça, même quand ils vont quitter le pays, dans n’importe quel coin du monde où ils sont appelés à vivre, qu’ils soient fiers de leur identité culturelle.

Si certaines identités culturelles telles la scarification sont effacées pour des raisons de génération, d’atteinte à l’intégrité  physique des personnes ou  de  complexe d’identité, S.E.Naaba Saaga 1er  confirme tout de même que derrière chaque identité culturelle  se cache  l’histoire d’une communauté.

ArtistesBF

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