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Révolution d’août 83 : “Nous avons débarqué des pilotes de l’avion …” (Dixit Ramata GANOU)

Elle se nomme Ramata GANOU, une cadre commerciale précédemment en service à Air Burkina.  Outre ses fonctions de commerciale, elle était aussi la Coordonnatrice Générale des CDR de service. Aux côtés de Thomas SANKARA, cette ancienne révolutionnaire convaincue a donné tout ce qu’elle pouvait pour l’enracinement de la révolution. En son temps, on parlait beaucoup plus de dévouement pour la cause de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP).

“Nous avons débarqué des pilotes de l’avion au motif qu’ils étaient douteux”

 

“Pendant la révolution, l’exemple venait d’abord du sommet”

Fonctionnaire aujourd’hui en retraite, c’est une femme physiquement solide, une femme battante, le sang révolutionnaire toujours dans les veines. 36 ans après, bien que son engagement révolutionnaire reste entier quelques regrets sont cependant perceptibles. Voici son témoignage :

ArtistesBF (ArtBF) : Qu’est-ce que vous retenez de marquant de cette révolution ?

Ramata GANOU (RG) : C’est vrai qu’il y a 36 ans que la révolution burkinabè naissait avec à sa tête le capitaine Thomas Sankara, le patriote et l’intelligent et … le Gentleman. Je le dis parce que beaucoup de gens ne le savent pas, mais ce Camarade était un Camarade très élégant. C’est très important. Je vous dirai plus tard pourquoi je lui donne ce titre d’élégant que les gens occultent aujourd’hui.

La révolution burkinabè était anti-impérialiste comme tout le monde le-sait, anti capitaliste, anti-néo-colonialiste et qui visait à défendre les opprimés du Burkina, du monde entier et en particulier le peuple Sud-africain.

Autrement au niveau intérieur, la révolution était dirigée par le Conseil National de la Révolution et organisée à la base par le peuple et les CDR (Comité de Défense de la Révolution (CDR). Et comme Thomas le disait, on ne peut mobiliser quelqu’un que sur la base de ses intérêts ; c’est pourquoi, les CDR étaient composés d’hommes, de femmes, de jeunes et de personnes âgées afin que chaque couche sociale puisse défendre ses intérêts respectifs.  L’organisation du peuple en CDR n’était pas seulement que géographique (quartier ou secteur). On les retrouvait aussi au niveau des services. Et les CDR étaient élus sur la base des votes des militants. Le candidat se présente et derrière ce dernier, ceux qui l’approuvent s’alignent.

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Quel était votre responsabilité pendant la révolution ?

J’étais la Coordinatrice Générale des CDR de services et aussi au niveau de la Compagnie “Air Burkina”. Ma responsabilité était de coordonner les services au niveau de Ouagadougou et des provinces. C’était essentiellement pour que les détenteurs du pouvoir administratif local n’abusent pas trop de leur pouvoir et que les travailleurs puissent avoir leurs mots à dire dans les différentes instances parce qu’après tout, ce sont eux qui produisent.

Pendant la révolution, l’exemple était donné au sommet

Parlant donc de mes responsabilités au niveau de mon service, je me rappelle d’un fait. Quand le Président devait voyager, les pilotes venaient souvent le trouver là-bas assis à l’aéroport ; c’est une manière de rappeler aux pilotes et aux autres travailleurs la ponctualité et par cet acte, il voulait donner l’exemple. Quand tu dois voyager avec un Chef d’Etat et tu le laisses te devancer à l’aéroport, je crois que la prochaine fois personne ne te dira d’être ponctuel. Pendant la Révolution, l’exemple venait d’abord au sommet.

Les dons en espèces pendant les missions étaient reversés dans la Caisse de solidarité Nationale

Quand on sortait pour des missions, tout l’argent qu’on nous donnait à l’étranger était reversé dans la caisse de solidarité. C’est important de le souligner parce que le président disait, “si on vous donne quelque chose à l’étranger, c’est au nom du peuple que vous êtes sortis et vous devrez reverser la somme au peuple”. Je trouve qu’il a parfaitement raison parce que vous êtes sortis en tant que qui ?  C’est en tant que représentant du peuple !

Le pouvoir des CDR était une réalité

C’est vrai ! Comme dans toute organisation humaine, au niveau des CDR, il y a eu des débordements. Au début on fait appel au gens pour qu’ils soient les représentants du peuple. Mais au début, qu’est ce qui s’est passé ? les intellectuels étaient réticents à militer dans les CDR qu’on prenait d’ailleurs pour des analphabètes ou peu instruits. Alors, si vous laissez le pouvoir et les armes à celui qui n’a pas votre niveau d’instruction, ne vous étonnez pas que ces analphabètes les utilisent contre vous. Très vite, les intellectuels se sont rendus compte qu’il valait mieux rentrer dedans.

Le troisième exemple pour illustrer les responsabilités des CDR de service.  Comme j’étais de l’aviation, je me rappelle que nous avons débarqué des pilotes de l’avion au motif qu’ils étaient douteux. Ces pilotes ne nous semblaient pas crédibles pour conduire à bon port le Président. Donc, nous les avons débarqués de l’avion et le Président en a été informé parce qu’on ne sait pas d’où viendra le danger.

On a dit au Camarade Président, qu’il doit annuler son voyage et il nous a répondu qu’il n’y pas de problème car c’est nous les CDR qui représentons le peuple. Je cite cet exemple pour vous dire que le pouvoir des CDR était une réalité. C’est le peuple à travers les CDR qui décidait vraiment de ce qui était bon ou non.

Aujourd’hui quand je regarde la jeunesse, je suis contente lorsque je vois ces jeunes prendre des bonnes initiatives.

Sur le plan culturel, c’est vrai que les gens ont toujours parlé de l’Institut des Peuples Noirs (IPN), de la Semaine nationale de la Culture (SNC) et de l’opération “Mana-mana ” (Opération ville ou environnement propre); c’est autant d’institutions et d’activités  qui me tiennent toujours à cœur parce qu’il y a pas de raison qu’on s’asseye dans nos maisons et qu’on dise que c’est du rôle de  l’Etat d’embellir la ville. Même pour une question de dignité, si je peux interpeller les responsables là -dessus parce que je ne vois pas pourquoi les ministres ou le président même ne peuvent pas donner cet exemple pour redonner le goût du travail collectif à la jeune génération. Tu vas à Ouaga 2000 où on dit que c’est un quartier chic, mais tu trouves des tas d’ordures pas possible. Vraiment, je ne comprends pas pourquoi les autorités n’organisent pas des journées de salubrité.

Propos recueillis par Patrick COULIDIATY

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