« Nous devons continuer à nous battre pour de meilleures conditions de la femme ».
ArtBF : Au Burkina, la journée du 08 est sur toutes les lèvres. En quelques mots, que pouvez-vous nous dire sur le 08 mars ?
AOZ : Le 08 mars, en un mot c’est le combat des femmes pour la liberté, de meilleures conditions de travail, le droit de vote et l’égalité. Le 08 mars, c’est une lutte qui ne date pas d’aujourd’hui.
En rappel, c’est dans les années 1910 que des femmes se sont soulevées pour revendiquer de meilleures conditions de travail, de vie. L’idée du 008 mars qui traduit la célébration de la journée est venue de l’allemande Clara Zetkin, enseignante, journaliste, femme politique, députée qui a suggéré qu’une journée soit dédiée aux droits de la femme. Cela pour soutenir les revendications politiques et sociales.

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La première célébration a eu lieu en 1911 en Europe, et c’est en 1975 que l’ONU a reconnu officiellement la célébration du 08 mars. Au Burkina Faso, c’est sous la révolution dans les années 1983 que la célébration du 08 mars a été manifeste avec la prise de mesures symboliques, de pratiques visant à valoriser la femme. Cela a contribué à accentuer la volonté d’affirmation de la femme et à lui donner une meilleure visibilité à l’échelle politique et nationale. Nous étions adolescente, à cette époque mais l’histoire demeure et ne se perd pas.
ArtBF : Pour marquer concrètement sa vision d’égalité entre hommes et femmes, le Camarade président du Faso en son temps a proposé aux hommes de faire le marché à la place de la femme. Quelle sera votre appréciation si ce scénario était reconduit en 2026 ?
AOZ : La question d’envoyer les hommes au marché traduit véritablement cette quête d’égalité qu’on voulait instaurer entre l’homme et la femme. Ce n’est pas une égalité mathématique. Je pense que c’est un symbole pour traduire l’égalité homme-femme dans le couple.
Ce que je retiens, c’est que ça permet dans une certaine mesure de rappeler le respect mutuel dans la répartition des rôles mais surtout l’esprit d’égalité entre l’homme et la femme dans la gestion harmonieuse du foyer. Quelle joie que de voir l’homme se substituer à sa femme pour vivre les réalités du marché.
ArtBF : En son temps, avez -vous laissé monsieur faire le marché à votre place ?
AOZ : Rires. Euh non ! non ! je n’étais pas encore mariée ! Mais j’ai vu des hommes aller au marché. Tel que c’était institué, ça sortait de l’ordinaire et c’était une bonne chose.
ArtBF : Depuis les années 1910 comme vous le dites, la communauté internationale célèbre la journée des droits de la femme. Mais jusque-là, la place de la femme dans le monde et dans les sphères politiques et décisionnelles sont moindres par rapport à l’homme. A votre avis, qu’est-ce qui n’a pas marché ou ne marche toujours pas ?
AOZ : Je ne parlerai pas en termes de ce qui n’a pas marché. Mais plutôt comment évoluent les choses. La célébration du 08 mars n’occulte pas les réalités socio-culturelles du pays. Et vous savez que dans nos sociétés africaines, les pesanteurs socio culturelles ont un fort impact sur la vie de la communauté et particulièrement celle de la femme. De la haute volta à l’avènement de la révolution, la question de l’émancipation de la femme était comme chose tabou, tout fonctionnait de manière traditionnelle sous l’emprise de la « la phallocratie » par excellence. Du coup, les questions liées à la gestion de la terre n’étaient pas des préoccupations pour la femme. Quand elle avait un lopin de terre pour son champ de condiments, elle devrait s’en réjouir.
Mais avec l’évolution de la société au plan international comme national, beaucoup de choses sont en train de se mettre en place. Avec la lutte pour la promotion des droits de la femme, certaines situations sont en train de s’améliorer. La conférence de Beijin, l’adoption de la Résolution 1325 et bien d’autres textes ont fortement contribué à l’implication des femmes dans les sphères de décision. De nos jours, les femmes au-delà d’être multi-tâches, sont devenues même responsables de leur famille. Le problème majeur des femmes découle de l’inaccessibilité aux ressources financières. Une femme qui n’a pas de ressources comment peut-elle gérer ses enfants ? Voilà des difficultés qui s’invitent dans le quotidien de la femme burkinabè et qui doivent interpeller et amener à revoir certaines positions.
En somme la lutte pour les droits de la femme, a connu des avancées significatives. La preuve, nous avons les femmes qui sont des opératrices économiques dans le secteur de l’agriculture, de l’industrie, de l’immobilier, et des cadres dans l’administration publique, et ça marche bien.
La dynamique engagée aujourd’hui par les plus hautes autorités d’aménager des zones pour que les femmes puissent travailler pour elles-mêmes, constitue pour les femmes un grand pas en avant. C’est une initiative qui va contribuer à une plus grande autonomisation de la femme.
La célébration de la journée des droits de la femme, vient rappeler que nous luttons pour la cause de la femme, nous ne devons pas baisser la garde. Nous devons continuer à nous battre pour de meilleures conditions de la femme.
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