Il se nomme Imma KAYOURE IDRISSA à l’Etat civil et Kisto KOIMBRE, son nom d’artiste. Agé de 57 ans, il est responsable coutumier de son village et vice-président de l’Association des Chansonniers de Ouagadougou (ACTO) . Avec un parcours professionnel très riche, Kisto KOIMBRE a travaillé au sein de plusieurs troupes musicales dont celle du Larlé Naaba Abga. En 50 ans de musique, cet artiste musicien traditionnel a enregistré 38 albums, a organisé plusieurs spectacles à l’intérieur comme à l’international. Enfin, pour ses efforts de recherches et services rendus à la nation, Imma KAYOURE IDRISSA a reçu plusieurs distinctions honorifiques parmi lesquelles on retiendra celle du Ministère de la Culture et du Tourisme en 2002 comme Chevalier de l’ordre de mérite du Ministère de la Culture et du Tourisme et le 1er prix du Kundé d’or 2009 dans la catégorie musique traditionnelle.
Kisto KOIMBRE, c’est l’invité de cette semaine. Ce qui est frappant chez cet homme, c’est ce surnom proverbial et suffisamment provocateur qu’il s’est donné : “Kisto Koimbré”. Pourquoi un tel surnom ? KISTO Koimbré explique :
KISTO KOIMBRE : (K.K.) :
Je me nomme Imma Kayouré Idrissa dit KISTO KOIMBRE. Je suis baptisé en tant que catholique sous le nom d’Aristide et je suis un chef coutumier qu’on appelle Malg-Naaba qui signifie Facilitateur. J’ai commencé la musique vers l’âge de 7 ans. Comme tout débutant, j’ai eu des débuts difficiles car faire la musique était mal vu à cette époque là. C’est ce qui m’a poussé d’ailleurs à fuir le village en 1969 pour Ouagadougou. En ce temps, il n’y avait pas plus de 3 routes bitumées dans la commune de Haute-Volta. (Ancienne appellation de la ville de Ouagadougou). Là, j’ai retrouvé HADO, une femme qui chantait pour Radio Ouaga et avec qui, j’ai beaucoup collaboré. C’est HADO qui m’a présenté pour la première fois au Larlé NAABA, un grand chef traditionnel qui, coïncidence ou volonté divine est devenu plus tard mon beau père puisqu’il m’avait donné sa fille en mariage.
C’est à 17 ans, en 1961 précisément, lors d’une soirée organisée par la LONAB ( Loterie Nationale Burkinabé ) que j’ai pris pour la toute première fois le micro pour chanter devant un grand public. J’ai été grandement ovationné et depuis ce jour, j’ai décidé de continuer dans la musique.
J’ai 57 ans et cela fait 50 ans que je fais la musique. Je suis me suis remarier après le décès de ma première épouse. Je suis père de 6 enfants.
Artistebf (Art. ) : Que signifie Koimbré?
K.K.:
C’est l’histoire de quelqu ‘un qui ne vous aime pas. A supposer que ce quelqu’un soit votre voisin. A votre absence, chaque fois qu’il aperçoit vos enfants, il les traite en ces termes : « voici les enfants bâtards de mon voisin qui marchent là-bas …” . En fait, c’est quelqu’un qui vous critique “dans le dos” . Il ne peut pas faire autrement puisqu’il a peur de vous ! Mais il oublie que pendant qu’il traite vos enfants de ” bâtards”, il y a aussi les mêmes enfants bâtards dans sa cour. Voilà le sens de mon surnom “KISTO KOIMBRE”.
Art. : Les artistes musiciens traditionnels ne participent pas aux conférences de presse ou aux soirées de dédicaces organisées par les autres artistes. Comment l’expliquez-vous ?
K.K.:
Bon ! la faute ne nous incombe pas ! Ce n’est pas notre faute. D’abord, les gens n’aimaient pas du tout la musique traditionnelle. Même les journalistes ne s’intéressaient pas à notre travail. C’est maintenant, que de plus en plus, les gens commencent à comprendre l’importance de notre musique. Vous voyez, depuis des années nous avons chanté et c’est maintenant, pendant que la fatigue nous ploie que les journalistes et autres chercheurs nous réclament. C’est dommage !
Art. : L’un des rôles d’un artiste musicien c’est d’éduquer la jeunesse, de moraliser la vie publique. Or tel que vous présentez la musique traditionnelle, on se demande si le musicien traditionnel est libre de proposer ou de dénoncer des dérives d’un responsable coutumier.
K.K.:
Non ! Certains artistes ne peuvent pas ! Mais dans mon cas, c’est possible parce que tout dépend des thèmes des chansons. En fonction donc d’un thème, je peux conseiller un chef coutumier. Dans ma chanson “SEGRE” par exemple, je m’adresse à tous les responsables : mon message est clair : je dis que chaque responsable soit récompensé à la hauteur de ses actes. A travers cette chanson, j’ai voulu également rendre hommage à Naaba Koom qui, comme vous ne le n’ignorez pas, a été un grand chef coutumier exemplaire.
Art. : Quel est l’album qui vous a vraiment révélé au public?
K.K.:
C’est l’album “ZOODO” que j’ai enregistré en 2000. ” ZOODO” signifie AMITIE dans ma langue maternelle (le mooré). C’était lors d’une réception où j’ai été invité à prester. La consigne était simple : trouver un thème en rapport avec l’amitié.
Art. : Comment se passe la promotion de vos œuvres ?
K.K.:
Je vous disais tantôt que la musique traditionnelle était un peu négligée. Avant, c’était « BAZARD MUSIQUE » qui vendait nos cassettes. Aujourd’hui, chacun se débrouille pour écouler ses œuvres soit en les déposant dans les mini-alimentation soit dans certains lieux publics à forte affluence. C’est du moins ce que j’ai fait parce que je n’ai ni de communicateur ni manager.
Art. : Pourquoi, vous êtes sans manager ?
K.K.:
C’est déjà une chance pour moi de parler français avec vous. Vous savez bien que certains artistes n’en seront pas capables. Les managers coûtent chers et ils sont très gourmands. Pour un spectacle de 300 000 frs par exemple, un manager peut vous réclamer 150 000 frs. Avec les 150 000 frs restants, comment vais-je m’en sortir avec les autres membres de ma troupe ? Les managers ne comprennent pas toujours le mode de fonctionnement des artistes musiciens traditionnels.
Art. : Combien de CD ou de cassettes vendez-vous par an ?
K.K.:
La dédicace de mon album « SEGRE » s’est déroulée dans la cour royale du Mogho Naaba, en présence des trois ministres co-parrains et du Mogho Naaba lui-même. A la fin de la dédicace, l’Etat a commandé 5000 cassettes et 300 CD au profit des élèves et étudiants. Mais en termes de ventes annuelles, je pouvais dans le temps vendre 1500 à 2000 CD. Ces dernières années, je vends à peine 300 CD sinon presque pas .
Art. : Il semble que les artistes musiciens traditionnels se rivalisent avec la « chimie noire » et que les coups bas ne manquent pas en eux. Qu’en dites-vous ?
K.K.:
Ce n’est plus maintenant ! Nous avons dépassé cet esprit. Sinon, aucun africain ne peut nier l’existence du gris-gris. D’ailleurs, qu’est-ce qui fait courir actuellement les candidats aux législatives ou aux municipales ? Ce n’est rien d’autres que ce dont vous venez d’évoquer.
Art. : Quelles suggestions pour de meilleures conditions de travaill ?
K.K.:
Je souhaite de tout cœur que le Ministère de la Culture m’aide à construire un centre d’apprentissage où les jeunes viendront apprendre à jouer des instruments de musique et permettre également aux artistes de pouvoir enregistrer des sons. Au regard de tout ce que j’ai fait pour la culture et qui m’a valu des distinctions et des mérites, l’Etat pouvait m’aider à construire au moins un espace culturel.
J’aimerai avant de terminer dire merci à ArtisteBF. J’ai déjà entendu parler de ce Site Web qui fait la promotion des artistes burkinabé . Maintes fois, j’ai vu aussi quelques entretiens que le promoteur a réalisés avec certains artistes musiciens. J’étais impatient que mon tour arrive et je me demandais si ce site web allait s’intéresser à nous autres. Mais aujourd’hui c’est un grand honneur pour moi d’avoir été invité à échanger sur la culture burkinabé
Infos complémentaires
NOM : IMMA
PRENOM : KAYOURE Idrissa
SURNOM : Kristo Koimbre (dans ce monde chacun déteste l’enfant d’autrui soit disant qu’il est batard alors qu’il dorlote chez lui des enfants imbéciles)
Née : 15 aout 1955 à KODE-MEMDE/BOULSA/NAMENTENGA
Introniser en chef traditionnel : MALGRE NAABA(chef de l’arrangement )
TITRE : vice président de l’Association des Chansonniers du Kadiogo (ACTO) et Président de l’association Socio Culturelle et artistique Kristo-Koimbré (ASCAKK) récépissé N°94 120/MAT/PKAD/SG/DA/SAG du 21 Décembre 1994
Début de carrière : 1971
Parcourt professionnel :
A servi dans :
la troupe du Larlé Naaba Abga pendant 32 ans
la Troupe Namendé de Hado Gorgo Léontine de Ouagadougou
ASCAKK à ce jour
NOMBRE D’ALBUM : 38
TOURNEES ARTISTIQUES:
Au plan national : 150 prestations en moyenne par an dans tout le Burkina
Participation à la SNC, au FESPACO, au SIAO
Sur le plan international :
Cote d’Ivoire; Niger; Togo; Ghana avec le ministère de la Culture et la France avec la Troupe du Larlé Naaba.
LES RECONNAISSANCES
Deux (02) certificats de reconnaissance du Comité National de Lutte Contre la Pratique de l’Excision
Certificat de reconnaissance de la Mairie de Ouagadougou
Certificat de reconnaissance de la Mairie de Nongre-Massom
1er prix du 50ème Anniversaire des Nations Unies
1er prix du ministère de l’environnement et d cadre de vie 1994
Prix kundé d’or (2002 et 2009) du meilleur artiste traditionnel
chevalier de l’ordre de Mérite du Ministère d la Culture des arts et du tourisme en 2002

















