Coutumes et traditions : Quelques pratiques disparues ou presque ...

Coutumes et traditions : Quelques pratiques disparues ou presque ...

L’Afrique est riche d’une  diversité de pratiques traditionnelles mais aussi de sa multitude de langues et de modes de vie. Le Burkina Faso en tant qu’entité située au cœur de l’Afrique de l’Ouest  reflète cette richesse de coutumes et de traditions qui varient d’une région à l’autre et même d’une communauté à une autre.

Si certaines pratiques traditionnelles sont jugées rétrogrades, dévalorisantes et humiliantes comme l’excision, d’autres cependant sont encore répertoriées comme des symboliques dignes d’intérêt.



Au titre de ces pratiques, figurent entre autres la Génuflexion pendant les salutations et au moment d’offrir les repas au chef de famille, le goûter, le partage de la noix de Cola lors des cérémonies ou entre amis …

Ce reportage réalisé en mai 2026 en marge de la journée des coutumes et des traditions célébrée au Burkina Faso le 15 mai de chaque année explore ces pratiques en voie de disparition. Interpelés sur le sujet,  Fatimata OUOBA et Raphaël THIOMBIANO respectivement originaires de la Tapoa et du Gulmou ont accepté de nous dévoiler le secret enfoui dans chaque geste, sa valeur intrinsèque et son sens profond pour la cohésion familiale et sociétale.



Pour Fatimata Eliane OUOBA,  c’est tout simplement triste de constater  que certains pans de l’éducation des enfants sont en voie de disparition.

Nous  n’arrivons plus à inculquer dans l’esprit des enfants le respect  envers les personnes âgées et même envers un étranger. Dans les traditions anciennes, l’enfant appartenait à toute la communauté et tous les membres de celle-ci  pouvaient le corriger en cas de dérapage, d’impolitesse ou d’indicipline avérée. Aujourd’hui, cet aspect des choses est révolu. Chez les Gourmantchés, il n’est pas rare d’entendre des jeunes appeler une personne âgée par son prénom ou par son nom de famille”, constate-t-elle  avec regret.

Fatimata Eliane OUOBA : « Nous sommes tous responsables de ce qui arrive …”

“Oui ! Aujourd’hui, si vous appellez même un enfant, il vient, s’arrête, vous  regarde droit dans les yeux et vous questionne : “Tu as dit quoi ?”, confirme Raphaël THIOMBIANO.  Et notre invité va plus loin sur cette question de respect en abordant un autre pan important des valeurs africaines : La Génuflexion.



La Génuflexion, un signe de profond respect et d’humilité.

Pour Raphaël THIOMBIANO, la Génuflexion est un signe d’humilité, de respect profond à l’endroit de l’aîné ou à l’endroit d’une personne.

“Quand vous rencontrez un vieux ou une vieille, un plus âgé,  vous lui devez du respect, vous devez le saluer avec Génuflexion, c’est-à-dire, vous vous abaissez pour le saluer. Ce geste montre une certaine humilité, un respect profond à l’endroit de l’aîné.

Il en est de même quand  vous offrez de l’eau dans une calebasse à un aîné ou à un étranger. En plus de la Génuflexion, la femme doit goûter avant de donner l’eau. C’est pareil aussi pour la nourriture. La femme goûte toujours le repas avant de le proposer à son mari. C’est un acte de confiance.”, poursuit-il.

Après le respect de l’aîné ou de l’étranger, nous abordons la sacralisation du Tô qui, selon nos deux invités est également empreint de respect. Autour donc du plat de Tô, il existait une discipline particulière qu’on observait aussi bien dans la préparation de celui-ci que pendant la restauration.



La sacralisation du Tô, (le repas “ROI”)

Dans les coutumes et traditions en pays Gourmantché, il y a une discipline à observer quand on prépare le tôt. C’est du moins ce que nous rapportent nos invités.

Plat de Tô chaud

Ainsi, “Il était formellement interdit à la femme de bavarder pendant la préparation du tô. On ne parle pas quand on est  en train de tourner la pâte car selon les ancêtres, la nourriture ou si vous voulez le repas (Tô), est “Roi”. Une fois le tô apprêté, c’est le plat du Chef de famille qui est servi en premier. La femme le lui apporte avec toute la discipline  et le respect dû au repas. Et c’est encore avec Génuflexion que la femme dépose le repas devant le chef de famille et  l’aide à laver ses mains. Avant de se relever de sa Génuflexion, elle prélève et goûte une petite quantité du repas”.

« Tout ce protocole  est une marque de confiance, un signe de sincérité et de respect envers le mari.”, confirme Raphaël THIOMBIANO.

Cependant, il n’y a pas que les femmes qui doivent observer respect et discipline autour du Tô, le repas « ROI ». Les jeunes (filles et garçons) sont aussi éduqués à cultiver cette discipline.



La discipline autour du Tô, le repas ‘ROI”

“En principe, quand tu manges tu ne bavardes pas. A ce propos d’ailleurs, il y a nos grands-parents qui disaient “Quelle est la bouche qui mange et qui parle-là ?”, se rappelle Raphaël THIOMBIANO.

Raphaël THIOMBIANO.: “Quand vous rencontrez un vieux ou une vieille, un plus âgé,  vous lui devez du respect, vous devez le saluer avec genou-flexion »

Assis autour d’un grand plat, les garçons mangent dans un silence olympien. Et à propos justement du comportement des jeunes pendant le repas, voici ce que dit Madame Fatimata Eliane OUÔBA.

“Etant donné qu’au village les familles étaient  pour la plupart polygames, les enfants mangeaient groupés. Ils sont réunis autour du repas. Les écuelles du tô et de la sauce sont fermement tenues du pouce par les deux plus jeunes garçons afin de garder stables les écuelles durant la restauration. Pas de bruit ! Chanter, siffler, pendant qu’on mange sont  interdits parce que la nourriture est “Roi”.



Fatimata Eliane OUÔBA et Raphaël THIOMBIANO entre regret et nostalgie. 

A la lumière de ces révélations, faut-il regretter la disparition de ces pratiques traditionnelles ?.

“Oui ! Mais nous sommes tous responsables de ce qui arrive”, s’insurge Fatimata Eliane OUOBA.

“On remarque aussi que les jeunes ne s’approchent pas assez des aînés pour apprendre  bien que ces derniers soient prêts à partager leur savoir. J’ai toujours dit aux enfants, de profiter pendant que nous sommes là”, a-t-elle averti.

Même son de cloche du côté de Raphael THIOMBIANO qui souhaite d’ailleurs que les jeunes revoient leur copie et leur façon d’analyser les choses.

“Il faut que la jeunesse s’approprie notre culture. Celui qui n’a pas de passé, n’a pas de  présent ni d’avenir. Pour bâtir le présent, il faut que tu t’appuies sur ton passé et si tu arrives à construire le présent, tu projettes l’avenir. Donc, voilà schématiquement ce que je voulais dire en conclusion. J’ai foi en la jeunesse et je pense qu’elle va me comprendre”, conclu Raphael THIOMBIANO.



Nous retenons que le seul élément  qui semble résister au temps, c’est la noix de cola. Lorsqu’il s’agit de l’offrir à autrui, elle convoque à la fois le goûter et souvent même la Génuflexion. Ces reflexes jusque-là sont encore d’actualité.

Mais qu’à cela ne tienne, sans incriminer ni la vieille ou la jeune génération, chacune des parties doit s’assumer et pouvoir jouer pleinement sa partition, car les coutumes et les traditions ont évolué avec le temps. Certaines traditions par contre  résistent fortement, tandis que d’autres s’adaptent aux influences modernes.

En tous les cas, elles constituent un patrimoine précieux qu’il convient de connaître, de respecter et de préserver.

ArtistesBF

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