C’est en 1989 qu’il a véritablement révélé ses talents d’artiste grâce au prix “DECOUVERTE 89” et celui de la Semaine Nationale de la Culture (SNC). Ces deux distinctions ont porté un coup d’accélérateur à la carrière de l’artiste. Avec ses distinctions, Victor DEME, puisque c’est de lui qu’il s’agit, devint comme l’étoile montante du moment et suscite déjà de l’espoir aux yeux des professionnels de la musique. Enfin, en 2009, notre invité est justement repéré par un certain Camille, un producteur français. Avec lui, c’est une page glorieuse qui s’ouvre désormais pour Victor DEME.
Artiste peu connu dans son pays certes, DEME jouit pourtant d’une grande popularité en Europe où ces albums sont vendus comme de petits pains.
Le 5 avril 2014, DEME, celui qu’on surnomme aujourd’hui le “Grooner” de la musique Mandingue, était à l’Institut Français de Ouagadougou pour présenter son 3e opus.
Dans l’histoire de DEME, une seule question nous a préoccupés. Comment cet artiste, a pu construire une si belle et brillante carrière en Europe ? C’est ce qui est à la fois pour nous, marquant et intéressant. Puisse son exemple nous inspirer et inspirer beaucoup de jeunes talents. En attendant, voici pour vous le portrait de l’artiste.
Je m’appelle Victor DEME, burkinabé de mère et de père. Je peux dire que je suis né dans la musique parce que ma grand-mère maternelle chantait à Bobo. Mon père voulait que je travaille dans son atelier de couture. Malheureusement, le destin a fait de moi un musicien. Je me cachais donc pour sortir par la petite porte pour aller chanter avec des copains du quartier. En Côte d’Ivoire où mes parents s’étaient installés des années après, j’airencontré un groupe de musiciens guinéens le “SUPER-MANDE” dans lequel j’ai commencé à faire mes petits pas.
En 1980, j’ai eu l’occasion de jouer avec “L’ECHO DE L’AFRICA” avant de faire mon entrée dans l’orchestre “SUPREME COMBEMBA ” au Burkina. C’est à partir de là que j’ai commencé à réaliser mes propres compositions. C’est ainsi qu’en 1989, j’ai décroché le premier prix “DECOUVERTE 89” suivi de celui de la semaine Nationale de la Culture (SNC). Enfin, en2009, j’ai fait la connaissance de Camille avec qui j’entretiens jusqu’à cette date de bonnes relations.
Artistebf (ART.) : Finalement où résidez-vous?
Je réside au Burkina. Je fais seulement des va-et-vient en France pour juste honorer mon contrat; mais je ne m’éternise pas là-bas.
ART. : Combien d’albums avez-vous enregistrés à cette date
Victor DEME (V.D.) :Je prépare mon 3e album qui fait 14 titres. Bientôt, il sera bouclé.
Art. : Vos albums sont toujours produits à l’extérieur alors qu’au Burkina, nous disposons également des grandes maisons de production ; pourquoi n’allez –vous pas vers ces maisons ?
V.D. : C’est vrai, c’est mon souhait. En travaillant avec une maison de la place, j’avais effectivement toutes les chances d’être bien connu de mon pays. J’en suis vraiment conscient et j’avoue que j’ai très honte.
Art. : Comment êtes-vous arrivé à vous imposer à l’extérieur?
V.D. : Comme je vous le disais, j’ai rencontré Camille et c’est lui qui m’a amené en France.La promotion de mon premier album s’est faite en France et non au Burkina; c’est la raison pour laquelle je suis plus connu en Europe qu’au Burkina.
Art. : Quelle est donc la stratégie pour vous faire connaître par le public burkinabé ?
V.D. : Je suis en train de réfléchir à ça; je suis conscient qu’il faut forcément créer une occasion parce que ce n’est pas assez gai d’avoir la renommée à l’extérieur pendant que personne ne te connaît chez toi.
Art. : Quel est l’album qui vous a révélé au public français puisque c’est là-bas qu’on vous connaît le mieux ?
V.D. : C’est “DJONMAYA”. Il parle de respect mutuel; il faut respecter son prochain peu importe son rang ou sa position.On connait aujourd’hui, mais on ne sait toujours pas de quoi sera fait demain.
Art. : Qu’est ce qui plait au public dans vos chansons?
V.D. : La plupart des gens aiment mes chansons à cause des messages que je transmets, mes conseils, la moralité. Je ne suis pas comme d’autres qui ne font que parler d’amour dans leur chanson.
Art. : Combien d’exemplaires avez-vous vendus?
V.D. : L’album “DJON MAYA” a été vendu à hauteur de 3000 exemplaires environ en 2009. Je ne sais plus trop le nombre exact. Ce n’est pas moi qui m’occupe de la promo de mon album; cette tache revient à ma maison de production.
Art. : Dans votre 3e album vous parlez de retraite; que voulez-vous insinuer ?
V.D. : Avec les ventes de mon premier album, je me suis acheté un terrain à Bobo sur lequel j’ai commencé à bâtir ma maison. D’autres m’ont même suggéré de payer une voiture. Que vais-je faire d’une voiture ? J’ai déjà deux femmes et m’acheter une voiture est comme une 3e femme que je marie.
Art. : A votre avis, comment un artiste peut-il préparer sa retraite?
V.D. : Il y a plusieurs façons de préparer sa retraite. On peut avoir un champ
Art. : Avoir un champ ? Mais comment un artiste qui n’a passé sa vie qu’à chanter peut songer à cultiver ?
V.D. : Attention ! il y a des artistes qui croient qu’investir dans une buvette est rentable. C’est possible mais je ne crois pas trop à ce genre de projet. Investir dans les taxis, n’est pas aussi la solution parce qu’il faut être un bon gestionnaire. Pour moi, ce sont tous des projets à risque. Il faut à mon avis investir dans un projet qui ne trahit pas et le seul que je vois pour l’instant, c’est l’immobilier. Seule la terre ne trahit pas. Pour une bonne retraite, je crois que c’est ce qu’il faut.
Art. : Avec tous ces albums qui se vendent comme des mies de pains à l’extérieur, on peut dire que vous êtes un homme riche?
V.D. : (Rires) Non, je ne le suis pas; mais je gagne bien ma vie et j’arrive à subvenir aux besoins de ma famille. Je paie mon courant, mon eau et je m’occupe bien de deux femmes et de mes filles.
Art. : Mais par contre vous avez la renommée ?
Oui !
Art. : Vous ne craignez pas que votre renommée ne vous donne l’idée d’épouser une 3e femme ?
(Rires) Non pas du tout !
Art. : Quel sont vos conseils afin que les jeunes talents puissent se faire connaître à l’extérieur ?
V.D. : C’est par le travail et par le courage; il faut apprendre à tirer avant d’aller au combat. Lorsqu’on dit aux jeunes de venir répéter ils ne veulent pas; ils préfèrent aller jouer dans les maquis et dans les mariages pour 2000frs. Or quand tu fais partie d’un groupe musical avec lequel tu répètes, c’est déjà un investissement. Tous les artistes de renom comme Manu DIBANGO ont répété pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui .La répétition est indispensable pour la réussite d’un artiste.
Art. : La musique burkinabé souffre-t-elle?
V.D. : La musique burkinabé souffre énormément du fait du comportement des artistes eux-mêmes.On n’a pas besoin d’aller à l’international pour gagner sa vie. Si la sauce est bien faite, on la consommera même à partir du Burkina. Donc, il faut travailler, accepter de répéter et respecter les heures de répétition et se respecter entre musiciens.
J’ai précisément vécu un cas difficile à Bobo où j’avais réuni du matériel destiné à la répétition. Malheureusement, ça n’a pas marché. Il arrivait que pour des futilités (problème de femmes ou d’argent) les musiciens ne se parlaient pas; pas de bonjour, pas de ceci ou cela au guitariste ou au basiste. Alors avec un tel climat, comment peut-on réussir ? Quand on décide de vivre en groupe, on devient comme une famille et arrive le moment de se dire les 4 vérités, il faut le faire sans détour; direct les yeux dans les yeux. Quand les membres d’un groupe sont soudés, ils se comprennent; même du simple regard, on peut changer de répertoire sans avoir à ouvrir la bouche.
Art. : Quels sont vos projets?
V.D. : Pour le moment, j’ai amené du matériel dans le but de former des gens pour ceux qui désirent faire de la musique. Ce serait mon geste pour la musique burkinabé. Par mesure de précaution et dans un souci de conservation, j’ai remis le matériel à la chorale.La première fois, je formais les jeunes gratuitement avec toutes les dépenses à ma charge.La seule contrepartie que je demandais aux jeunes, était qu’ils viennent répéter; mais ça n’a pas été possible.
Artistebf, Mai 2014









