Pathé OUEDRAOGO, Styliste

Pathé OUEDRAOGO, Styliste

Je suis PATHE OUEDRAOGO, styliste. Pour le besoin de la marque, j’ai gardé PATHE’O. Pathé, c’est un nom fulfulde . Pourquoi un nom fulfulde alors que je suis moi-même Moaga ? L’histoire est toute simple. Feu ma mère (paix à son âme ) avait une de ses amies qui n’enfantait pas. Très tôt, je fus confié à cette femme et qui m’a donné le nom “PATHE”.

Artistef (Art) : Décrivez nous vos débuts dans ce métier de styliste
PATHE’O : Comme dans tout métier, chacun y vient soit par vocation, soit parce qu’ils n’ont rien de mieux. Pour ce qui me concerne, je suis venu au métier parce que je n’avais pas d’autres choix. J’ai quitté mon village natal “KIBARE” situé à 87 km de Ouagadougou pour me rendre en Côte d’Ivoire. J’étais entre 14 -15 ans environ. C’était en 1969. J’ai immigré en Côte d’Ivoire comme bien d’autres voltaïques à l’époque. En arrivant à Abidjan, il fallait faire quelque chose pour survivre d’autant plus que je n’avais pas de parents là-bas. Quel type de travail faire pour gagner à manger ? Ce que j’ai toute de suite trouvé, c’était de faire “l’apprenti – tailleur”, un métier longtemps considéré comme étant un travail réservé aux “bon à rien” et aux “ratés” de la société (ceux qui n’ont pas réussi à l’école). J’ai donc choisi de faire l’apprenti tailleur et j’ai compris qu’il fallait persévérer pour réussir. Tous les soirs, on alignait les tables des machines les unes après les autres pour en faire une couchette. On dit souvent que la souffrance est une chance; plus on endure, plus on se perfectionne. En réalité, quand on commence une carrière, on ne s’est toujours pas où on va. C’est au fur et à mesure qu’on avance et qu’on acquiert de la connaissance, que les choses se précisent et dessinent à l’esprit.. Et quand on sait travailler, il faut pouvoir maintenant mettre en valeur son talent. C’est différent de la musique où l’artiste arrive à montrer ce talent à travers les médias (télé, radio et presse écrite). Dans le métier de la mode, c’est tout autre chose parce que lorsque vous vous installez, vous êtes vous-même votre propre Patron. C’est vrai que vous avez le “savoir –faire’, mais il vous reste encore le “faire-savoir “. Comment démonter aux gens que vous savez travailler ? là est la question ! J’allais dire que c’est le début même d’un autre combat. Pour ma part, je crois qu’il faille faire un choix : soit vous installer à votre propre compte, soit vous faire embaucher par quelqu’un pour exercer votre talent. Dans mon cas, il m’a fallu 15 ans dont 9 ans d’apprentissage et 6 ans d’adaptation. C’est dans ma sixième année précisément que les gens, de bouche à oreille ont commencé à dire : ” Ah tiens.. ! Le petit travaille bien…”. Le métier de styliste demande du courage et de la patience surtout quand on n’a pas d’autres choix que d’avancer. Mais il y a des gens qui ont le choix. Quand ça ne va pas et que c’est trop dur, ils laissent pour faire autre chose. Moi je n’avais pas de choix car ayant laissé une famille au village, des frères et des sœurs, je ne pouvais que se faire un cœur pour réussir.

Venons – en maintenant à la griffe PATHE’O. Comme j’étais déjà connu en Côte d’Ivoire comme un peu partout en Afrique de l’Ouest, il fallait trouver maintenant une griffe, une marque de couture. C’est ainsi qu’avec un oncle, nous avons essayé tour à tour sans satisfaction “INTER MODE”, “O PATHE”, “PATHE”, PATHE OUEDRAOGO. Finalement, nous avons opté pour “PATHE ‘O” en lieu et place de “PATHE OUEDRAOGO ” qui nous semblait trop long. Voilà un peu mon histoire…

Art : Le 17 soir vous êtes venu soutenir le KUNDE, Quelle est votre appréciation de manière générale sur cette 10 ème édition du KUNDE ?

PATHE’O : D’une manière générale, je pense que les prix sont revenus au plus méritant. C’est vrai qu’en une seule nuit, on ne peut pas récompenser tout le mérite d’un artiste; mais je crois qu’à travers le KUNDE, JAH PRESS crée un cadre de stimulation qui oblige les artistes musiciens à travailler d’avantage leurs talents. L’artiste musicien qui reçoit un trophée lors d’un KUNDE est déjà réconforté parce que c’est une manière de lui reconnaître un mérite pour son travail bien fait. C’est vraiment très encourageant et à féliciter.

Art : Cela fait des années que vous êtes maintenant installé à votre compte. Quelles sont les matières premières que vous utilisées ?
PATHE’O : Je peux dire que c’est à base de matières locales. Je peux prendre par exemple du voile blanc et je le fais teindre pour obtenir des couleurs personnalisées. Il y a des femmes que j’ai regroupées pour faire mes tissages et mes batiks dans toutes les matières et les couleurs de leur goût. C’est à partir de cette étape, que je crée mes modèles.

Art : Quelles sont les coupes que vous faites ?
PATHE’O : Je suis mixte. J’habille les Chefs d’Etat; Nelson Mandela par exemple, Mme Compaoré apprécie ce qu’on fait et s’habille chez nous. C’est connu. Ce n’est pas finalement l’objectif mais ce sont de grandes personnalités qui sont très médiatisées et c’est en cela que la griffe Pathé’O trouve bien son compte; c’est une bonne publicité pour nous.

Art : Des clients de taille comme Nelson Mandela, Madame Chantal COMPAORE, est-ce toujours facile de leur trouver des modèles qui conviennent. Vos propositions sont-elles toujours acceptés ?

PATHE’O : C’est notre métier ! Vous savez, le vêtement est le meilleur messager. Quand on est créateur, le choix n’est pas difficile. D’ailleurs, pour cette catégorie de clientèle, c’est nous qui faisons la proposition et non l’inverse. Seulement, quand on des clients d’un certain gabarit, il y a une erreur à ne pas commettre. C’est d’éviter de créer les mêmes modèles communs à plusieurs personnes ou pour les mêmes personnes.

Art : Il y a un engouement pour la production locale surtout pour la franche jeune qui a un goût bien prononcé pour vos modèles. Seulement, les prix ne sont toujours pas accessibles à toutes les bourses.

PATHE’O : Non ce n’est pas raisonnable ! Ce n’est pas juste dans la mesure où les mêmes personnes s’achètent des jeans de 60 000 frs CFA ( Euros), des paires de crêpes de 40 – 50 000 frs la paire, des tee shirts et des ceintures dont les prix avoisinent les 15 000 à 30 000 frs CFA. Chez Pathé’O, nos prix sont moins que ça. Je crois que c’est une question d’information et de choix. Une chemise importée d’Asie par exemple vous couterait entre 3 500 et 4 000 frs. Par contre, un beau tissu couterait au marché local entre 3 000 le mètre. Ce qui veut dire que pour une chemise manche longue, vous aurez le tissu à 6000 frs sans le prix de la couture. Si vous comptabiliser les frais d’électricité, la main d’œuvre, les impôts, la location, les boutons et les autres fils à utiliser, c’est une chemise que vous finirez entre 13 000 à 15 000 frs. CFA. Finalement, combien allez-vous revendre pour espérer une petite marge bénéficiaire. Pire, si la chemise séjourne deux semaines dans votre atelier, elle vous coûtera encore plus chère du fait de l’entretien. Vous voyez que c’est un ensemble de choses qui rentre en considération.

Art : Bien que les efforts des stylistes pour encourager le port des produits locaux, nous avons toujours tendance à nous tourner vers l’occident. Comment faire pour inciter le public à consommer la production locale ?
PATHE’O : Bon ! C’est quelque chose qu’on ne peut pas décréter et comme on ne peut pas décréter le port des tenues locales, il importe que nous-mêmes créateurs, fassions un effort pour proposer des produits acceptables, de qualité de sorte à attirer le public. Aujourd’hui, nous sommes dans un marché ouvert à toutes les propositions et dans un tel contexte, il nous appartient de créer et de proposer. N’allons pas loin pour incriminer qui que se soit. La faute n’est pas ailleurs, mais elle vient de nous même dans la mesure où nous n’avons rien proposé et qui fut rejeté. Quand on dit que les autorités doivent donner l’exemple pour encourager la production locale, ce n’est pas vrai ; qu’avons-nous proposé de bon et de qualitatif à l’autorité.
Artistebf, décembre 2010