Les Contes de mon père : Une œuvre du père et du fils

Les Contes de mon père : Une œuvre du père et du fils

Sous le titre générique Les Contes de mon père, Michel Dabadia Combary (le père) et de William Aristide Nassidia Combary (le fils), nous donnent à lire un recueil de sept (7) contes, paru aux Éditions Céprodif, à Ouagadougou, en 2018. L’œuvre compte 98 pages.  

 Le premier conte (pages 9-13) s’intitule « Doit-on avoir confiance en une femme ? »  Le deuxième (pages 14-50) a pour titre « Ce que femme veut, Dieu veut. »   Le titre du troisième conte (pages 51-58) est « Maama kan koalinni ou l’incollable » Quant au quatrième (pages 59-70), c’est « Baa bua utienu n bua ou comment naquit l’inimitié. » « Une vraie amitié » (pages 71-78) est le titre du cinquième conte.



Le sixième conte (pages 79-86) s’intitule « Le défi du diable » Et enfin, le septième (pages 87-98), c’est le conte « Mi buamoanma n kili naani ou l’origine du vrai amour. »

Koba Boubacar DAO : Écrivain, critique d’art et critique littéraire

D’abord, « Doit-on avoir confiance en une femme ? »  Alors que sévit une grande famine, un homme afin de faire face à cette calamité, s’adonne au vol d’animaux pour se nourrir lui et sa femme. À la fin de cette période pénible, une dispute éclate au sein du couple. Cela pousse la femme à dénoncer publiquement son mari…

La première de couverture de l’œuvre.

Ensuite, « Ce que femme veut, Dieu veut. »  C’est une jeune fille à la beauté féérique qui attire la curiosité de tous et séduit le roi qui l’épouse, en attendant sa maturité. Elle doit élever un cheval dont le foie sera servi au repas des noces. Le moment est venu, mais le roi devenu si attaché à l’animal ne s’imagine plus de le voir mourir. Or sans le foie de ce cheval, point de nuit de noces. Un imposteur entreprend des manigances, usant de ruse et de pouvoirs magiques, et abuse de la jeune femme…

Puis, dans « Maama kan koalinni ou l’incollable », une des multiples épouses d’un chef de village féodal et tyrannique met au monde un enfant qu’elle prénomme l’Incollable ; au grand dam du père, qui trouve ce prénom trop orgueilleux et trop prétentieux. Il décide alors de punir sa femme. Mais, celle-ci sort victorieuse des tribulations qu’il veut lui faire subir. Son triomphe, elle le doit au fils en question.

Quant à « Baa bua utienu n bua ou comment naquit l’inimitié », c’est l’histoire de Unbuanni qui a perdu son père. Sa mère a regagné sa famille d’origine. L’orphelin vit sous la tutelle de son oncle, le frère ainé de son père, qui le persécute. Mais le neveu, avec l’aide de ses amis, surmonte les épreuves jusqu’à bénéficier d’une immense fortune à la grande surprise de l’oncle Bilalenla.

Dans « Une vraie amitié », Taanba et Sugilinpo, deux bons amis, depuis l’enfance, passent ensemble au camp des circoncis. Taanba décide ensuite de se marier et Sugilinpo l’accompagne au village de la jeune fille. Chemin faisant, les deux amis passent la nuit sous un tamarinier. Pendant que le futur marié est endormi, Sugilinpo assiste à la conversation entre deux arbres. Celui qui de Taanba ou de Sugilinpo sera le premier à se réveiller le lendemain matin sera frappé de cécité. Resté éveillé jusqu’au matin, c’est donc Sugilinpo qui devient aveugle. Au retour du mariage, les deux compagnons et la nouvelle mariée font une pause au pied du même arbre. Cette fois, c’est Taanba qui est témoin du dialogue entre tamariniers. Il apprend que seul le sang du futur enfant des nouveaux mariés pourrait permettre à Sugilinpo de recouvrer la vue…



« Le défi du diable » est l’histoire d’un intrépide chasseur, dont la femme porte une grossesse arrivée à son terme. Il perd ses repères en brousse au cours d’une chasse infructueuse. Il se trouve confronté à un diable qui décide de venir le défier chez lui, à domicile. C’est à son retour que sa femme met au monde l’enfant, non sans peines. Cet enfant qui, dès le lendemain, affrontera tout seul le défi du diable qu’il vaincra, grâce à son éloquence.

Enfin, « Mi buamoanma n kili naani ou l’origine du vrai amour. » Le chef d’une contrée où il fait bon vivre est préoccupé par la naissance d’un héritier qu’aucune de ses trente épouses ne lui a pas encore permis d’avoir. Un éminent marabout de passage, enchanté par l’accueil et sensible à son désir d’enfant, lui prédit que Dieu le comblera dans une année. Mais, ce fils ne devrait pas connaitre de femme avant ses dix-huit ans. La prophétie se réalise. Mais, malgré les dispositions prises par le père, le fils tombe amoureux avant l’échéance. Ce qui doit arriver arrive. Le retour du marabout permet de savoir ce qu’il convient de faire pour ramener le jeune homme à la vie. Pendant que son corps brûle dans un grand feu de bois allumé, il est question d’y entrer et de le ressortir alors vivant. Mais, ni le père, ni la mère n’ont assez de courage pour affronter le brasier…

Une brève étude des personnages

Dans ces contes, la femme apparait tantôt comme l’incarnation du mal (celle qui est indigne de confiance) ; celle qui est dotée d’une beauté angélique, mais dont on abuse et qui se venge en démontrant son intelligence et sa bravoure ; la mère, l’épouse soumise à la polygamie ; celle qui accepte le sacrifice suprême de son enfant, au nom de l’amitié et de la reconnaissance ; la jeune fille amoureuse qui brave les flammes incandescentes pour en ressortir vivante avec le jeune homme qu’elle aime, le ramenant ainsi à la vie.

L’enfant lui, c’est l’objet du désir des parents, qu’on accueille comme un trésor. Mais, c’est aussi l’orphelin qu’on maltraite. C’est surtout ces enfants prodiges qui défient leurs méchants pères ou les génies qui se croient puissants.

Les arbres aussi sont des personnages : ces tamariniers qui parlent, qui prédisent l’avenir et qui savent comment conjurer les sorts.



Les illustrations, la 1re de couverture et le titre de l’œuvre

Chacun des contes contenus dans l’œuvre est illustrée par un dessin en noir et blanc. La 1re de couverture est inspirée de l’illustration du conte 6, mais en couleur. Un génie à la tête de masque, une tête munie d’une lame ou d’une antenne, et doté d’une queue. Il est tout rouge. Devant lui, se tient un tout petit enfant. Il est tout noir et porte un caleçon blanc. Sur la même image, apparaissent la calebasse et le mortier dans lequel l’on aperçoit le pilon. Du haut vers le bas, nous avons comme couleurs, d’abord le rouge qu’on pourrait lier aux divinités détentrices du pouvoir, à l’héroïsme mythique, à la loi du plus fort, ou au feu, à la passion, à l’amour. Mais aussi, à la force et à la virilité.  Ensuite, le jaune qui occupe une grande proportion de la page et enfin l’orange…  Que dire du titre de l’œuvre ? Une lecture de l’avant-propos (page 7) nous permet de mieux la comprendre. Il s’agit bien des contes transmis à William par son père Michel. Lequel père les a reçus de son propre père, le grand père de William. Une chaine de transmission orale qui passe aujourd’hui de l’oralité à l’écriture, grâce à cette publication.  Les Contes de mon père… Des contes dotés de l’intemporalité et de l’universalité requises ; qui s’adressent à tous les âges. Des contes merveilleux, se déroulant dans des univers où l’invraisemblable est accepté, où le surnaturel s’ajoute au monde réel, sans lui porter atteinte et sans être questionné.

Une œuvre bien écrite, agréable à lire

En conclusion, Les Contes de mon père est une belle œuvre. Tant par la qualité de l’écriture des textes (le choix des mots et l’élégance des structures syntaxiques), des thématiques traités que par celle des illustrations et de l’édition qui a su assurer une belle mise en page, un choix judicieux des polices, une bonne qualité du papier et de l’impression, le format adapté. Une œuvre bien écrite et donc agréable à lire.



Quoi de plus normal ? Elle est bien celle de Michel Dabadia Combary (Enseignant à la retraite) et de son fils William Aristide Nassidia Combary (Colonel de Gendarmerie), déjà auteurs d’œuvres comme Les Sept douleurs (nouvelles, 2007), Hymne à l’amour (poésie, sous le pseudonyme d’Henri Michel Nassaris, 2008), À la croisée des chemins (roman, 2009), Sueurs froides (nouvelles, 2012), Le Mariage militaire (essai, 2014) et Le Verdict du sable (nouvelles, 2015), Le Poulet du destin (2021), Ce que les hommes doivent aux femmes (2021), Le Crime des traditions (2023), Une Balle dans le moral (2023) …

Koba Boubacar DAO

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