"Sous le ciel des épreuves" de Béniwendé Syntia ZONGO

"Sous le ciel des épreuves" de Béniwendé Syntia ZONGO

« Une plume précoce gravée dans le fer du réel »

Après la parution en 2023 de La Crise de la 4e, roman publié à L’Harmattan Burkina Faso, en 2023, alors qu’elle n’était âgée que de quatorze ans, Beniwendé Djessmindah Syntia Zongo confirme son ancrage dans le paysage littéraire burkinabè avec la parution de son nouveau recueil de récits, Sous le ciel des épreuves, paru aux Éditions Hector-Adams, en 2026. Loin d’être un épiphénomène ou une simple curiosité liée à la jeunesse de son auteure, cette nouvelle production témoigne d’une maturité d’écriture et d’une lucidité remarquable face aux convulsions sociétales contemporaines.

Composé de neuf récits poignants (« L’épreuve des traditions », « Les larmes de ma sœur deviendront les miennes », « Le trésor du village », « L’héritage du frère ou la loi des anciens », « Deux vies », « Le prix à payer », « Ignorance fatale », « Victime de l’amour », « Nouvelles rencontres »), l’ouvrage dresse un diagnostic sans complaisance des traumatismes dont est victime la jeunesse africaine en général, et burkinabè en particulier.



Entre le marteau de la tradition et l’enclume de la modernité

L’une des plus grandes forces de ce recueil pourrait résider dans la déconstruction subtile des dogmes sociaux. Dès le premier récit, « L’épreuve des traditions », l’auteure donne la parole à Johanna, une jeune fille bannie par sa communauté pour être tombée enceinte à la suite d’un viol. En posant la question centrale : « Comment survivre lorsque ceux qui devraient te protéger deviennent tes premiers juges ? », Zongo pointe du doigt l’absurdité de coutumes exogènes à la compassion humaine, notamment le bannissement des filles-mères ou le lévirat rigide.

Cette critique des pesanteurs traditionnelles n’est pas un rejet stérile des racines culturelles, mais un appel au discernement. À travers des figures matricielles comme celle de Mémé ou de la grand-mère protectrice, l’auteure montre que la tradition porte en elle la capacité de guérir, à condition qu’elle ne soit pas instrumentalisée par le dogme ou la haine.



La mémoire du drame sécuritaire et le choc des trajectoires

Le récit « Les larmes de ma sœur deviendront les miennes » aborde de front la crise sécuritaire et le drame des personnes déplacées internes (PDI). À travers les yeux d’Oussédra, cette enfant de sept ans projetée dans l’enfer de la guerre et de la rue après la perte de sa sœur Ouleymatou à Dédougou, l’écriture atteint une intensité tragique.

La trajectoire d’Oussédra, devenant soldate de la patrie pour se retrouver face à sa propre mère enrôlée dans les rangs ennemis, constitue un sommet dramatique. L’auteure y analyse le poison du matérialisme et de la trahison : « L’argent a fasciné le monde, il a aveuglé les consciences… ». Zongo met ainsi en lumière les fêlures d’une société où les repères moraux s’effritent sous la pression de la nécessité ou de la cupidité.

Une polyphonie des maux contemporains : drogue, deuil et pardon

La déchéance de la jeunesse et les fléaux urbains à l’éducation comme bouclier et phare, en passant par la dialectique du mal et de la résilience, le spectre thématique de l’ouvrage est vaste.

En effet, dans « Ignorance fatale », l’auteure aborde la question du trafic et de la consommation de stupéfiants en milieu scolaire, interpellant directement la responsabilité collective des parents, des éducateurs et des décideurs.



En outre, de « Le prix à payer » à « Victime de l’amour », les histoires explorent la maltraitance infantile, l’abandon, le poids de la jalousie conjugale ou amicale, mais finissent toujours par faire émerger la nécessité cathartique du pardon et de la persévérance.

Enfin, à travers le parcours de Johanna réintégrant le chemin de l’école ou le cri de ralliement du dernier récit (« Nouvelles rencontres »), la scolarité et l’effort individuel apparaissent comme les seuls leviers véritables d’émancipation.

Style et écriture : la force de la sobriété

Les récits de Syntia Zongo se caractérisent par un style direct, épuré, exempt d’artifices rhétoriques superflus. La narration à la première personne (« je »), adoptée dans la quasi-totalité des récits, crée un effet d’immersion et d’urgence. Les dialogues, incisifs et vivants, rendent compte avec justesse du parlé et des dynamiques sociales locales.

Si l’on peut parfois noter une accélération du rythme narratif dans la résolution de certains récits aux intrigues très denses, ce choix traduit le souffle haletant d’une narration portée par l’urgence de dire, de témoigner et d’éveiller les consciences.



Conclusion : une promesse confirmée

Le lecteur retiendra que Sous le ciel des épreuves dépasse l’exploit chronologique de l’âge de son auteure pour s’imposer comme un témoignage sociologique et littéraire de premier ordre. Beniwendé Djessmindah Syntia Zongo ne se contente pas de raconter des histoires ; elle ausculte les plaies de son époque et y injecte des éclats d’espérance.

En rappelant que « chaque échec est une leçon, chaque succès est une étape », la jeune écrivaine offre à la jeunesse burkinabè un miroir exigeant et un motif de fierté. Un recueil essentiel à lire et, pourquoi pas, à enseigner dans nos lycées et collèges.

Koba Boubacar DAO

Écrivain – Critique littéraire

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