Burkina Sat-I : le premier programme spatial du Burkina

Burkina Sat-I : le premier programme spatial du Burkina

Premier Pays en Afrique de l’Ouest francophone, le Burkina Faso s’apprête à mettre en orbite son premier Satellite baptisé « Burkina Sat-I ». A propos justement de ce projet, le Professeur Frédéric OUATTARA, Astrophysicien, Enseignant Chercheur à l’Université Norbert ZONGO de Koudougou, Coordonnateur et Initiateur dudit Projet nous entretient sur l’importance de ce premier programme spatial du Burkina. Mais avant, il nous situe le contexte dans lequel ce projet est né :

Frédéric OUATTARA (F.O) : Je vous remercie de vous intéresser à ce projet national qui, pour nous est d’une importance capitale. Il faut savoir que les nations unies veulent se servir de l’espace extra atmosphérique pour en faire un espace qui va permettre d’atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD). Et pour ce faire, vous savez bien que dans les ODD, nous avons la lutte contre la faim, l’accessibilité à l’école, la santé pour tous et aussi,  le bien être de la population à savoir le pouvoir économique de la population. Et c’est dans ce cadre, que les nations unies veulent se servir de l’espace pour permettre   aux pays en voie de développement, de pouvoir adresser les problèmes cruciaux qui sont socio- économiques pour ces pays. Donc, ils ont mis en place un programme satellitaire qui va permettre aux différents pays de postuler afin de retenir les meilleurs dans leurs projets pour les engager dans le forum spatiale. Et nous, en ayant assisté à la rencontre à Vienne des nations unies, on a vu que des pays comme le nôtre y sont déjà engagés. On s’est dit donc que nous aussi pouvons le faire parce qu’ il y a des compétences. Voilà comment est née cette idée et l’accompagnement de l’Etat ne s‘est pas fait attendre.

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sont traqués à partir

de la station au sol ? Vidéo.

Ce que nous voulons, c’est faire de l’espace, un moyen pour le Burkina Faso d’adresser ses problèmes socio-économiques qui sont la santé, l’agriculture, l’économie et les ressources en eau.

ArtistesBF (ArtBF) : Comment êtes-vous arrivés à convaincre les autorités politiques à délier le cordon de la bourse pour invertir dans un tel projet ?

F.O : J’ai seulement exposé la vision de l’espace pour révolver le problème socio-économique du Burkina à mon Ministre, le Professeur Alkassoum MAIGA. Du coup, il a adhéré au projet. J’ai eu la chance aussi qu’une demande d’audience m’a été accordé avec le président du Faso qui nous a écoutés et qui  a dit « je m’engage et je vous soutiens ! ». Donc, il n’y avait pas besoin de faire un plaidoyer parce que les deux (Mon ministre et le Président du faso) ont compris l’impact de l’espace sur le social et pour le bien être de la population burkinabè.

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ArtBF : Quand on parle de satellite, le commun des mortels voit déjà un gros engin spatial suspendu dans les airs. Est-ce vraiment ce genre d’engin que vous construisez ?

F.O : On appelle satellite, un objet qui tourne autour de la planète terre en général. Par exemple, vous avez la lune qui tourne autour de la terre, c‘est un satellite naturel. Mais ce que l’homme crée et qui tourne autour de la terre sont des satellites artificiels. Maintenant, pour l’acheminer dans l’espace, il faut des moyens de transport et c’est là qu’intervient la Fusée.

La fusée est le moyen de transport du satellite du sol dans l‘espace. Par exemple, si vous êtes quelqu’un qui veut voyager, c’est le bus qui est votre fusée pour vous amener à destination. Et c’est vous qui représentez le satellite.

L’appareil lui-même est un satellite, on le met sur une orbite, sur une trajectoire et il tourne autour de la planète terre sur une trajectoire qu’on appelle trajectoire de mise en orbite. Donc il y a une différence entre la fusée et le satellite.

ArtBF : A propos de Burkina Sat-I, peut-on avoir une description exacte de ce qu’il représente réellement ?

F.O : Pour les satellites à besoin scientifique, ce sont des satellites qui sont des nanos ou des micros satellites. Les nano-satellites, c’est entre 1 et 10kg en général qui permettent de se  mettre dans l’espace avec moins de dépenses que les gros satellites qui font 10 à 20 tonnes par exemple. Et c’est pour cela, qu’on encourage les pays en voie de Développement de se servir de ces nano-satellites pour faire le travail. Ce qui est  important, ce sont les appareils qui sont embarqués dans le satellite qui déterminent la mission du satellite.

ArtBF : A l’aide de quelques exemples précis, dites-nous à quoi va servir « BURKINA SAT-I » ?

F.O : Le projet satellitaire BURKINA SAT-1 se veut être le premier d’un programme spatial qui va être pérenne pour le Burkina Faso. Il y aura donc  BURKINA SAT 2 , BURKINA SAT 3 etc., en fonction des objectifs qui vont être assignés par la politique générale du Burkina Faso à ses missions satellitaires.  Les programmes satellitaires du Burkina auront principalement pour objet, de permettre d’abord d’adapter  et de développer une résilience de l’agriculture burkinabè au changement climatique, savoir à quel moment semer, quels sont les produits à adapter au changement climatique et de la végétation. Ensuite, il va permettre une meilleure prospection minière. A ce titre, on pourra évaluer les teneurs en matériaux, en minéraux en général par l’analyse des spectres des différents métaux. Enfin, on pourra dire que dans tel endroit, il y a tel minerais avec telles teneurs. Ça va aider l’Etat Burkinabè à mieux vendre aux concessionnaires des mines.

ArtBF : Pour un agriculteur résidant à Diapaga, Bobo Dioulasso ou à Ouahigouya, qu’est ce qu’il pourra concrètement sentir à Travers ce projet ?

F.O : Vous savez bien que les pratiques culturales sont multi centenaires et les hommes s’y adaptent. Des gens ont appris à cultiver en scrutant généralement le ciel. Comme le climat change constamment, il se pourrait que l’on dise qu’il va pleuvoir aujourd’hui. Vous semez et puis après, rien !  La pluie n’est pas tombée et vos semis sont morts … Terminé ! Alors qu’avec le satellite, on a une vision globale de l’évolution des nuages, on pourra prédire et aider les cultivateurs à semer au moment opportun et déterminer ce  qu’il  faut  semer en fonction de la quantité d’eau précipitable prévisible ; ce qui pourra aider tout un  chacun à adapter sa pratique  culturale à la résilience climatique et au changement de climat qui est en cours.

ArtBF : Voulez dire que le Satellite pourrait aider le Burkina à maîtriser la répartition pluviométrique ?

F.O : Je ne pense pas que cela soit possible pour la répartition climatique. Vous savez que l’homme  ne peut pas fabriquer les nuages.  On sait comment ils sont constitués, mais on ne peut pas les fabriquer. Tous ce qu’on peut faire, c’est de prévoir la direction des vents, des nuages et savoir à quel moment il pleuvra. Les nuages en se déplaçant, soit se chargent ou se déchargent en vapeur d’eau. A une certaine teneur en eau, il commence à pleuvoir. Si on peut identifier, savoir les différents déplacements des nuages ainsi de suite, on peut aider à une meilleure pratique mais pas à une répartition pluviométrique. On peut aussi éviter les conséquences des catastrophes. Si on sait qu’il va y avoir une inondation, on peut prévoir et prendre les dispositions nécessaires pour l’évacuation des personnes.

Lire aussi : Comment les satellites sont traqués à partir de la station au sol ? Vidéo.

Station au Sol de Burkina Sat-I

ArtBF : – Burkina Sat-I remplacera-t- il la météo ?

F.O : Il ne le remplace pas ! mais ils vont de paire.

ArtBF : Aujourd’hui, l’une des priorités du Burkina, c’est aussi l’insécurité. Peut-on espérer que « Burkina Sat-I » contribuera à lutter contre le terrorisme ?

F.O : Je disais qu’on est dans le cadre des ODD qui est de faire de l’espace, un espace de paix. Nous travaillons dans un domaine scientifique afin d’aider la population à mieux se nourrir, se soigner et à avoir une meilleure rentabilité liée à la partie socio-économique.

 

Donc, ce  volet n’est pas dans notre champ thématique.

ArtBF :  Avez-vous au moins cet aspect sécuritaire en projet ?

F.O : Non pas pour le moment ! ce champ est tellement vaste pour nous. Il faut éviter de trop embrasser au risque d’étouffer… Donc on va se focaliser sur les cinq champs thématiques qui sont vastes pour pouvoir résoudre le problème des burkinabè. Chacun a son domaine.

ArtBF : A cette date, combien a-t-il couté ?

F.O : Le projet a plusieurs phases et le coût des deux premières phases est connu. Mais pour la troisième phase, le coût n’est pas encore déterminé. Je m’explique.  Vous savez que les choses sont évaluées en dollars. Le dollar étant fluctuant, on ne peut pas avoir un taux fixe. Deuxièmement, tout dépend de ce qu’on appelle les providers. Par exemple, nous n’avons pas de fusée ni de rampe de lancement. Vous êtes donc obligés d’aller vers les pays qui en disposent.  Ce sont les Etats Unis, la Russie, l’Europe en général. Il nous appartient donc de négocier pour avoir un meilleur qualité prix. C’est en fonction de cela que le prix va se déterminer C’est en fonction de cela que le prix va se déterminer y compris les assurances et les tests à effectuer. Si le décollage échoue et que l’engin estt assuré, l’assurance rembourse et reconstruit. c’est pourquoi la troisième phase ne peut pas être évaluée avec précision.  Actuellement, la première et la deuxième phase nous ont couté autour de 300 millions maximum de FCFA. Et l’avantage pour nous, c’est un projet financé à 100%  par l’Etat burkinabè.

ArtBF : Quel est le profil et le nombre des hommes et femmes qui travaillent avec vous ?

F.O : Quand le projet a commencé, les burkinabé qui avaient des compétences en aéronautique, en sciences spatiales, en mécanisme céleste, en physique m’ont écrit pour demander à participer au projet en apportant leur expertise dans le projet. Mais il était de mon devoir de constituer une taxe force ; c’est-à-dire, travailler avec peu de gens. Moins on est nombreux, plus on la chance de mieux travailler. Et dans cette taxe force, il fallait faire en sorte qu’il y ait des multidisciplinaires, c’est-à-dire des compétences qui se complètent. Et c’est comme ça, que nous avons dans l’équipe, des burkinabè qui résident au Burkina et d’autres qui sont de la diaspora. Donc, c’est un ensemble d’ingénieurs et de physiciens…

ArtBF : Il n’est pas facile d’être prophète chez soi. Quels sont vos rapports avec les autres scientifiques du Burkina ?

F.O : Ceux qui sont dans le domaine que ce soit les collègues universitaires ou de la recherche m’ont toujours félicité et encouragé. Mes collègues Présidents d’université l’ont signifié de vive voix.

ArtBF : Pas de jalousie ?

F.O : Bon ! C’est ce qu’on m’exprime que je sais. Ensuite, j’ai eu la chance grâce à mes recherches de faire partie  de l’académie des sciences du Burkina Faso. Donc,  mes paires ont reconnu que nous faisons du bon travail et m’encourage en cela.

ArtBF : Qu’est-ce qui reste à faire pour l’opérationnalisation de Burkina Sat-I ou pour sa mise en orbite  ?

F.O : La deuxième phase est en cours. Mais pour des raisons de la maladie à coronavirus, les choses ont un peu trainé.

Dans cette deuxième phase, il s’agira de la construction du satellite lui-même. Elle va se réaliser au Burkina Faso. Comme nous ne fabriquons pas tous les composants du satellite, on est obligé de les commander. Mais il y a un délai de livraison qui a été allongé lié à la maladie à Coronavirus.

L’assemblage se fera essentiellement au Burkina Faso dans les meilleures conditions possibles parce qu’il faut une « chambre blanche » où il y a moins de poussière. Et c’est dans ce cadre qu’on a signé une convention avec Faso énergie qui dispose d’une chambre blanche et qui, dans le cadre de la coopération, nous l’offre pour le montage.

Après le montage, il faut le transporter dans le pays qui a été choisi pour le lancement en raison du manque de fusée et de rampe de lancement au Burkina ; je vous le disais tantôt. Nous sommes actuellement en négociation avec plusieurs pays qui en disposent. Si un pays a été retenu, nous transporterons le satellite dans le pays en question.

Une fois dans le pays d’accueil, le satellite doit subir un certain nombre de tests parce qu’il faut s’assurer que notre satellite ne constituera pas un danger pour les autres satellites qui sont aussi en phase d’être transportés au même moment. Donc Il y a un certain nombre de tests à effectuer. Il y a le test du vide, du champ magnétique, le test de la résistance au choc et le test thermique etc.  C’est après ces tests (concluants) que le satellite sera embarqué pour sa mise en orbite. Là encore, il faut payer le coût des tests, du transport du sol jusque dans l’espace, payer la stabilisation dans l’orbite qui dure entre 3 à 5 ans pour les petits satellites; la durée de vie pourrait dépasser ça ! Généralement, les fenêtres de lancement se situent en général entre février et juin. Si les tests sont faits avant en juin, ça veut dire que le mois juin sera le mois d’embarcation du Burkina Sat-I.

La troisième phase sera essentiellement consacrée aux tests et à la phase de lancement du Satellite.

Une fois que le satellite lancé, nous vous informerons sur les missions qui lui sont assignées. Elle sera pilotée à partir de la station sol basée au sein de l’Université Norbert ZONGO et qui nous permettra d’échanger avec le satellite, d’avoir les données, de les stocker et d’interpréter pour en faire ce que l’on veut. Les données coûtent très chères et lorsque vous en disposez, c’est encore mieux.

ArtBF : Quels sont les résultats attendus une fois que le satellite est mis en orbite ?

F.O : Il s’agira de fournir une cartographie image du couvert végétal, de la différenciation de l’évolution liée aux changements climatiques et de déterminer les ressources en eaux souterraines. Enfin, permettre une bonne cartographie de la stratification minière du Burkina.

ArtBF : Qu’est-ce que le paysan sera capable de faire ou de bénéficier ?

F.O : Notre rôle sera de donner des appui-conseils au regard des réalités de chaque sol

Votre dernier mot ?

Je vous dis merci pour l’intérêt porté au projet et surtout dire merci à tous les internautes, tous les burkinabè qui nous félicitent tous les jours et qui croient au projet. Très bientôt, tout le monde sera content.

Propos recueillis par Parrick COULIDIATI et Fatima BARRO

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2 Comments

  1. Bravo professeur. C’est déjà un grand pas . Que dieu vous donne longue vie

  2. Modou CISSE. Merci à votre brillant chercheur. Il n’a pas dormi du tout sur son savoir. Il faut maintenant que les gouvernants du Broukina Faso soient regardant. Les politiques ne savent pas encourager . Ce monsieur a besoin d’encouragement…

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