« L’Assassinat d’un homme d’honneur
Des poèmes isolés existent sur l’homme de la révolution burkinabè, du théâtre et des récits aussi. Mais cette fois, il s’agit d’un recueil, d’une œuvre intégrale. Poésie militante, donc politique et dithyrambique ? Poète militant et politique ? Poète et poésie sankaristes, donc dithyrambiques ?

L’Assassinat d’un homme d’honneur, c’est l’itinéraire qui mène l’auteur Justin Daboné de la chronique sportive à la poésie… L’œuvre est une compilation de trois (3) recueils poétiques. « L’Assassinat du président », « À celle qui repose à Zaka » et Poèmes : un volume total de 78 pages, paru à Ouagadougou en octobre 2017.
La première partie : L’Assassinat du président
Elle s’étend de la page 23 à la page 42 et regroupe seize poèmes rimés et rythmés : « C’était lui ou nous… », « L’Assassinat du président… », « Quatre jours après… », « Sankara a été tué… », « Acrostiche », « Pourquoi ses amis d’hier… », « Ainsi donc… », « Le temps viendra… », « Épitaphe », « Maintenant que Thomas… », « Sous le ciel… », « C’est tristement vrai… », « Il y a vingt ans… » et « Blaise, vingt-sept ans… ». Le premier est un long texte de 186 vers s’écoulant sur six pages (23 à 28). Nous avons à la page 25, une description du passage des assassins à l’action. Il nous plonge dans le for intérieur de Thomas Sankara : « Je crois que maintenant, je vais mourir en paix. / Je suis là, faites-le maintenant ou jamais.» Aux pages 27 puis 28, le poète fait un focus sur le rescapé de la tuerie : Alouna Traoré. Tandis qu’à la page 26, résonne la voix de Thomas Sankara face à la mort tragique qui l’attend. Dans le poème intitulé « Quatre jours après… », les vers évoquent les tentatives de Blaise Compaoré de se disculper du crime. Le poème de la page 30, « Sankara a été tué… », est un retour sur le film de son assassinat. À la page 34, dans le poème « Le temps viendra… », le poète apostrophe Sankara et lui prédit : « Le temps viendra graver un grand nom sur un arbre ». À la page 35, dans le poème « Lorsque j’arrivai… », Daboné découvre la tombe de Sankara et le cimetière où celui-ci a été inhumé. Il y décrit la douleur de ces instants et de ces lieux. Le poème « Maintenant que Thomas… », à la page 37, évoque l’immortalité de Thomas Sankara. Le poème « C’est tristement vrai… », à la page 39, évoque la mort de Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo (anciens compagnons de Thomas Sankara et Blaise Compaoré). À la page 40, nous lisons la prophétie de l’auteur dans le poème « Il y a vingt ans… ». À la page 41, Mariam, la veuve de Thomas Sankara se retrouve au cimetière de Dagnoën. Cela donne le poème : « Fidèle envers toi… ». Le recueil s’achève par un poème traitant de la chute de Blaise Compaoré. Il s’intitule « Blaise, vingt-sept ans après… ».
La deuxième partie : À celle qui repose à Zaka
C’est un recueil de douze poèmes à forte teneur autobiographique. Zaka est une localité non loin de Tenkodogo. Et celle qui y repose se prénomme Pauline, dans les poèmes comme dans la réalité qui les a inspirés. C’est l’épouse disparue de l’auteur. Dans À celle qui repose à Yaka, on retrouve des titres comme : « Je ne crois pas… », « Tu avais la tête… », « Mon cœur palpite… », « Épitaphe », « Dans le silence… »,

« La pensée de la femme aimée… », « Sa voix m’appelle… », « Une triste date approche… », « J’ai toujours pensé… », « Voilà trois ans… », « Il y a cinq ans… » et « Souviens-toi… ». Hormis « Épitaphe » et « Souviens-toi », tous les autres poèmes portent comme sous-titre « Élégie » : l’élégie, « ce poème lyrique exprimant une plainte douloureuse, des sentiments mélancoliques. » Cette partie est cousue de douleur et de mélancolie mais d’espérance chez l’auteur. Tantôt sa plume et sa voix se font plaintives contre elle et pour elle, comme à la page 50, dans « Je ne crois pas… » Tantôt cette même plume et la même voix se font promesses, à la page 51 dans le poème « Tu avais la tête… » La plume et la voix redeviennent mélancoliques, à la page 53, dans « Épitaphe » : « Quand les moments sont douloureux / Des souvenirs peuplent mon âme / Et c’est un homme malheureux / Qui pleure en silence sa femme. » La plume et la voix se font aussi comme rêve et hallucination mais pleine de certitudes. C’est le poème « Dans le silence… », à la page 54. Dans « Sa voix m’appelle… » (page 56) la plume et la voix du poète se font enfin comme prémonition, comme dernière volonté et comme chant du cygne. Dans « Une triste date approche… » (page 57), Justin Daboné annonce une visite à sa bien-aimée. Quand se présente l’idée de refaire sa vie, la réponse du poète, dans « Il ya cinq ans… » se fait sans équivoque et surtout accusatrice et accablante : « Ne me demandez pas de refaire ma vie. / Celle que je pleure m’a coûté bien des larmes. / Vous n’avez rien fait quand la mort me l’a ravie. / La vie, pour moi, n’a pas seulement que des charmes. » (page 60)
La troisième partie : Poèmes
La troisième partie, intitulée simplement Poèmes, couvre des pages 67 à 78. Y sont rassemblés, onze poèmes. Elle peut être d’abord lue comme un hommage de l’auteur à ces poètes qui l’ont séduit. Quatre poèmes portent en effet le titre d’ « Épitaphe » : à André Chénier, Alfred de Vigny, Alfred de Musset et Alphonse de Lamartine. Trois autres textes, aux pages 71, 72 et 73, portent le titre générique de « Bucolique », ces poèmes pastoraux comme chez Virgile. Le poème « Les malheureux » (page 74) est un poème à deux voix, un duo entre un jeune prisonnier et une jeune fille. Le bouquet final de cette troisième partie, à la page 78, est un sonnet intitulé « Sonnet à… ». Oui, un sonnet, « ce petit poème à forme fixe (deux quatrains sur deux rimes embrassées et deux tercets). » Ne nous y trompons pas, dix-neuf poèmes de l’œuvre sont écrits sur ce modèle, avec bien entendu, toutes les libertés que s’accorde le poète Burkinabè contemporain par rapport à la poésie classique. Daboné a plutôt opté pour des rimes croisées. D’alexandrins et d’octosyllabes ; l’auteur contemporain gratifie le lecteur nostalgique.
Un auteur que la douleur inspire
Le poète est un auteur que la douleur inspire. Son œuvre L’Assassinat d’un homme d’honneur est une poésie lyrique. Des vers secoués et traversés, de part en part, par la mort et l’amour ; donc par la vie : l’autre face de la mort. Mourir assassiné. Mourir de mort naturelle. Mourir des suites de maladie. Mourir, mais accéder à l’immortalité en devenant un mythe comme Thomas Sankara. Échapper à la mortalité comme cette épouse dont le souvenir est indélébile, comme si elle renaissait de ses cendres. Accéder à l’immortalité, par la magie de leurs œuvres comme ces poètes. Malgré la douleur qui se dégage de la plupart des poèmes, cette œuvre se lit paradoxalement avec en filigrane, et se laisse entendre en fond sonore, comme un air de douceur de des sonorités. La beauté des images de l’enfance idyllique et du paradis perdu sous l’injure du temps. La préface du livre porte la signature de Corine Nzi. La première de couverture et l’illustration de la première partie sont des dessins : ceux de Thomas Sankara. La deuxième partie est illustrée par une photo de buste de celle qui repose à Zaka. La troisième partie n’est pas illustrée.
En somme, Justin Daboné publia sur le tard mais n’a pas écrit sur le tard. En effet, dès les années 1980, il a été lauréat du Prix de la poésie de Grand-Bassam (Côte d’Ivoire). Des prix, il en a reçus d’autres. À bien des égards, l’œuvre de Justin Daboné ne saurait laisser indifférent, ni pour ses thématiques, ni pour son esthétique.
Koba Boubacar DAO
Leave a comment















