Il s’agit d’un roman de 240 pages, paru en 1996 par GTI, à Ouagadougou avant d’être réédité en 2009 chez Harmattan Burkina. L’épine et la rose : réunification de « deux symboles apparemment opposés : d’une part l’épine qui pique, agresse et fait souffrir ; d’autre part la rose qui résume en elle-même la beauté fascinante et l’inexorable tragédie de la décadence et de la mort. » (C’est Aminata Sow Fall qui l’écrit dans sa préface à l’œuvre.)
L’histoire commence à Bobo-Dioulasso. Judith, adolescente en classe de 4e, éduquée selon les principes de la religion catholique, obtient la permission d’être en compagnie de Michel, élève de 3e dans le même collège qu’elle et, habitué à la famille, pour la soirée de la Saint Sylvestre organisée entre copains.
Cette nuit sera fatale à l’adolescente de seize ans. Judith, avant même de réaliser ce qui lui arrive se retrouve en grossesse. Partie du domicile familial, elle connaitra et vivra son chemin de croix.
Une promesse n’est pas une parole d’Évangile

Judith était une fille séduisante. Son portrait physique, le voici. Elle le dresse, elle-même, à la page 20 : « J’étais de taille élancée et de formes si bien proportionnées que n’importe quelle pièce vestimentaire, si vulgaire fût-elle, prenait sur moi une grande allure (…) je faisais l’objet de maints commentaires (…) Avec mes hanches en amphore, j’étais aussi à l’aise en jupe qu’en robe évasée ou en pagne (…) j’étais une adolescente encore mais déjà très séduisante. »
L’adolescente, qui avait pourtant reçu une bonne éducation chrétienne dans un environnement familial stable, n’a pas eu le temps de comprendre – ni de prévenir – ce qui lui arriva. Tant et si bien qu’elle ne peut que s’interroger.
À la page 19, les questions l’assaillent : « Qu’aurais-je pu faire ? Pouvais-je seulement deviner que ces quelques instants d’intimité de la jeune fille que j’étais avec un garçon d’un an mon aîné, ces quelques minutes que l’alcool et l’ambiance d’une soirée avaient rendu euphoriques, pouvaient être irrémédiables ? Comment aurais-je su qu’une promesse n’était pas une parole d’Évangile et d’ailleurs, qu’un garçon de dix-sept ans n’avait de promesse à faire et ne pouvait tenir de promesse ? »
À la page 25, dans une correspondance adressée à son père, l’adolescente insiste : « Cela vous étonnera peut-être, mais je n’aurais pas été enceinte que j’aurais nié avoir fait ça, tant mon esprit semble ne s’être pas rendu compte de ce qui s’est passé. »
Le « jeu dangereux » de la nuit de la Saint Sylvestre

Peu importe, après le « jeu dangereux » de la nuit du 31 décembre. Puisque Judith le dit elle-même, à la page 22 : « Un mois après ces évènements, je devais reconnaître que quelque chose n’allait pas bien en moi. Cela faisait déjà plusieurs jours que je n’avais pas vu mes menstrues et j’étais bien perplexe. » Elle pensa « à une perturbation passagère, tout au plus une maladie. »
À la page suivante, nous lisons : « Au bout de deux mois de doutes et de soucis, des vomissements et diverses petites maladies commencèrent. »
Les choses se précipiteront. Michel refusera d’assumer la paternité de la grossesse. Judith s’échappe alors de la maison avant même d’être expulsée par son père qui perçoit la situation comme une ignominie.
Elle se retrouvera à Tambaga où elle accouchera d’une fillette. Laquelle fillette sera abandonnée, à Ouagadougou, vingt-deux jours après sa naissance… mais qui aura la chance d’être recueillie par un orphelinat.
La fille-mère se battra pour reprendre ses études, trouver un emploi avant de retrouver sa fille Angèle, qui lui pardonnera sa conduite, seize ans après son forfait. Lorsqu’elle rencontrera Michel, ce sera sans ressentir « ni dégoût, ni haine, ni rancune, ni compassion. », lisons-nous à la page 176.
Responsabilité et irresponsabilité…
Qu’ont fait le père et la mère de Michel? Qu’ont fait le père et la mère de Judith? Le père de Judith, c’est « le fervent catholique qui (à la page 23) faisait des prêches aux récollections sur l’éducation chrétienne. Quand le père de Judith, Monsieur Dominique Koné, Directeur de lycée; avant tout, professeur de Sciences naturelles (on dirait aujourd’hui Sciences de la Vie et de la Terre) n’a pas pu anticiper en préparant sa fille aînée par une éducation sexuelle appropriée, nous pouvons en être scandalisés.
En clair, aucun des adolescents n’a été préparé à ces choses de la vie, ni en famille ni à l’école. Quoi de plus normal si Judith, la mieux avertie, n’a pas toutes les armes indispensables.
Elle l’avoue d’ailleurs, et en toute naïveté, aux pages 22 et 23 : « Ne nous avait-on pas enseignés que durant les premières années de la vie sexuelle de la jeune fille, le cycle menstruel se montrait fort capricieux ? (…) je n’étais pas en période féconde. En réalité, je n’avais pas une claire notion de la gravité des actes que Michel et moi avions posés.»
Voici un roman pour jeunes et qui situe clairement la responsabilité, ou plutôt, l’irresponsabilité des parents et, même, en filigrane, celle de l’institution scolaire.
L’œuvre a remporté le Grand prix littéraire du Président du Faso, en 1996 et l’auteur a également été lauréat du 2e Grand prix littéraire du Président du Faso, en 1998 avec son roman L’Envers du décor.
Malheureusement, L’Épine de la rose, cette œuvre romanesque majeure de la littérature – d’ailleurs inscrite au programme de français des lycées du Burkina Faso, depuis 2022 – a été victime d’une situation préjudiciable. En effet, son succès et sa longue absence des rayons des librairies ont ouvert la porte à la mise sur le marché des versions de contrefaçon, aussi bien physique que numérique.
On pourrait donc légitiment espérer que la fin prochaine du processus de réédition en cours du roman aux Éditions Hector-Adams, à Ouagadougou, viendra mettre fin à cette pratique illicite qu’est le piratage de cette belle œuvre littéraire, pour le grand bonheur de l’auteur, de l’éditeur, des lecteurs et de la littérature burkinabè. Sous réserve d’une application rigoureuse de la loi à ceux qui s’adonnent à sa transgression par la voie du marché parallèles des œuvres littéraires et artistiques.
Koba Boubacar DAO
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