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Noureddine SAÏL : “Je rêve d’un Fespaco annuel “

Noureddine Saïl est convaincu qu’à partir des réflexions, de critiques constructives et les moyens alloués au festival, le Burkina pourrait rendre meilleur le festival sans qu’il  n’y ait de déperdition d’énergie ni de déperdition financière. C’est possible, si et seulement l’Etat burkinabè donnait les moyens et toute la latitude au DG du FESPACO de commander des études. Cela y va de sa pérennisation également.

Noureddine SAÏL : Réalisateur, responsable du festival africain de Khouribga depuis 1977

Noureddine SAÏL (N.S ) : Pour qu’il soit pérennisé, il y a deux choses essentielles qu’il doit prendre en compte par une réflexion critique et si possible positive. C’est revoir certains mécanismes d’organisation; ce qui ne veut pas dire que le festival est mal organisé, non ! Cela veut dire qu’il peut être resserré au niveau de la prise de décision.  J’ai dirigé moi-même des festivals importants, j’ai été pendant 11 ans l’un des responsables du festival international de Marrakech, du Festival  National du film de Tanger chez nous au Maroc et je suis toujours le responsable du festival africain de Khouribga depuis 1977. Donc, je sais à peu près comment on organise des festivals.

C’est de voir comment avec les moyens alloués au festival le rendre meilleur sans qu’il y ait de déperdition d’énergie ni de déperdition financière. Et là, il y a un petit travail à faire que SOMA peut parfaitement mener à bien si on lui donne les moyens financiers de commander des études , de voir leurs applicabilités et de trouver les personnes idoines pour faire du fespaco,  un festival qui garde ses acquis, qui garde sa mémoire qui se repose même sur cette mémoire pour aller plus loin et même peut-être plus vite. Et ça je pense que Ouaga est tout à fait capable de mener cette recherche à bien et de l’appliquer. Ça c’est la première des choses !

La deuxième, c’est qu’il faut des moyens. La pérennisation suppose des moyens. C’est un festival qui a grandi de façon extraordinaire. Disons que la croissance et le développement du festival se sont faits de façon exponentielle. Est-ce que matériellement, les finances ont suivi ? J’en doute !  Mais je ne crois pas que ce soit par faute de conviction de l’Etat  Burkinabè.  Je pense qu’à un certain moment, il faut qu’il y ait des apports financiers si possible sincères et pas trop intéressés, qu’est-ce que j’entends par là? J’entends par là  qu’on ne peut pas  venir acheter le festival, on ne peut pas déléguer le festival à une grande marque internationale. Non! Il faudrait avoir  des participants qui ont un peu la conviction de ce qu’est la philosophie de ce festival et ça existe. Je pense que si on regarde en Afrique, il y a  beaucoup d’entreprises panafricaines ou d’entreprises nationales d’un pays qui existe un peu partout en Afrique qui peuvent contribuer  à faire de ce festival, un festival financièrement confortable. Ça existe, c’est un travail. Avec Michel OUEDRAOGO, ce travail a commencé et il a donné de bons résultats. Ce travail a été confirmé par Soma qui, dans sa tournée africaine est arrivé à trouver des sponsors qui changent un peu les aides habituelles, celles notamment de l’union européenne et les aides de la France; ce qui n’est déjà pas mal. On dit toujours merci.

“Mais tant qu’il n’y pas un élargissement du sponsoring pour le festival, ce dernier sera toujours limité. Et quand un festival est financièrement limité, il est obligé de limiter aussi la réalisation de ses objectifs à travers les programmes qu’il doit montrer au festival.”

C’est un travail qui a déjà commencé mais il va falloir  confirmer et donner aux responsables du fespaco les moyens d’aller faire cette recherche et c’est tout à fait faisable. D’une manière générale, l’image du fespaco est excellente à l’échelle africaine. A l’échelle internationale, ça c’est un travail à faire. Est-ce qu’on aura des sponsorings, des aides d’Europe, des USA ou de l’Amérique Latine ? je n’en sais rien ! Mais “qui ne tente rien n’a rien”. L’important est que nous soyons conscients que du fait de cet élargissement, nous ne sommes pas en train de vendre le festival mais que nous sommes plutôt en train de l’enrichir. Donc, toute négociation dans ce sens-là  sera la bienvenue et je pense que c’est l’une des préoccupations majeures aujourd’hui de Soma et de son équipe.

Voulez-vous dire qu’il y a la responsabilité des politiques africaines et de la souveraineté de l’Etat Burkinabé ?

Mais bien sûr, la souveraineté de l’Etat doit être respectée; c’est tout à fait naturel. Mais je vais commencer par dire que le festival est né, s’est développé et continuera d’être panafricain. Donc, la responsabilité de ce festival est devenue déjà panafricaine. L’Etat Burkinabé a eu l’idée magnifique de créer ce festival, de l’abriter et de l’aider. A ce titre, il est le propriétaire de ce festival. Mais moralement, la propriété du festival est panafricaine. Tout cinéaste africain est propriétaire du fespaco et c’est cela, tout le mérite et toute sa réussite. Il y a des gens qui viennent au Burkina comme par habitude ; ils n’ont pas de films à présenter mais du fait qu’ils ont beaucoup de travaux à coté, ils viennent. Pour la plupart des professionnels, c’est un rendez-vous tous les deux ans.

“L’Etat burkinabé a joué une carte extrêmement cohérente et forte”.

Il m’est arrivé à maintes reprises même de demander aux différents délégués généraux du FESPACO, pour quoi ils ne transformeraient pas le festival en un festival annuel. Moi je suis pour l’annualisation du festival ; il faut tout faire pour qu’il soit annuel. 

Finalement, sans être totalement convaincu qu’il doit être biennal, je continue de rêver d’un FESPACO annuel.  Je ne doute pas que le FESPACO est un festival lourd à confectionner. Si avec un festival biennal nous avons déjà quelques petits problèmes de financement, qu’en sera-t-il pour un festival annuel ? Peut-être, allons-nous compliquer la donne en tenant ce festival annuellement. Je suis également sensible à cet argument. Mais qu’à cela ne tienne, même si le fespaco se tenait une fois tous les deux ans, j’ai l’impression que les participants que je revois ici tous les deux ans sont comme naturellement attirés par la date de tenue du festival comme si c’était une nécessité absolue pour eux. Donc même s’il se tenait tous les cinq ans ce serait pareil ! Alors je conclu pour dire que ce n’est pas la régularité temporelle de la tenue du festival qui les attire mais que c’est plutôt autres choses. Sans être superstitieux, je pense qu’il y a quelque chose d’immatériel qui fait que quand on vient une fois à Ouaga pour le fespaco, on est presque condamné à revenir chaque deux ans ; en tous cas c’est mon cas !

Faut-il changer de fusil d’épaule ?

Il n’y a pas à changer de fusil d’épaule parce que de toutes les façons, il n’y a même pas de fusil. Le problème des cinématographies africaines, c’est qu’il n’y pas de fusil. Le fusil c’est quoi, c’est la force de frappe et la force de frappe au cinéma c’est quoi? Ce sont les producteurs et les réalisateurs. Les réalisateurs, nous en avons beaucoup et les producteurs nous n’en avons pas en Afrique. Et pourquoi il en est ainsi, c’est parce que le problème du financement en Afrique a toujours été biaisé. Les états de temps en temps font des petits efforts pour aider les films à exister. C’est une bonne méthode mais ce n’est pas une méthode qui résout radicalement le problème des cinématographies. C’est pourquoi, il m’est arrivé de dire souvent qu’il n’y a pas de cinéma africain. Au contraire, chaque fois que nous avons parlé du cinéma africain, c’était en fait pour créer un concept qui cache la réalité.  Or la réalité c’est quoi ? C’est que le cinéma africain qui est à la fois sénégalais, malien, burkinabé, marocain, sud-africain, kényan n’existe véritablement que de nom dans tous ces pays. Ce qui veut dire que dans tout le continent Africain, exceptés l’Egypte avec ces 35 films /an, le Maroc avec ses 20-25 films/an, l’Afrique du Sud (cinéastes Sud-africains) avec 18 films/an, le reste est très aléatoire. La Tunisie parfois par coup d’humeur fait 7, 8 ou 9 films/an, l’Algérie avec 2,3,4 ou 5 film/an, c’est pareil. Mais ce n’est ni structuré, ni structurant. Je ne parle pas du Sénégal qui, malgré ses excellents films fait 1 film tous les deux ans. Encore moins le Burkina Faso qui fait 2 ou 3 films à chaque deux ans du FESPACO.

Propos recueillis par Patrick COULIDIATY et Fatim BARRO

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