Accueil / A la Une / Musique : Kandy GUIRA chante pour un réveil patriotique

Musique : Kandy GUIRA chante pour un réveil patriotique

C’est la voix des “Sans voix”, la voix des plus démunis que d’autres médias ont vite nommé l’Amazone du Faso. Pendant la fête de la musique le 24 Juin 2020, c’est elle qui a allumé la K-fête de l’Institut Français de Ouagadougou.

Derrière sa silhouette “Sénégalaise” et sa démarche feutrée, se cache une énergie débordante pour la scène. Kandy Guira, puisque c’est d’elle qu’il s’agit chante pour la femme, pour l’égalité, la justice et pour une Afrique dont l’image a été longtemps ternie par les médias occidentaux.

C’est à travers une voix posée et des chansons bien épicées à l’africaine, que notre invitée fait passer ses messages. Jamais elle n’a eu recours à la langue de Molière pour parler de ses origines parce qu’elle est déjà bien dans sa langue maternelle qui porte mieux la voix des sans voix “. L’artiste à travers ses textes chante pour un réveil patriotique.

Mais avant de vous dévoiler son portrait, voici la petite histoire autour de son pseudonyme “Kandy”

Kandy GUIRA (KG) : ” KANDY”, c’est le nom par lequel on m’a toujours appelée depuis mon enfance. Inscrite à l’école dès l’âge de 5 ou 6 ans, tous mes camarades ont répondu à l’appel le jour de la rentrée. J’étais la seule à ne pas avoir répondu “Présente” parce que je n’avais pas entendu Kandy GUIRA. On me fit tout de même rentrer en classe, le temps de se renseigner avec mon père. Renseignements pris, il est ressorti que je m’appelle Maïmounata Guira à l’Etat civil. Mais ma famille m’a toujours appelée Kandy car semble-t-il, j’étais accroc des dessins animés particulièrement pour le film “Kandy”. J’ai donc grandi avec ce nom et le moment venu pour moi de trouver un nom d’artiste, je ne me suis pas fatiguée. C’est Kandy que j’ai choisi.

ArtistesBF (ArtBF) : Parlez-nous de votre parcours musical

KG : Je suis une vraie passionnée de la scène. Avant d’arriver à la musique, je suis passée par le mannequinat, la danse, le théâtre. Aujourd’hui, c’est la musique qui prend le dessus parce que c’est elle qui me fait vivre à l’heure actuelle. Mais j’avoue que ce sont les autres arts qui ont beaucoup facilité mon encrage dans le paysage musical.

ArtBF : Citez-nous quelques noms de mannequins que vous connaissez au Burkina.

KG : Je connais Raïssa qui vit en Australie et Samira SAWADOGO (Inspectrice Mouna) avec qui, j’ai cheminé dans le mannequinat.

Dans le domaine musical, j’ai collaboré avec Ali PONRE et Z-MO en tant que danseuse. Et à force de travailler à leur côté, j’ai pris goût et l’envie de faire la musique m’est venu.  Puis, je me suis perfectionnée avec le groupe KALIANGA, la dernière trompette, Cissé Abdoulaye dans l’orchestre national. J’ai terminé avec l’orchestre du jardin de l’amitié de Ouagadougou.

ArtBF : Combien d’albums avez-vous à votre actif ?

KG : 02 albums. Le premier album (M’Ba) a été dédié à ma mère et le second qu’on appelle en France l’EP s’intitule “TEK-LA-ROUDA”. Il est sorti le 05 avril 2019. L’EP, c’est la moitié d’un album ; c’est-à-dire, 04 au lieu de 08 titres.

ArtBF : Quels sont les thèmes abordés dans vos chansons ?

KG : C’est l’amour !  Et un peu aussi de la société. J’aime dire que je suis le “Haut-parleur des “Sans voix”, j’amplifie ce qui ne va pas. Je suis quelqu’un qui dénonce l’injustice. En tant que Burkinabè, je me réclame de cette fille  digne de Thomas SANKARA. Je revendique juste les droits de la femme que le Président Thomas SANKARA avait réhabilités. Aujourd’hui, je me rends compte que les femmes sont en train d’être écartées alors qu’au départ, on était tous ensemble. J’essaie de donner la place que les femmes méritent. C’est très important pour moi que les femmes africaines se rendent compte que le monde n’appartient pas seulement qu’aux hommes et qu’elles ont une tâche énorme dans le développement de la société et particulièrement du Burkina Faso.

ArtBF : Pouvez-vous nous rappeler le titre du dernier Album ?

KG : C”est “Tek- la-Rounda” qui veut dire en langue Mooré, “je prends les reines” ou encore ” Je prends ma vie en main”. Mais je préfère “je prends les reines” parce que je trouve que c’est ce titre qui traduit le mieux l’intention avec laquelle je l’ai écrit. “Tek- la-Rounda”, est un album de quatre (04) titres dont le titre “BEOGO” qui veut dire “Avenir”.  Dans cette chanson, j’invite la jeunesse à ne pas s’asseoir et attendre que la chance leur tombe du ciel. La chance est pour moi quelque chose qu’ il faut provoquer.

Quelques titres de l’album :

  • “Comme toi “ qui veut dire en langue mooré, “Moi aussi, j’ai un nom”
  • C’est une chanson qui a une très belle histoire parce je l’ai vécue dans ma propre  cour avec mon petit frère malentendant.

Son ami qui est venu pour le voir demande dès l’entrée de la cour : “Hey ! il est là le Sourd ? “.

Quand j’entendis ces propos, je venais juste de prendre conscience que quelque chose n’allait pas et que le mot “Sourd” n’était pas très gentil pour mon petit frère. Et je lui réponds :

  • Pourquoi l’appelles-tu le Sourd ? ; tu connais son nom ou pas ? il dit : Oui. Il s’appelle Aziz
  • Et pourquoi ne l’appelles-tu pas par son nom et tu dis le Sourd?

Là, j’en senti que j’ai bien touché la sensibilité du jeune homme parce qu’il est resté confus par cette leçon de morale que je venais de lui rappeler. Et je m’en suis inspirée pour faire une chanson.

  • “La vie Chère “

C’est un cri de cœur. Pendant la COvid-19, il y a des employés qui ont travaillé et sous le manteau de la Covid-19, des patrons ont refusé de payer. Pour dire crument les choses, des personnes ont travaillé et les autres en ont profité. Dans la chanson donc, il s’agit d’une personne qui a travaillé et que l’employeur refuse de payer au nom de la crise.

 “Talangoge” :

Ce titre parle des immigrés ou des expatriés. Il s’agit d’un émmigré qui a vécu longtemps en Europe et qui veut revenir au pays pour se marier dans son village. Quand il débarque au village, on lui aligne des filles pour qu’il fasse son choix.

 Le message dans cette chanson, c’est d’attirer l’attention des parents sur le danger de ce genre de mariage.  Nos parents ne cherchent souvent pas à connaître la personne avec qui ils veulent que leur fils ou leur fille se marie. Le simple fait de résider en Europe est-il un synonyme de réussite ? Suffit-il aussi pour donner sa fille en mariage  ? Que fait le garçon ou la fille en Europe ? comment vit-il dans ce pays ? ça intéresse souvent peu les parents. Il y a plein de cas comme ça qui déçoivent !

  • Tek-la-Rounda

Ce titre fait partie de ma carrière solo. J’ai été choriste pendant un bout de temps auprès de beaucoup d’artistes. Et au fil du temps, j’ai senti qu’il était temps de tracer mon chemin toute seule. J’en ai parlé à mes mentors tels cheick Tidiane seck, Manu DIBANGO et  Oumou SANGARE qui m’ont permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Je les remercie  en passant. Mais j’ai bien apprécié ce changement qui venait ainsi de s’opérer dans ma vie et sur presque tous les plans. Je suis repartie sur de bonnes bases en dirigeant désormais ma vie comme je l’entends plutôt que de laisser les autres me dicter ce que je dois faire.

ArtBF : D’où tirez-vous vos inspirations ?

KG : L’inspiration me vient pendant la marche. Je vous signale en passant que je marche beaucoup en France. Au Burkina, il y a tellement de motos qu’on n’a pas envie de marcher (rires).

ArtBF : Quel genre musical faites-vous ?

KG : Je fais du “Faso-Pop “épicé” ! Je puise dans la tradition de chez moi et j’enrichi avec le moderne que j’ai appris en France. Avec ça, je fais un beau mélange avec un peu d’épices de l’Afrique qui permet à la fois aux africains de bien manger et aux Européens de consommer sans difficultés.

“Mais ce dont je suis certaine et qui est commun à toutes mes musiques, c’est l’inspiration traditionnelle.”

En réalité, j’ai été influencée par plusieurs genres musicaux. J’ai joué dans plusieurs orchestres, dans les cabarets … etc. En fait, je ne me cantonne pas  à un seul style musical. Mais ce dont je suis certaine et qui est commun à toutes mes musiques, c’est l’inspiration traditionnelle. Pour moi, je ne peux pas être en Europe et prétendre mieux chanter que l’Européen. Je crois qu’il est important d’être moi-même, de rester authentique, de chanter ce que je connais. C’est pourquoi, je compose toujours mes chansons en Mooré parce que c’est ma langue maternelle; c’est celle -là que je connais le mieux. C’est à travers celle-là que je peux mieux m’exprimer et expliquer à l’Européen ce que je connais. Je ne crois pas que je vais pouvoir chanter en langue française et expliquer le français mieux que le Français lui-même. Donc pour moi, c’est important d’être soi-même, même en étant chez les autres. C’est comme ça qu’on t’accepte parce que tu t’es accepté.

ArtBF : Artiste peu connue du public burkinabè, comment comptez-vous le conquérir ?

KG : (Rires). Je vais le séduire ! L’artistique c’est la séduction permanente. C’est comme l’amour, il faut l’entretenir. J’ai été longtemps loin de ce public mais des gens me sont restés fidèles. Alors grâce à ceux-là qui ne cessent d’ailleurs de me réclamer, j’ai pris goût à ça. Et donc, je suis justement entrain de travailler afin de revenir pour les reconquérir. Et merci à tous ceux qui m’ont toujours été fidèles !

ArtBF : Avec cet engagement au côté des femmes, peut-on vous qualifier de féministe ?

KG : Féministe ! c’est un grand mot !  Je suis plutôt quelqu’une qui est pour l’égalité.

ArtBF : Comment appréciez-vous la jeune génération d’artistes musiciens qui tournent des scènes de nudité dans leur clip musical ?

KG : Oulla ! je ne sais quoi dire. La nouvelle génération a son style. Je ne voudrai pas trop critiquer ni de rentrer dans une polémique. L’important pour moi, c’est d’être authentique.

ArtBF : Pensez-vous qu’il faut absolument se mettre dans cette tendance pour se positionner à l’international ?

KG : Moi particulièrement, je ne suis pas là-dedans. Dieu merci, ça va ! Je ne suis pas dans cette tendance mais ça marche pour moi ! (rires).

ArtBF : Il semble que vous êtes actuellement en tournage  pour votre prochain album?

KG : En effet, je suis en plein tournage. Je veux profiter montrer mon joli pays et la beauté africaine parce que l’avenir du monde viendra de l’Afrique. Et moi, j’ai envie de montrer une autre Afrique,  que l’Afrique de la misère, de la pauvreté, l’Afrique de l’enfant qui marche avec les mouches dans les yeux. Ce n’est plus cette Afrique aujourd’hui ! Je veux montrer qu’on n’est plus à ce stade de développement. Nous avons dépassé cette étape même si en Europe, les chaînes de télévisions continuent de montrer des images tristes de l’Afrique. C’est justement pour ça que je tourne afin qu’ils se mettent à jour.

ArtBF : Quels sont les autres projets ?

KG : Outre la sortie de mon prochain album, je travaille à aider les enfants malentendants. L’idée est de créer des activités de langages de signes pour les parents. C’est important que les enfants malentendants aient dans leur famille des parents qui comprennent leur langage afin de faciliter les échanges. Avec mon frère qui est là (puisque c’est de là que l’idée m’est venue), c’était difficile pour lui de dialoguer avec le reste de la famille.

ArtBF : Quel est le nom de votre association ?

KG : Que du bonheur en son

ArtBF : Comment peut-on contacter KANDY ?

KG : Par Facebook ou par mon site internet www.kandyguira.com

C’est bien d’être applaudi à l’extérieur mais c’est encore mieux qu’on vous applaudisse chez vous. Ce sera donc avec plaisir que je répondrai aux invitations. Ça fait du bien.

S’il y a un mot à l’endroit de la jeune génération, c’est de lui dire de rester soi-même!

Propos recueillis par Fatim BARRO et Patrick COULIDIATY

Voir aussi

Dossier VAO : Le pire est à craindre …

Le Village Artisanal de Ouagadougou (VAO) est privé d’électricité depuis déjà 5 jours. Cette interruption …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *