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Aimé Désiré Mathieu: Fondateur de l’orchestre “Dési et les Sympathics”

Instrumentiste de profession, Traoré dit NIGNAN Aimé Désiré Mathieu est le fondateur du groupe musical “DESI & les Sympathics”, une formation musicale née après l’orchestre le ” Super Volta”. Notre invité qui totalise près de 50 ans de carrière musicale porte aujourd’hui un regard critique sur l’évolution de la musique burkinabè. Ce qu’on peut retenir de cet homme, c’est cette générosité dans l’âme, son envie de partager et de tirer les autres vers le haut. Sa passion pour la musique et son esprit de solidarité ont été des facteurs clé qui l’ont conduit à créer son propre groupe musical en 1979. Depuis lors, il soutient, accompagne et forme de nombreux artistes burkinabè. Bien qu’il ait noté une remarquable progression du métier, il garde tout de même un arrière-goût de brûlé. Et ce n’est pas tout ! Car notre invité met aussi le doigt sur une vieille plaie qui ne pourrie pas; qui attend cependant depuis des décennies un pansement approprié. Mais avant, commençons par découvrir le portrait de l’artiste :

Désiré Traoré (D.T ) : A l’état civil,  je me nomme Traoré dit NIGNAN Aimé Désiré Mathieu. Mais on me connait surtout sur le pseudonyme de “DESI et les SYMPATHICS”. Je suis issu d’une famille de 7 (sept) enfants dont 3 filles et 04 garçons. Les 03 filles sont mes grandes sœurs et je suis le premier des garçons.  Mon père était à l’époque directeur du budget et ma mère, institutrice ; les toutes premières enseignantes de Haute-Volta. J’ai fréquenté le Lycée Philipe Zinda. C’est à partir de la 5ème que j’ai commencé à m’intéresser à la musique et ce n’était pas simple avec les parents.

En ce temps, tous ceux qui se donnaient à ce métier étaient considérés comme des voyous, des délinquants sans avenir. Pour tout vous dire, mes parents n’étaient pas du tout d’accord avec mon choix. Je me souviens que ma mère ne se lassait de dire : ” Moi je ne peux pas être institutrice, à enseigner les enfants des autres et toi mon fils, tu veux devenir musicien, c’est  pas ici ! “.

J’ai donc vécu un vrai calvaire parce que mes parents ne me comprenaient pas ; c’était une lutte. Ils m’ont même chassé de la maison. Et comme c’était pendant les vacances, j’ai dormi plus d’un mois dans le grand bâtiment du lycée Zinda.

Malgré les pressions diverses, j’ai réussi à m’imposer et à quitter les bancs pour la musique parce que c’était ma passion. Ma carrière a commencé avec le “SUPER VOLTA “. C’était de 66 à 78, j’avais 15 – 16 ans à l’époque.

ArtistesBF (ArtBF) : Votre choix pour la musique n’était-il pas un prétexte pour cacher votre médiocrité à l’école ?

Non !  C’est un choix et j’ai quitté l’école de mon propre gré. Ce n’est pas parce que je n’étais pas brillant à l’école. Si j’étais nul, je n’allais pas avoir mon entrée en sixième et être orienté au lycée Zinda. Le CEP, l’entrée en 6ème et le BEPC que j’ai obtenus, c’était juste pour simplement faire plaisir à ma maman. Sinon ce n’était pas pour moi ; parce que je ne voulais rien faire d’autres que la musique. Aujourd’hui encoure, je confirme que je ne regrette pas d’avoir tout abandonné pour la musique ! Pour votre gouverne, c’est dans cette musique-là que j’ai eu mon épouse ! (rires)

Que reprochez-vous à ceux-là qui pensent que la musique, la coiffure, la couture et la dactylo, sont des métiers qui n’étaient réservés à ceux ou celles qui ont échoué à l’école  ?

Je leur donne raison parce qu’ils ne peuvent pas comprendre ce qu’on ressent quand on est artiste. Je leur donne raison ensuite parce qu’il y a beaucoup de gens désœuvrés qui se jettent dans la musique parce qu’ils se disent qu’ils n’ont rien d’autres à faire.

En réalité, n’est pas musicien qui veut ? Aujourd’hui, il y a plein de gens qui sont artistes musiciens à la faveur des technologies. Or un musicien, c’est quelqu’un qui connait la musique et même s’il ne sait pas jouer d’un instrument, il maitrise au moins la théorie et les règles de la musique.

Combien d’enregistrements avez-vous fait ?

On n’a pas produit beaucoup d’albums quand j’étais dans le “SUPER VOLTA”.  On a fait des enregistrements 3 à 4 disques vinyles. Comme c’était un orchestre, on accompagnait seulement les artistes tels Amadou BALAKE , SANDWIDI Pierre, Bamogo Jean Claude et bien d’autres. Lorsque j’ai créé mon orchestre “DESI et les SYMPATHICS”, j’ai continué dans la même lancée, c’est-à-dire, à faire les enregistrements.  C’est ainsi que des artistes tels Sami Rama, Amity MERIA, Cissé  Abdoulaye et bien d’autres ont enregistré leurs œuvres dans mon studio. Sur les encouragements des amis, j’ai pris l’engagement de produire aussi un album de  6 à 7 titres que j’ai dupliqué en France en 3 000 cassettes.  C’était des titres comme ” TOYELE” et  “MAYELO”

Comment se faisait la production à l’époque ?

La production à cette époque était vraiment compliquée. Avant l’aménagement de mon studio, j’utilisais un magnétophone à bandes. L’enregistrement se faisait à la maison du peuple. Si quelqu’un se trompait, on recommençait le tout à zéro et c’est de cette façon que la plupart des artistes ont pu enregistrer leur musique. C’est d’ailleurs à cause de ces conditions médiocres dans lesquelles nous travaillions à l’époque qui m’ont poussé à créer mon propre studio et à bien l’équiper en matériel d’enregistrement.

 Lire aussi : “Que c’est dur de vivre avec un artiste musicien “.

“Nous n’avons pas jusque-là trouvé une identité à notre musique”, une vieille plaie qui attend d’être pansée

Je peux dire que la musique a connu des progrès avec les nouvelles technologies ; c’est plus facile aujourd’hui d’enregistrer parce que le matériel d’enregistrement se trouve à portée de main. Trouver une guitare aujourd’hui, n’est plus un problème ; ce qui n’était pas le cas dans les années 76.

Malheureusement notre musique souffre toujours. En vérité, je m’en veux aussi ! Ce qui nous a manqué, c’est de n’avoir pas pu trouver une identité musicale propre à notre pays comme c’est le cas en Guinée, au Mali ou au Congo. Aujourd’hui, nous avons le Nigéria. Quand une musique nigériane est jouée, même le profane sait l’identifier. C’est déplorable que jusqu’à ce jour, nous n’ayons pas trouver une identité propre à notre musique.

Et pour y remédier, j’avais commencé à explorer quelques rythmes du terroir notamment sur la musique de la guitare de TENGA. Mon objectif était de reprendre cette musique traditionnelle et la jouer avec des instruments modernes. Et c’est ce que j’ai fait. Je l’ai reprise avec des instruments modernes. Malheureusement, l’effet escompté n’a pas été à la hauteur de mon attente.

Donc il faut que la jeune génération essaye de poursuivre la réflexion afin d’imprimer à notre musique une identité propre à notre culture.

Seriez-vous donc  l’auteur de la musique de “la guitare de Tenga ?

En réalité, il faut dire clairement les choses. Je n’en suis pas l’auteur. C’est une musique traditionnelle jouée par une troupe du Larlé Naaba. Mais c’est moi qui l’ai reprise avec des instruments modernes. Les gens avaient même dit qu’on ne pouvait pas le faire avec des instruments modernes. Moi, je l’ai fait et elle est bien appréciée par le public. Aujourd’hui, cette musique est toujours d’actualité parce qu’elle est jouée presque partout dans les grandes cérémonies. J’ai fait la déclaration au BBDA et le minimum que je puise récolter en termes de droits d’auteurs, ce sont les droits voisins, au moins ça ! Si on pense que cette musique appartient à une troupe du Larlé Naaba, mais je suis tout de même celui -là qui a repris la musique avec des instruments modernes. C’est comme un artiste qui a composé depuis longtemps le MAESTRO. Même si l’auteur perçoit des droits, celui qui l’a repris doit percevoir aussi des droits voisins. Mais jusque-là, malgré mes démarches vers le Bureau Burkina du droit d’Auteur (BBDA), je n’ai pas perçu un seul copeck sur cette musique. Finalement, je me dis qu’il y a problème !

Et pourtant, le BBDA renvoie les gens à mon niveau afin que je leur délivre une autorisation de diffusion de l’œuvre. Ce qui veut dire que le BBDA n’ignore pas la paternité de cette œuvre.

J’ai contacté le DG actuel du BBDA Wahabou BARA qui m’a rassuré que le problème sera réglé; ça dure déjà un an !

Comme un arrière-goût de brûlé, “Les instrumentistes ne sont jamais connus des mélomanes”

Les instrumentistes connaissent des problèmes parce que lors des cérémonies, il n’y a que les chanteurs qu’on voit. Or, ce sont les instrumentistes qui font en réalité la musique. Malheureusement, ces derniers ne sont pas vus et on n’en parle jamais ! Le mal de notre musique, c’est aussi cela. On ignore loyalement ceux qui sont intervenus pour faire une musique. Les mélomanes ne savent même pas qu’il y a des gens qui sont derrière une musique. En principe, si le chanteur n’est pas ingrat, c’était à lui de penser aux instrumentistes afin qu’ils vivre aussi du métier.

Etant donné que vous êtes déjà à la retraite, peut-on dire que la musique vous a permis d’être ce que vous êtes aujourd’hui ?

D’abord, je voudrai rectifier.  Je ne suis pas à la retraite parce qu’un musicien n’a pas de retraite. Tant qu’il peut jouer, il joue. C’est pourquoi je dis toujours qu’il n’y a pas de jeunes, ni d’anciens musiciens. Donc, je répète que je ne suis pas à la retraite. Seulement, je traverse une période difficile sur le plan musical.  En 2014, les femmes avaient sollicité mon orchestre pour une cérémonie au siège du CDP. Malheureusement, lors des évènements des 30 et 31 octobre 2014, ce matériel a été incendié. Depuis lors, je n’ai plus joué.

Avez quelque chose d’autre à ajouter ?

Je conseille aux jeunes de toujours persévérer dans ce qu’ils font et ne jamais baisser les bras. Ils peuvent toujours demander conseils au plus expérimenté. Et dans le sens d’accompagner et de toujours faire profiter la jeunesse de mon expérience, mon studio reste ouvert à tous. Je suis disposé à travailler avec tout celui qui désire apprendre. Ils peuvent venir me voir et on va s’entre aider !

Propos recueillis par Amandine SORGHO

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