Littérature : La persévérance de Pierre SARIGDA

Littérature : La persévérance de Pierre SARIGDA

Du fusil à la plume : la double marche d’un enfant de la savane

Il est des trajectoires individuelles qui transcendent la simple aventure personnelle pour devenir le miroir de toute une génération. La Persévérance (Éditions Hector-Adams, Ouagadougou, 2025, 108 pages), le récit autobiographique de Pierre Sarigda, s’inscrit précisément dans cette catégorie d’œuvres rares. À travers un témoignage empreint de gravité et de pudeur, l’auteur, aujourd’hui sous-officier de gendarmerie et juriste, retrace son itinéraire singulier : celui d’un jeune garçon de la savane burkinabè qui a su transformer les embûches de l’existence en autant de marches vers l’accomplissement intellectuel et professionnel.

L’ouvrage « La Persévérance« , préfacé par l’enseignant et critique littéraire Bassirou Sawadogo, se structure en trois grands temps forts qui épousent le rythme de cette ascension : l’enfance rurale marquée par les drames de la nature, l’âpreté du parcours scolaire, et enfin l’engagement sous le drapeau conjugué à la quête obstinée des savoirs académiques. Il a fait l’objet d’une cérémonie officielle de dédicace le 29 mai 2026 à la Maison de la Culture de Bobo-Dioulasso.



Une enfance forgée au cœur du terroir

Dès les premiers chapitres, Pierre Sarigda brosse le portrait vivant d’un village paisible rythmé par les saisons, le bruit des pilons et les voix des femmes au puits. Aller à l’école n’y est pas une évidence. L’auteur ne dissimule rien de ses premières réticences d’enfant, avant l’apparition d’une figure tutélaire déterminante : Monsieur Nakome Fulbert Boussim. Cet instituteur (pédagogue, bienveillant et rigoureux, partisan de la douceur contre les sévices corporels encore répandus à l’époque), insuffle au jeune garçon le goût de l’effort et le sens de la dignité.

Couverture du livre « La persévérance » de pierre SARIGDA

Mais la terre natale est aussi le théâtre de drames fondateurs. Les noyades tragiques de camarades dans les marigots sacrés, les traumatismes liés aux mariages forcés qui brisent les destinées de brillantes jeunes filles, ou encore la menace sourde de la délinquance rurale viennent rompre le cadre idyllique. Ces mésaventures inculquent très tôt au narrateur le sentiment d’impuissance face à la fatalité, mais forge aussi sa résilience.

La forge de l’esprit et du corps

Le passage au collège et au lycée s’apparente à une véritable course d’obstacles. Entre les blessures physiques — comme une fracture déplacée qui interrompt brusquement ses études ou une piqûre de scorpion le jour de son triomphe — et les doutes nés des moqueries de ses pairs, Sarigda fait l’expérience du déclassement et de l’échec.

Pourtant, la mémoire des maîtres inspirateurs et l’injonction morale d’un professeur d’histoire-géographie raviveront l’étincelle. C’est le refus d’abandonner qui conduit l’auteur à se présenter au concours de la Gendarmerie nationale.

Arme et savoir : l’équilibre d’une vie

La dernière partie de l’ouvrage constitue sans doute la contribution la plus originale de cette autobiographie. Loin des clichés opposant la rigueur militaire aux joutes de l’esprit, l’auteur décrit avec une authenticité déconcertante le quotidien d’un gendarme en mission de sécurisation qui, entre deux patrouilles nocturnes en zones à fort défi sécuritaire, révise ses cours de droit à la lueur tremblotante d’une lampe ou mémorise ses modules lors des marches en forêt.



Cette ténacité porte ses fruits : franchissant un à un les écueils administratifs et les contraintes du terrain, Sarigda décroche son baccalauréat en candidat libre, puis sa licence en droit des affaires à l’Université Nazi Boni. Parallèlement, son récit offre une réflexion profonde sur la cohésion sociale, soulignant la valeur pacificatrice de la « parenté à plaisanterie » et plaidant pour une solidarité agissante entre les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les populations civiles face au péril terroriste.

Un témoignage d’une brûlante actualité

Écrit dans un style direct, fluide et accessible, La Persévérance ne cherche pas l’effet de manche littéraire. La force du récit réside dans sa sincérité brute. En partageant sans fard ses doutes, ses hontes provisoires et ses victoires silencieuses, Pierre Sarigda offre à la jeunesse burkinabè et africaine une magnifique leçon de courage. Un hymne au travail et à la dignité qui mérite de figurer en bonne place dans les bibliothèques et les établissements d’enseignement.

 Koba Boubacar DAO

Écrivain – Critique littéraire

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