SNC : La première grande difficulté de fond

SNC : La première grande difficulté de fond

Lancée en 1983, la Semaine Nationale de la Culture (SNC) n’a pas été seulement qu’adhésion populaire et enthousiasme parce que la SNC portait en elle-même et dans ces propres textes les germe de ses difficultés. Il s’agit de la question de la compétition au niveau des expressions artistiques traditionnelles. Salaka SANOU nous en parle…

Salaka SANOU (S.S) : La première grande difficulté de fond qui a ébranlé les fondements mêmes de la semaine nationale de la culture ont  été à Gaoua en 1984. Il s’agit de la question de la compétition au niveau des expressions artistiques traditionnelles. Je dis  bien traditionnelles. En réalité, pour avoir fait partie du jury à l’époque qui comprenait entre autres, le vieux Sékou TALL, l’abbé Robert OUEDRAOGO, Paul ZOUMBARA, Babou Paulin BAMOUNI, Joël OUATTARA ; peut-être que j’en oublie. Voilà les membres du jury qui avaient décidé à l’époque et à l’unanimité de classer toutes les troupes de danse et de musique traditionnelles « Première ».  La raison fondamentale était la suivante : classer les troupes artistiques traditionnelles de danse ou de musique reviendrait à classer les cultures quelle qu’en soit l’expression ; c’était ça le problème de base.  Et cela a crée un tollé puisque les textes de la SNC notamment du Grand Prix National des Arts stipulaient que quand on est premier 03 fois de suite à 03 fois dans une compétition, on devient artiste du peuple. Vous convenez donc qu’être artiste de peuple est valorisant et je le reconnais. Et c‘est normal qu’il y ait des frustrations lorsqu’on dit après une compétition, que tout le monde est « 1er » ; ça fruste lorsqu’on dit que tout le monde a le même niveau.  C’était justement pour amener le débat sur la question des compétitions au niveau des expressions artistiques traditionnelles d’où la tenue du premier séminaire sur la SNC en avril 1985.

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Le bien fondé de la question réside dans le fait qu’on ait essayé d’éclater danses et musiques traditionnelles. En éclatant la danse traditionnelle, on a obtenu trois disciplines que sont danse de grâce et de rythmes, danse de force et d’acrobatie et danse de synthèse.

 Au niveau de la musique, nous avons la musique traditionnelle vocale et la musique traditionnelle instrumentale.

C’était véritablement la grosse difficulté à laquelle la SNC à travers le Club National des Arts et des Lettres. Je précise. Sinon, ce n’est pas le SNC  en tant que telle qui a rencontré cette difficulté. Mais c’est plutôt le Grand Prix National des Arts et des Lettres. Et jusqu’aujourd’hui, le problème est là parce que le débat n’est pas clos.  C’est vrai qu’il y a eu des critères qui ont été élaborés et les artistes se sont toujours préparés en fonction de ces critères. Mais à mon avis, c’est un problème de fond et moi je raisonne  maintenant en tant que spécialiste de la culture. Je le dis sans fausse modestie. J’ai réfléchi suffisamment sur la culture dans ce pays et j’ai des publications sur le sujet. Et je dis que dans le cadre des compétitions, on ne peut pas mettre en concurrence des expressions artistiques traditionnelles.



C’est pour dire qu’il faut tenir compte du contexte dans lequel se déroulent les expressions artistiques si nous ne voulons pas dévaloriser notre culture ou dévaloriser nos expressions artistiques et culturelles. Il faut leur donner toute la considération nécessaire.

C’est pourquoi quand je suis arrivé à la SNC en tant que secrétaire permanent en 1996 et en accord avec le Ministre Mahamoudou OUEDRAOGO, nous avons réunis des experts pour relire les textes de la SNC. Cette relecture a été faite à Bobo en avril 1997.

C’est ça que nous allons appeler la nouvelle philosophie de la SNC qui consistait d’une part, à responsabiliser davantage les collectivités territoriales et d’autre part à les impliquer davantage dans l’organisation de la SNC. Elle consistait enfin à donner aux différentes régions l’occasion de faire la compétition entre elles.

ArtBF : Quelle est aujourd’hui votre position par rapport aux compétions ?

Salaka SANOU : Ma position serait de supprimer tout ce qui est compétition en ce qui concerne les expressions artistiques traditionnelles (danses et musiques traditionnelles comprises). Quand je parle de supprimer la compétition, c’est  supprimer la compétition au niveau national.

Par contre,  on pourrait faire compétir les troupes de danses « WARBA » entre elles. Du village jusqu’au niveau régional en passant par le niveau départemental et provincial.  Et c’est la meilleure troupe de WARBA qui ira à la SNC pour représenter la culture MOAGA à travers la danse WARBA. Il en sera de même pour la danse gourmantché, SAN et autres…

Propos recueillis par Patrick COULIDIATY et Valérie WANGRAWA

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