Fespaco 2025 : Michel K. ZONGO, Réalisateur/Producteur

Fespaco 2025 : Michel K. ZONGO, Réalisateur/Producteur

Michel K. ZONGO, producteur et réalisateur burkinabè continue de créer des émules dans le milieu cinématographique burkinabè. Réconforté par sa mention spéciale au FESPACO 2011 pour son œuvre “SIBI l’Âme du violon”, Kiswendsida Zongo revient à cette 29è édition du FESPACO avec sous les aisselles son film “l’homme qui plante les baobabs”.  Dans cet entretien, Kiswendsida ZONGO nous fait découvrir non seulement l’amour d’un octogénaire pour la nature mais aussi les bienfaits d’une espèce végétale en voie de disparition qu’est le baobab.  

Michel K. ZONGO (MKZ) : Je suis Michel K. ZONGO, je suis producteur/ réalisateur et gérant de la société DIAM production.



Atistes.bf (ARTBF) : La maison « DIAM PRODUCTION » existe depuis combien d’années ?

MKZ : Elle a été créée en 2009

ArtBF : Pouvons nous avoir un bref parcours professionnel ?

MKZ :  J’ai commencé le cinéma en 1999 par une formation à la direction nationale du cinéma (DCN), suite à la relance du programme de formation du cinéma. J’ai été formé comme cameraman. Après, j’ai travaillé sur beaucoup de films avant d’aller en France où je me suis formé comme chef opérateur.  Plus tard, j’ai senti le besoin de réaliser des films plutôt que d’être toujours derrière la camera.  Je voulais aussi raconter mes histoires à travers justement la camera et là, je suis reparti en France me former en réalisation/ production. Depuis donc quelques années, je suis beaucoup plus dans la réalisation et dans la production. Bien entendu, nous  produisons à DIAM PRODUCTION nos propres films, mais nous coproduisons également.

ArtBF :  Alors jusque là, combien de films avez vous produits ?

MKZ :  On peut parler d’une cinquantaine de films, (coproductions et réalisations locales comprises). Pour ce qui est de mon actif, J’ai une filmographie qui tourne autour de 10 films (courts et longs métrages confondus).

ArtBF : Lequel de vos films vous a révélé au public ?

MKZ :  Je pense que c’est mon premier court métrage “SIBI l’Âme du violon”, présenté au FESPACO 2011. Avec ce film, nous avons décroché la mention spéciale du jury. Ça été une révélation parce que même moi, à quelque part ça m’avait surpris. Donc pour être honnête, c’est le FESPACO à travers cette mention spéciale du jury qui m’a révélé au public. C’est cela qui m’a donné confiance, qui m’a aussi mis sur la scène nationale et internationale. Je le dis parce qu’après la mention spéciale du jury, le film a beaucoup voyagé. C’est ainsi que j’étais maintenant bien connu  sur le plan national comme étant un réalisateur. Et je me suis dit qu’il faut continuer à réaliser des films.  A cette 29 ème édition, je suis encore de retour.



ArtBF : Au moment où les guichets sont se ferment, où trouvez vous encore les énergies pour être dans le cinéma ?

MKZ :  C’est compliqué mais on s’adapte. L’artiste c’est aussi de la passion. C’est vrai que le cinéma c’est de l’art, c’est de la technique mais ce sont aussi les moyens. Quel qu’en soit la passion et tant qu’on n’a pas un minimum, c’est difficile de faire des films. On peut dire pour l’instant que nous nous contentons du minimum et du maximum de la créativité et d’adaptation. Mais vous savez, c’est l’espoir qui fait vivre l’artiste. Nous essayons de nous adapter pour maintenir la flamme parce que le Burkina est un pays de cinéma.

El Adj Salifou OUEDRAOGO, l’homme qui plante les baobabs depuis 50 ans

ArtBF : Parlez-nous nous à présent de votre film qui a été sélectionné au FESPACO.

MKZ :  Le film a pour titre “l’homme qui plante les baobabs”. C’est un long métrage documentaire qui traite de la thématique de l’environnement. Mais le film rend hommage à un de nos papa. Il s’ agit de El Adj Salifou Ouédraogo qui vit à Solenzo et qui a passé 52 ans de sa vie à planter des baobabs. Il a 82 ans aujourd’hui.  Donc c’était une manière pour moi de le célébrer, de le magnifier et aussi, de comprendre d’où vient son énergie. Comme vous le savez, les baobabs sont des espèces qui sont difficiles à faire pousser. Beaucoup de préjugés sont portés à tort ou à raison sur ces espèces végétales dans les cultures africaines. On rapporte même que si tu plantes un baobab, tu ne vis pas longtemps, Or, il y a 50 ans déjà que El Adj Salifou plante ces baobabs. Il a donc sauté les verrous de ces stéréotypes et de tous ces mythes autour du BAOBAB selon lesquels, celui qui plante un baobab ne vit pas longtemps.

ArtBF : Comment avez vous connu El Adj Salifou Ouédraogo ?

MKZ :  Je l’ai connu à travers mes lectures.  C’est un jour que je suis tombé sur un article de presse. Ça m’avait intrigué un moment mais sans me laisser d’inspirations. L’idée va venir grâce une chaine étrangère basée au Katar. Elle nous demandait de raconter l’Afrique parce que c’est nous qui vivons les réalités de cette Afrique et nous savons ce qui se passe. Donc, rapidement j’a proposé ce sujet.



ArtBF : Qu’est-ce qu’on pourra retenir comme message sur ces baobabs ?

MKZ :  Oui il n’y a pas mal de messages. Mais il faut comprendre que certains stéréotypes ne sont pas forcement à notre avantage. La culture, notre société renferme beaucoup de choses qu’il faut disséquer et trouver ce qui peut nous arranger.  En fait, le baobab est un arbre en voie de disparition parce qu’on ne le plante plus. Du coup, comme personne ne veut le planter et qu’on compte sur les oiseaux migrateurs pour le faire pousser, l’espèce ne pourra que disparaitre. Or, les recherches ont prouvé que les feuilles du Baobab sont  très riches en fer et bien d’autres vitamines.

Au delà de ces considérations, il y a quelque chose qui est important ; c’est le geste de El Adj Salifou. Pour moi, c’est un geste à l’humanité. Il n’a pas fait ça pour le Burkina. Vous voyez qu’aujourd’hui, on parle de changement climatique et ce qu’on demande, c’est de bien conserver le couvert végétal. Et, planter des arbres fait parti aussi de ce processus d’arrêter le réchauffement climatique. Et El Adj Salifou plante des arbres millénaires. Ça veut dire qu’il ne le fait pas pour lui même mais pour des générations.  C’est aussi sa part de contribution pour renforcer une lutte mondiale.



ArtBF : Et pourquoi a-t- il opté pour le baobab ? Est-ce qu’il vous a répondu ?

MKZ : (Rires). Vous découvrirez la réponse dans le film ; c’est ça le film. Entre autres, il est un amoureux des arbres mais surtout, des baobabs qui viennent de son milieu social. Au village de Titao, la sauce feuilles de baobab est très prisée pour les habitants, c’est leur sauce de prédilection. Suite à une grande sécheresse qui s’est abattue dans ce village dans les années 70, El Adj Salifou a quitté la zone. Et en quittant pour la Boucle du Mouhoun où il s’est réinstallé, il a par reflexe emporté avec lui des graines de baobab.

Aujourd’hui, les premiers baobabs plantés ont 52 ans. Il a certes planté d’autres arbres mais à un moment donné, il a préféré se focaliser sur les baobabs parce qu’il a compris qu’il est en train de poser un acte qui va longtemps marquer beaucoup de générations.

ArtBF : Vous parlez de 4600 baobabs, comment êtes vous arrivé à les compter ?

MKZ :  En fait, il les plante d’une façon très intelligente. Au delà de la question pourquoi il plante ? C’est de se demander comment il plante aussi ?



Il les a plantés par hectare et il sait à peu près combien il en a planté par hectare et c’est à partir de là que les décomptes ont été faits.  Il trace, il fait des métrages, il créée des écarts entres les arbres et c’est tout ça qui fait parti de sa technique pour pouvoir exploiter sa terre.  Mais ce n’est jamais précis. C’est une estimation. Étant donné que les baobabs sont des arbres appelés à être très majestueux, il les plante de telle sorte à pouvoir cultiver à l’intérieur.

ArtBF : Avez vous un message particulier à l’endroit du public ou des cinéphiles ? 

MKZ :  Le message c’est d’abord, remercier toute l’équipe de DIAM PRODUCTION qui m’a accompagné à réaliser ce film dans des conditions assez compliquées.  La ville de Solenzo où est réalisé le film est aujourd’hui difficile d’accès. Bravo donc à mon équipe pour le courage, pour l’engagement et merci au FESPACO qui l’a sélectionné.

Je lance également un appel à toutes les bonnes volontés notamment aux ONG à aider El Adj avec un forage parce que tous les baobabs dont nous parlons ont été arrosés avec de l’eau de puits. S’il avait plus de moyens, il aurait fait mieux.



Mon souhait est que l’année prochaine, El Adj ait des forages.

Bon vent donc à Michel ZONGO  et à bientôt dans les salles .

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